Tenue des lecteurs #7 - Tanguy

Tenue des lecteurs

Tanguy @kerloazdiary

 
 

La très très grande majorité des vêtements qui évoluent sur moi ont déjà connu une ou plusieurs existences. Comprenez : je n'achète que de la seconde main depuis mes 15 ans.

Dans un printemps qui s’ouvre lentement mais sûrement, voilà que mon dévolu se jette sur une palette de tons flegmatiques mais jamais austères.

Le pardessus est un prêt-à-porter Franco Prinzivalli (ex élève de Mario Donnini) fabriqué au Japon. Sa laine légère en fait un partenaire de choix au milieu du yoyo climatique des changements de saison. Je le rince depuis X années et il m'accompagne partout.

Je porte une veste droite sortant des ateliers St Andrews, discret sous-traitant transalpin oeuvrant pour plusieurs maisons connues. Appréciant peu les épaules molles et les constructions déstructurées, l’alphabet de la maison me « cause » : je suis un inconditionnel de l’armature de leurs vêtements, à la fois robuste et légère, qui favorise un tomber net et précis et pousse votre torse comme votre dos à embrasser le tissu en toute quiétude. Ce dernier est une laine froide à l’armature assez dense.

Même si j’apprécie les bleus « pêchus » et clairs (sur les autres), je reconnais que mes sept blazers sont tous coupés dans des liasses plus obscures…Notamment ce bleu nuit profond qui m’envoûte quand je le redécouvre le matin. Un accessoire précis, comme un bouton de corne, de nacre ou doré, et le tissu chatoie hiver comme été. Ici, la pochette de lin blanche héritée d’aïeux remplit ce rôle.

« Du masque et de l’apparence, il n’en faut pas faire une essence réelle, ni de l’étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. » écrivait Montaigne dans ses Essais. Si l’habit a tout de politique dans nos sociétés humaines, ma chemise de coton n’est surtout qu’un modeste vestige provenant des vieilles collections de chez Luciano Barbera. Elle est une seconde peau, en raison de sa coupe d’abord, mais également du fait de ce marron cannelle qui s’insère naturellement dans beaucoup de mes mises. Je suis fanatique de Prince-de-Galles par les jeux que ce motif permet notamment lorsqu’il s’agit de chemiserie. J’affectionne particulièrement celle-ci, même si son précédent propriétaire avait le bras moins long que moi.

J’use allègrement mes vêtements. J’entends certains connoisseurs répliquer qu’un vêtement bien fait ne s’use pas : il s’amorti. Ce pantalon marron glacé ne déroge pas à cette loi. Acheté il y a plusieurs années, il est griffé Vigano qui s’avérait être un méconnu mais bon pantalonnier d’Italie (pour varier). La trame de cette laine froide n’a toutefois pas échappé, sur certaines zones, aux rustines imposées par l’usure du temps. Les vêtements doivent respecter les axes du corps et celui-ci flotte comme il se doit autour d'un corps en mouvement.

Mes mi-bas - neufs, à l’instar de tous mes sous-vêtements - sont signés Archiduchesse et font écho aux carreaux fenêtre de ma chemise. C'est donc l'instant "pêchu" de la tenue, pour ceux qui ne l'avaient pas vu.

Les souliers proviennent quant à eux de chez Tricker’s. Le cuir « ramasse » constamment et la ligne n’est pas des plus racées, mais j’estime que leur allure est encore fière. Et la teinte de la peau « matche » avec la chemise. Surtout, ce sont des pantoufles.

Concernant les accessoires, ils se résument ici à deux pièces : ma paire de lunettes Paul Smith (que vous ne verrez pas) avec ses verres solaires marron fumé à clip, façon général autocrate d’un État du pourtour méditerranéen, et cette montre LIP cal. R25 qui souffle ses 60 bougies. Le bracelet d’origine ayant lâché cette année, j’ai récemment opté pour un modèle acier façon « Breitling Gainsbourg ». Je ne sais toujours pas si c’est un choix plus juste qu'hasardeux mais ça me change : le plaisir est aussi dans le changement. "