Le Pantalon 1/6

LE PANTALON ou Futal, Falzard
soit tout simplement le « Vêtement qui pend sur le talon »

Le Fashion, 20 juin 1840

 

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Après 10 ans à observer les gens dans la rue, les salons textiles et sur les blogs (The Sartorialist en tête) j’ai pu observer quelques récurrences sur les looks les plus stylés. Une des récurrences les plus importantes à mon sens concerne le port du pantalon.
Ce vêtement est largement sous estimé. J’ai très souvent entendu quelqu’un parler de son dernier blouson en cuir ou de ses dernières sneakers. De son pantalon c’est plutôt rare -hors jean -. Ceux qui font du triathlon savent que vous ne pouvez pas gagner grâce à la natation mais par contre vous pouvez perdre dans cette partie. C’est la même chose avec le pantalon. Ce n’est pas forcément la première chose que l’on voit ou auquel on prête le plus attention, mais cela reste une pièce maîtresse .Vous pouvez flinguer des tenues s’il est mal choisi. Ce qui arrive d’ailleurs très souvent. Vous ferez attention, mais 95% des gens (des hommes en fait, chez les femmes c’est beaucoup mieux maitrisé) portent - encore - des pantalons mal coupés et des tissus qui font cheap.

On va essayer de vous donner quelques clés pour mieux discerner ceux qui en valent la peine.

 

Revue historique – Concentré rapide et facile à digérer

Comme le dit bien Christine Bard dans son livre histoire politique du pantalon, il faut dans un premier temps distinguer le vêtement et son nom. Le vêtement existe depuis longtemps. On peut remonter jusqu’à l’antiquité. Il fut inventé par les populations cavalières du monde oriental. On comprend facilement pourquoi. L’équitation y est plus facile qu’en toge. Ce vêtement arrivera par la suite jusque dans nos contrées et sera notamment porté par les gaulois. On l’appelle alors « braies ». Celles-ci survivront même à la domination de l’empire romain qui préfère la toge, associant les braies aux peuples barbares.

Les braies sont assez larges et étaient vraisemblablement fabriquées à l’aide d’une toile de lin. Elles étaient maintenues au niveau de la taille grâce à une cordelette et descendaient jusqu’au niveau des chausses - mais pouvait aussi s’arrêter au niveau du genou -.  

Si vous ne vous souvenez pas de vos cours d’histoires, rappelez-vous votre dernier voyage au parc Astérix. En bon Gaulois, Obélix et Astérix portent des braies

Si vous ne vous souvenez pas de vos cours d’histoires, rappelez-vous votre dernier voyage au parc Astérix.
En bon Gaulois, Obélix et Astérix portent des braies

Le nom pantalon est apparu dans la langue française au 18 ème siècle, via le personnage Pantalone de la Comedia Dellarte (forme de théâtre Italien). Il portait ce qu’on appelle des culottes longues. Quoi une culotte ? Oui, avant le XXIème siècle il s’agissait d’un vêtement (et non un SOUS-vêtement) assez moulant qui séparait les 2 jambes et qui s’arrêtait au niveau du genou. Un bermuda moulant si l’on simplifie un peu. Elle était principalement portée par les bourgeois et les aristocrates. Le pantalon reste quant à lui le symbole des pauvres : les paysans, les artisans ou encore les marins. D’un point de vue technique, il n’est plus aussi large que l’étaient les braies quelques siècles plus tôt. Il s’est considérablement aminci.

1789 marquera un tournant. C’est la lutte entre l’aristocratie (culottes) et les révolutionnaires issus du petit peuple ne portant pas de culotte (les sans-culottes!). Ils arborent des pantalons à rayures le plus souvent.

A gauche : Culotte ~sorte de pantacourt ~ aristocratie A droite : Sans Culotte ~ pantalon  ~ révolutionnaires

A gauche : Culotte ~sorte de pantacourt ~ aristocratie

A droite : Sans Culotte ~ pantalon  ~ révolutionnaires

Vous connaissez la suite, les révolutionnaires l’emporteront. Une nouvelle société est créée. Le pouvoir passera des mains de l’aristocratie à celles de la bourgeoisie. Les valeurs du monde du travail succèderont à celles de l’oisiveté. Dès lors, il n’est plus considéré comme moral pour un homme de s’habiller et se coiffer de manière frivole. Perruques poudrées, fard, mouches et habits très sophistiqués (brodés en fils d’or par exemple) sont rangés au placard. Les culottes ne sont pas abandonnées immédiatement, mais le pantalon se diffuse petit à petit jusqu’au niveau des élites bourgeoises. C’est le premier vêtement qui partira des « couches sociales d’en bas » pour finir par être porté par les « classes supérieurs ». Le pantalon s’inscrit dans un mouvement global de simplification de la tenue vestimentaire masculine. La beauté est abandonnée au profit du fonctionnel. A mesure que les tenues masculines deviennent uniformisées et mornes, les tenues féminines se multiplient. Le pantalon reste cependant interdit aux femmes via une ordonnance datant de 1800 de la préfecture de police.

Certaines femmes portent néanmoins le pantalon pour aller à la plage ou chez des amis. Ci-dessous une photo datant de 1920 :

Notez qu’il est très large pour se différencier de celui des hommes

Notez qu’il est très large pour se différencier de celui des hommes

Pour nuancer le propos, n’oublions pas aussi qu’à cette époque une partie des femmes ouvrières subissent le port du pantalon. En effet, il n’est pas forcément associé à l’image de la séduction de la femme bourgeoise féminine en corset et robe. Des progrès ont été faits depuis. Cette ordonnance fut -seulement- récemment abrogé (2013). Toutes les femmes peuvent à présent porter le pantalon. Il me semble qu’il reste toutefois quelques professions où la jupe est obligatoire. (Typiquement les hôtesses de l’air)

De la naissance du pantalon moderne
Le prêt à porter fait son apparition dans les années 1960.  Avec lui le blue jean se répand sur toute la surface du globale, des classes sociales aisées aux plus pauvres. Cela va considérablement influencer le développement du pantalon pour arriver au modèle que l’on connaît : abandon des pinces de pantalon (cf paragraphe suivant si vous ne savez pas ce qu’est une pince), disparition des plis, disparition des revers, disparition des proches passepoilées et droites au profit de poches cavalières…Il sera également de plus en plus étroit et moins guindé étant donné que les lestes qui accompagnaient les revers furent enlevés à leur tour. Comme quoi on n’a rien inventé, les pantalons de 18cm vous pouviez déjà en choper avant les années 60 !

 Les vêtements sont aussi moins différenciés sexuellement. C’est l’émergence de tenues plutôt unisexes. C’est à ce moment que le pantalon est donc également porté par les femmes.

Bon ok c’est encore à la plage, mais elles commencent aussi à le porter en dehors, je le jure ! Ici Jacqueline Kennedy.

Bon ok c’est encore à la plage, mais elles commencent aussi à le porter en dehors, je le jure !
Ici Jacqueline Kennedy.

Par la suite le pantalon sera de toutes les modes : de la période hippie avec le pantalon pattes d’éléphant en passant par la mode punk type et ses pantalons troués, ou encore les tenues preppy des universités américaines de l’Ivy League…jusqu’au pantalon très slim de la période Heidi Slimane. Ce vêtement est devenu au fil des siècles un incontournable du vestiaire masculin. Aucune échappatoire. Ou presque. (La jupe ça vous tente ? ;) )

Le sagging sera même (et l’est encore) une mode exclusivement liée au pantalon. Pour la faire courte : les prisonniers américainsne pouvaient porter des ceintures pour des raisons de sécurité. Et étant donné qu’ils portaient des baggy, leurs pantalons tombaient en dessous des hanches...Une fois sortie de prison, ils continuaient à s’habiller ainsi. De nombreux jeunes ont alors copié ce mouvement, s’identifiant à ce symbole du bad boy.

Euh…vu la tenue, pas de doute, on est bien aux States

Euh…vu la tenue, pas de doute, on est bien aux States