Nos paires de J.M. WESTON

L’emblématique Mocassin 180 et le Richelieu Raphaël

    Le 28 février 1946, marque en France la sortie du premier numéro du journal L’Equipe. Le quotidien sportif affichait en Une Marcel Cerdan, célèbre champion de boxe et amant mythique d’Edith Piaf, prêt à en découdre pour son prochain combat. Des feuilles de papiers tellement ancrées dans la vie des Français qu’il en devient difficile de s’en extirper. Mais une autre révolution se profilait, cette fois dans le domaine de l’habillement masculin. 1946 marque aussi la naissance du “mocassin 180” de J.M. Weston. 77 ans plus tard, le soulier reste inchangé et gorgé d’une identité française certaine. Cinq années en arrière je franchissais le pas d’une boutique J.M. Weston pour la première fois pour en ressortir convaincu que la marque n’était pas faite pour mes pieds. Il paraît qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Cinq ans plus tard, deux modèles ont fait irruption dans ma rotation calcéophile. Il était normal qu’après avoir visité la manufacture Limougeaude, l’envie de partager nos paires soit une évidence.

Voici nos paires de J.M. Weston.

 
 

L’emblématique mocassin 180

Savez-vous pourquoi le mocassin français le plus connu de la planète porte ce nom ? Tout simplement car 180 prises en main en atelier sont nécessaires à la fabrication de cet “emblématique”. Dans son ouvrage Pointures - Le Grand Livre de la Chaussure, Yves Denis - fondateur de Dandy Magazine - qualifie la maison comme “le chic discret”. C’est tout à fait cela. Son surnom de “Janson”, lié au lycée parisien Janson de Sailly et au fait que les élèves en étaient des inconditionnels, a même permit de faire l’objet de la première côte Argus jamais attribuée à une chaussure ! Cela permettait au lycéens d’en changer plus facilement. Le 180 est devenu au fil du temps, l’étalon-d’or du mocassin français. 

Disponible en cinq largeurs - A, B, C, D, E - il est certain que votre pied y trouvera un chaussant adéquat.

Comment connaître sa pointure et largeur ? Il est préférable de se rendre directement dans une boutique de la marque afin que l’on vous prenne les mesures des pieds grâce à un système similaire au Brannock et trouver le meilleur chaussant. Il est également possible de renseigner vos mesures sur le site internet de la marque pour vous aiguiller. Nous conseillons fortement le passage en boutique pour palier toute erreur.

Pour ce qui est des caractéristiques de ce mocassin quintessentiellement français, les voici telles qu’elles figurent sur le site internet de la maison:

- Bride en forme de mouette et plateau jointé bord à bord, signatures du modèle
- Forme ronde à plateau, élégante et racée, mythique
- Doublure en cuir de veau, coloris naturel
- Construction Goodyear permettant le ressemelage et la longévité de la chaussure
- Semelle extérieure et talon en cuir Bastin & Fils : tannerie française perpétuant la technique de tannage végétal extra-lent
- Marquage à chaud J.M. Weston sur la première de propreté et la déforme de la semelle
- Fabriqué en France à Limoges

Nous avons aussi eu la chance de visiter la tannerie Bastin & Fils qui fabrique les semelles extérieures et la première de montage en cuir utilisée par J.M. Weston. Il est assez impressionnant de suivre le cheminement de ce cuir, il s’écoule 10 à 12 mois pour que les peaux deviennent des cuirs. Vous pouvez vous replonger dans cette visite ici.

Un mot sur le service des “Commandes Spéciales” J.M. Weston

Une des plus grandes interrogations qui se posent lors du choix du mocassin 180 est de savoir : quelle couleur et matière choisir ? Outre les 23 coloris classiques et “emblématiques” proposés en magasin et sur le site internet de la maison, J.M. Weston a un département de “commandes spéciales” au sein duquel quasiment tout est possible : bi-matières, bicolores, tricolores, coutures contrastantes, choix des cuirs…les choix de personnalisation de votre paire de 180 est (presque) illimitée…le luxe n’ayant pas de prix. Comptez 20 à 30% par rapport au tarif standard.

 

Mocassin 180 modèle “Castelbajac” - une pièce de collection
Image facebook @Jean-Charles de Castelbajac 

 
 

Le service de “commandes spéciales” - l’équivalent du “Made To Order” en Anglais pour “Fabrication sur Demande” - permet ainsi de passer commande de n’importe quel modèle existant, ou presque, dans des coloris et peausseries qui ne sont pas proposées en série. Le résultat en est une paire unique et intimement personnelle. Yves Denis résume bien ce service:

Les Commandes Spéciales proposent une sorte de quadrature du cercle qui permet à tous les modèles de la collection de s’affranchir de leur classicisme pour revêtir des tenues nettement plus typées, relevant plus du domaine bottier que de la fabrication industrielle”.

La production de Weston en est ainsi en ce sens rationalisée.

“Casser” le soulier, une nécessité

Chaque matin, depuis quelques années, je me dirige spontanément vers des chaussures sans lacets. Par automatisme d’abord, fainéantise sans doute et confort certain. Quel plaisir de glisser ses pieds dans des souliers sans avoir à se baisser et franchir le pas de la porte dans la foulée ? Le mocassin, plus que tout autre soulier selon moi, offre la richesse de pouvoir jouer sur l’épaisseur de ses chaussettes. Pourquoi est-ce si important ? Comme toute paire de chaussures en cuir, une période d’adaptation est nécessaire à ce que le pied épouse agréablement son prétendant. Le mocassin 180 ne déroge pas à cette règle: il faut “casser” le soulier. 

Avez-vous déjà lu le merveilleux ouvrage J.M. Weston du Prix Goncourt Didier Van Cauwelaert ? Dans ce livre, véritable ôde à la maison limougeaude, l’auteur détaille cet apprentissage parfois douloureux mais nécessaire.

“Cet apprentissage est, suivant les clients, un moment privilégié ou une épreuve nécessaire, un tribut méritoire ou un rituel initiatique. On étrenne, on assouplit, on “brise”, on “casse” - bref: on souffre. (…) Il faut presque deux mois d’un usage régulier pour qu’une nouvelle paire se fasse à nos pieds.”

C’est ainsi que le roi Charles III a eu des valets de pied pour porter et assouplir ses chaussures en cuir avant lui ! Si certains redoutent cette épreuve, d’autres l’accueillent à bras ouverts.

Comment porter le mocassin 180 ?

Quant à moi, j’ai opté pour un cuir veau box noir - un cuir de veau pleine fleur tanné au chrome - un emblématique de la maison. Comment trouver sa bonne pointure et largeur ? La seule solution est d’essayer et de comparer. C’est ce que j’ai pu faire. Ma pointure et largeur sont donc un “6D”. (Notez au passage que J.M. Weston indique les demi-pointures par une barre “/”, votre pointure et largeur ressemblerait donc à un “6/D” pour “6.5 D”).

 
 

Les particularités des modèles de la maison font que chacun d’eux se chaussent différemment. Ainsi, le mocassin chaussera plus serré qu’un richelieu. Nous ne trancherons pas l’éternel débat du chaussant du soulier plutôt serré ou plutôt large - vous en serez les juges - je fais parti de la première catégorie. J’aime être maintenu dans mes souliers. Attention cependant, si vos orteils touchent le bout, ce n’est pas bon signe, car les chaussures s’écarteront en largeur mais jamais en longueur. J’en ai fait l’amer expérience, mais cela fait parti du “jeu” car c’est en se trompant que l’on trouve son confort.

Les mocassins sont une famille de chaussures assez particulière en ce sens où elles sont à la fois décontractée mais se porte parfaitement avec un complet - comprenez un costume. Si le 180 est aujourd’hui même porté par des street artists de renom, c’est bien la preuve qu’il sied à tout le monde.

 
 

Comme un hommage à “la bande du Drugstore”, pour ce shooting, nous optons pour la simplicité, car elle est implacable - comme souvent. Un jeans brut, un t-shirt blanc, une chemise en oxford à col button down rose et une veste en moleskine noire. Simple.

S’il fait trop chaud, troquer le jeans pour un chino ou un short assez ample - bannissez le bermuda…

Disponibles ici.

Avec ou sans chaussettes ?

Eternel débat qui est pourtant tranché pour nous: si vous souhaitez détruire vos souliers et vos pieds, alors ne portez pas de chaussettes. Si vous êtes adepte du confort et de l’élégance, faites l’inverse. Nous vous laissons devinez dans quel camp nous nous rangeons.

Autre débat, faut-il poser un fer et patin auprès de son cordonnier ? Nous le faisons depuis des années - avant même que les semelles battent le pavé ! Tout est une question de confort. Notre adresse de référence parisienne: cordonnerie Les 2 Lutins, 14 rue Saint Marc 75009.

 
 

Le Richelieu bout droit Raphaël, la forme en amande parfaite

Le modèle Richelieu se distingue de son cousin le Derby par son aspect plus formel et surtout son laçage. Nous reprenons volontiers les mots d’Yves Denis sur cette distinction:

“Dans le cas du richelieu, le laçage est dit “fermé”, c’est-à-dire qu’il a vocation à voir réunis les deux empiècements de cuir qui le supportent (…) que l’on nomme les oreilles de quartiers. Dans le cas d’un richelieu, ils passent sous l’empeigne, qui constitue toute la partie avant de la chaussure et peut être complétée d’un bout rapportée, droit ou de type bout golf. Dans le cas d’un derby, ils sont au contraire cousus sur l’empeigne, ce qui constitue la différence fondamentale entre les deux genres. (…)

De façon manifeste, le richelieu est plus habillé que le derby, et favorise les pieds étroits, tandis que le derby arbore une allure plus sport et correspond mieux aux cous-de-pieds forts”

Comme je le disais en préambule, la pointure d’une paire de Weston diffère selon les modèles. Si je porte un 6D pour les 180, je porte ici un 7D pour ce modèle richelieu.

Voici les caractéristiques du Raphaël, telles qu’elles figurent sur le site internet de la maison :
- Doublure en cuir de veau noir
- Construction Goodyear permettant le ressemelage et la longévité de la chaussure
- Semelle extérieure et talon en cuir Bastin & Fils : tannerie française perpétuant la technique de tannage végétal extra-lent
- Marquage à chaud J.M. Weston sur la première de propreté et la déforme de la semelle
- Fabriqué en France à Limoges

Le défi le plus grand d’un richelieu - selon moi - est qu’il vous flatte les pieds. Ni trop large, ni trop pointu. L’horreur ultime étant de tomber dans l’écueil des “pieds de lutins”. C’est pleinement évité ici, grâce à la double couture décalée sur le bout - clin d’œil aux piqûres des bottes de la Garde Républicaine - rendant ainsi une harmonie visuelle très appréciée.

J’aime particulièrement la forme arrondie mandorle - comprenez en amande - généreuse. 

 
 

Comment porter le richelieu Raphaël ?

Il n’y a pas 36 façons de porter un richelieu, nous préconisons le costume. La suite en images.

Disponible ici.

 
 

Le “club des cloches”

Saviez-vous qu’il est possible de rejoindre un cercle d’amateurs de Weston ? Ses membres font l’objet d’une adhésion volontaire mais secrète. Regardez sous la semelle d’un Westonien - comprenez un porteur de Weston - si l’initiale “W” s’inscrit à l’intérieur d’une cloche, cela signifie que le modèle est revenu à la manufacture pour réparation. À vrai dire cette forme qui s’apparente à une cloche correspond en réalité aux contours de l’arc de triomphe du logo de J.M. Weston.

Dans un monde qui va vite où le tout-jetable est roi, la maison limougeaude choisit la durabilité et la lenteur. Si vous êtes un Westonien et que votre paire est fatiguée ou nécessite un bichonnage certain, Weston offre la possibilité d’envoyer ses souliers à la manufacture pour leur donner une deuxième vie. Il est d’ailleurs assez touchant, lors de notre visite, d’écouter les artisans nous confier leurs histoires: “Il arrive qu’une paire revienne et que l’on se souvienne de quand nous l’avions assemblé !”. En effet, chaque paire est identifiée par un numéro de série à l’intérieur du chaussant.

Appartenir au “club des cloches” est ainsi une fierté.

 
 

 Une histoire française qui dure

Peu de marques de souliers cristallisent autant un sentiment d’appartenance. Franchir le pas d’une boutique Weston est déjà un voyage en soi. Car on ne choisit pas une Weston, c’est elle qui vous choisit. Mille souvenirs restent accrochés aux semelles de ces souliers légendaires, véritables “semelles de l’âme”. On ne choisit pas une Weston comme n’importe quelle autre paire de chaussures. Nous nous retrouvons parfaitement dans les propos de Didier van Cauwelaert :

“Ce n’est pas seulement une question de prix, mais d’ambiance, d’enjeu, de vision à long terme. C’est un engagement. (…) C’est un entretien d’embauche, où le pied se glisse à la place de l’embauchoir pour se projeter vers l’avenir. Pour chercher ses points d’appui, trouver ses marques, son confort, une structure complémentaire, une énergie compatible.”

Quelle maison de soulier française séculaire peut se targuer de posséder une tannerie, de produire ses propres semelles et d’offrir autant de chaussants, le tout fabriqué en France ?

Un véritable mythe entour la maison limougeaude. Un mythe appartenant au patrimoine français, bien que certains puissent penser qu’elle soit américaine ou anglo-saxone. Si la signification des initiales “J.M” n’ont toujours pas été redécouverts, pour nous, elles signifient “J’aime” Weston.