Interview de Laperruque : le Hermès jeune et cool

 

Laperruque est une de ces jeunes marques françaises de maroquinerie qui gagnent à être connues. Ils ont gentiment accepté notre demande d'interview.

Le porte carte en Barenia à toute sa place dans une proche d’un blouson en jean Levis type 2

Le porte carte en Barenia à toute sa place dans une proche d’un blouson en jean Levis type 2

 

PRÉSENTATION

Pouvez-vous vous présenter rapidement ? Combien de personnes rassemble cette aventure ?

Nous sommes deux amis, Robin Hureau et Robin Nozay. Nous sommes tous les deux passionnés de mode masculine et de maroquinerie, et c'est d'ailleurs comme cela que nous nous sommes rencontrés. Nous nous occupons depuis presque 10 ans du blog Redingote.fr où nous écrivons sur ces sujets. Cela nous a tous les deux menés vers une reconversion professionnelle : Robin H. est artisan sellier-maroquinier depuis 3 ans et de mon côté j'ai occupé plusieurs postes dans le secteur de la mode et du luxe. Robin H. a suivi sa copine et s'est installé avec son atelier à Malmö en Suède, moi je n'ai suivi personne et je suis resté à Paris.

Possédez-vous une boutique en propre en Suède ?

Non, nous ne sommes distribués pour l'instant que sur notre site web Laperruque.co. Nous proposons donc de la maroquinerie directement des mains de l'artisan (celles de Robin H.) à celles du client. Du coup nous avons un intermédiaire de moins que les marques se revendiquant "direct to consumer" à la Everlane, qui doivent toujours travailler avec des ateliers externes. On est un peu le futur.

On est un peu le futur.
— laperruque

Quelle est l'origine du nom de votre marque ?

Au delà du postiche capillaire, "perruque" est aussi un vieux mot utilisé dans l'artisanat pour parler d'un objet réalisé pour soi sur son lieu de travail. On parle de "travail en perruque" ou de "faire de la perruque". C'est un clin d’œil à nos expériences respectives, car avant d'y être à plein temps, on a du développer Laperruque en plus de notre activité professionnelle. On aime aussi beaucoup cette culture de l'artisanat et tout ce qui est un peu obscur, geek et créatif au sein des ateliers. Genre des porte-katanas (!) conçus par des artisans d'Hermès sur leur temps libre...

Quelle est la philosophie de votre marque ?

Nous souhaitons proposer de beaux produits artisanaux cools, simples et fonctionnels, dans les meilleurs cuirs du monde.

Quelle est votre ambition pour Laperruque ?
Nous souhaiterions être très rapidement "Ramen Profitable" (NLDR : être assez rentable pour permettre aux fondateurs de payer leurs dépenses courantes) .Ensuite si Laperruque pouvait devenir une marque référante de la maroquinerie contemporaine ce serait top !

 

LEURS PRODUITS

Pouvez-vous nous parler un peu de vos fournisseurs de cuirs ? Avez-vous pu les visiter ? Respectent-ils l’environnement ?

Nous travaillons avec des tanneries françaises et suédoises, nous avons donc pu facilement toutes les visiter. Elles sont tenues de respecter des normes europénnes environnementales drastiques. Tarnsjö, notre fournisseur suèdois, est encore plus extrémiste sur cette question car sa tannerie ne produit que du cuir végétal, sans aucun produit chimique. 

Quels sont vos cuirs de prédilections ?

Le Veau Végétal Naturel (ou VVN) est un cuir au tannage végétal qui est beige à l'origine mais qui "bronze" et se patine progressivement pour prendre une belle couleur chocolat. C'est un peu l'équivalent du denim mais transposé au cuir : alors que le jean se délave progressivement, le VVN va lui s'assombrir. Sa patine est vraiment la plus belle et la plus intéressante. C'est à l'opposé du Saffiano et de tous ces cuirs traités, plastifiés et sans vie utilisés par les marques de luxe.

Y a t-il une différence perceptible entre les cuirs au tannage végétal et minéral* ?

Le cuir issu du tannage végétal est plus sensible à la lumière et aux marques de son environnement extérieur. Il laisse également joliment filtrer les irrégularités naturelles de la peau. Il a un toucher chaud et doux, à la différence du cuir au tannage minéral qui est souvent recouvert d'un film plastique qui gomme les petites marques. 

Avec le cuir au tannage végétal, sans film plastique, il faut être un peu patient : comme un vin de garde, l'objet ne révèle sa vraie nature qu' après quelques mois d'utilisation.

*Cuir minéral = Cuir tanné à base de sulfate de chrome, ce qui le rend souple et élastique.
Cuir végétal = Cuir tanné à base d'écorces, de fruits, de racines, de feuilles. Il est en général plus ferme, moins élastique et sensible à la lumière.
Tanner = rendre le cuir résistant à la pourriture, au temps et aux intempéries.

Le tannage semi-végétal c’est quoi pour les novices ?

C'est d'abord un tannage minéral, puis on finit par un tannage végétal pour obtenir le meilleur des deux mondes : un beau cuir souple, un peu gras, au toucher duveteux, qui va prendre quelques marques et surtout une belle patine avec le temps. C'est par exemple le tannage de nos cuirs Barenia et Baranil**. Cela donne aussi accès à une palette de couleurs plus importantes.

**Baranil et Barenia sont des marques déposées respectivement par les tanneries Degermann et Haas.

Vous travaillez combien de temps pour confectionner un produit ?

Cela peut aller de quelques heures à une demi-journée, cela dépend principalement du travail de couture, car c'est ce qui prend le plus de temps à Robin qui les réalise toutes à la main, quand il n'est pas en train d'explorer la scène techno underground de la ville de Malmö.

Pouvez-nous expliquer en quelques mots ce qu’est une finition à la cire d’abeille et ce qu’elle apporte ?

On applique la cire d'abeille en fine couches sur les tranches de nos objets, on la fait ensuite fondre pour lisser le tout et on fait briller par friction. Technique de finition assez longue, elle donne un brillant naturel au produit et protège la teinture des chocs et de l'humidité. C'est assez long à faire mais le rendu est inégalable !

 

ET LA SUITE ?

Vos prochains produits ? Un indice ?

On était très content de présenter un protège-gomme Staedler (une belle gomme made in Germany) au dernier Pitti Uomo dans le cadre d'une collaboration avec une marque de prêt-à-porter que nous aimons beaucoup. Cependant on a conscience qu'il faut aussi répondre à de vrais besoins de nos clients : porte-feuilles, housse à Iphone, macbook, porte passeport...

Sur votre site, j'ai vu qu'il est mentionné que certains de vos produits « s'embelliront avec le temps ». C’est juste du marketing ?

Non, car cela correspond à ce que l'on aime vraiment. Nous trouvons que la patine peut magnifier un objet, c'est par exemple le cas sur un denim délavé, une veste Barbour bien usée, un vieux meuble d'artisan ou un parquet centenaire ... Nous avons sélectionné nos cuirs dans cette optique, afin qu'ils se marquent, qu'ils prennent du caractère en vieillissant.

Puisque Robin H. vit en Suède, peut-il nous donner son avis sur le marché menswear suédois ?

Il y a un style local porté par un véritable écosystème de marques qui ne sont que trop peu visibles hors de la Scandinavie. Il y a quelques marques Suèdoises que nous aimons beaucoup : John Sterner Swedish Knitology, Tonsure, Our Legacy, Acne Studios, Très Bien, Nifty Jeans, Sefr Sefr, Berg & Berg, Atelier Sam Anamel ...

Pour terminer, où aimez-vous acheter vos vêtements ?

Nous trainons beaucoup en friperie à la chasse d'une belle trouvaille, d'un produit qualitatif qui aurait traversé le temps. Mais nous sommes aussi clients chez des spécialistes (par exemple Incotex pour les chinos, Husbands pour les costumes, Drake's pour les cravates, Begg & co pour les écharpes ou John Smedley pour la maille), où chez des marques plus créatives pour des pièces plus originales et bien conçues, comme Arpenteur, De Bonne Facture, Acne Studios ou Our Legacy. 

Merci Robin & Robin.

N'hésitez pas à aller faire un tour sur leur site, Laperruque.