Les 100 Icônes du style français - Notre 101e icône

L'Étiquette consacre son numéro d'été aux 100 icônes du style français. Un inventaire réjouissant, avec ses partis pris — c'est la loi du genre.

 
 

Il faut d'abord saluer l'exercice. Dans son numéro d'été, en kiosque depuis le 9 juillet, L'Étiquette dresse l'inventaire des cent icônes du style français. On y retrouve ce qu'on espérait y trouver : le pull marin, le ciré jaune, les bottes Aigle, le 180 de Weston, la Michael de Paraboot, la veste de travail en moleskine ou encore la sandale Rondini. Cent objets, cent raisons de se dire que le vestiaire français existe bel et bien — pas comme un uniforme, mais comme une grammaire, un répertoire commun d'éléments et de règles avec lequel chacun compose ses propres phrases.

Le jeu de la liste a pourtant ceci de délicieux qu'il invite aussitôt à chercher les absents. Nous avons joué. Et un absent nous a sauté aux yeux.

Les souliers y sont. Pas ce qui les fait durer.

C'est le paradoxe du numéro : les grands souliers français y figurent en bonne place, et c'est justice. Un mocassin de Limoges ou un derby norvégien s'use pendant plus de 20 ans. Mais aucun de ces objets ne traverse les décennies tout seul. Ce qui les fait durer tient dans un pot de verre et une boîte plate, et ne figure nulle part dans la liste : Saphir.

L'histoire mérite pourtant sa page. Saphir naît en 1920, fondée par la famille Destagnol, et décroche cinq ans plus tard la médaille d'or de l'exposition de Paris de 1925 — celle-là même dont la gamme reine porte encore le nom, un siècle après. La marque exporte à New York dès les années 1950, puis passe dans les années 1970 entre les mains d'Avel, l'entreprise familiale fondée par Alexandre Moura et aujourd'hui dirigée par son fils Marc, à Magnac-Lavalette, en Charente. Le leader mondial de l'entretien du soulier haut de gamme est une PME charentaise - ce que la plupart des porteurs de Weston ignorent, alors même que de grandes maisons, de Joseph Cheaney à Longchamp, font développer leurs produits d'entretien dans ses ateliers.

Ce qui rend l'objet iconique, c'est d'abord la recette. Les formules de la gamme Médaille d'Or n'ont pratiquement pas bougé : des cires d'abeille, de carnauba et de montan fondues à l'essence de térébenthine, des pigments, pas d'eau, pas de silicones. Le Rénovateur enrichi à l'huile de vison. Le pommadier de crème dans son pot de verre. La Pâte de Luxe, celle qui permet le glaçage — ce bout miroir qui est peut-être la contribution la plus française à l'esthétique du soulier. Nous avons eu la chance de visiter l'usine et de voir la cire chaude couler dans les pots : le reportage est à lire ici.

Autres absents ?

Puisqu'on jouait aux absents, finissons la partie : on aurait sans doute aussi glissé dans la liste un maillot jaune ou celui des Bleus de 98, la saharienne de Saint Laurent, l'habit vert de l'académicien, un Opinel ou un Laguiole - on ne tranchera pas - ou encore le parapluie de Cherbourg.

Mais cent, c'est court. Il en manquera toujours un.