Au Musée de La Poste, une excellente exposition sur le vêtement de travail
/Le Musée Postal (anciennement Musée de La Poste), juste à côté de la gare Montparnasse à Paris, fait partie de ces lieux dont on ignore souvent l’existence.
Même à Paris, peu de gens semblent réellement connaître ce musée.
Et pourtant, l’exposition actuellement consacrée aux vêtements de travail et aux uniformes professionnels mérite largement le détour.
Par son niveau de documentation, le nombre de pièces présentées et la qualité de la scénographie, elle n’a franchement pas grand-chose à envier à certaines expositions des Musée des Arts Décoratifs ou du Palais Galliera.
On la conseille vivement, d’autant plus qu’elle se trouve à quelques minutes à pied de Montparnasse.
Si vous avez un train à prendre et un peu d’avance, cela vaut largement une visite.
L’exposition, intitulée Sous toutes les coutures — Le vêtement au travail, est construite autour de trois grands axes : le vêtement comme symbole d’autorité, le vêtement comme outil de protection, puis enfin la période 1990-2025.
Les parures d’autorité
La première partie de l’exposition montre comment l’uniforme devient progressivement un outil d’organisation sociale.
À partir du XIXe siècle, les administrations et les grandes entreprises commencent à standardiser l’apparence de leurs employés.
Postiers, policiers, employés des chemins de fer ou agents publics adoptent des silhouettes codifiées inspirées du vestiaire militaire.
Le vêtement sert alors plusieurs fonctions :
identifier immédiatement une profession ;
matérialiser une hiérarchie ;
rendre l’autorité visible ;
créer une forme de discipline collective.
On comprend assez vite que beaucoup de codes encore présents dans le vêtement professionnel viennent directement de l’armée.
Les couleurs réglementaires, les galons, les coupes strictes ou encore les boutons métalliques participent tous à cette logique.
L’exposition insiste aussi sur un point important : pendant longtemps, le vêtement professionnel protège moins les travailleurs qu’il ne les rend visibles et identifiables.
Le vêtement comme outil de protection
La deuxième partie s’intéresse davantage à l’industrialisation et à l’apparition des vêtements réellement pensés pour le travail physique et en usine. On voit apparaître les tissus résistants, les coupes plus fonctionnelles et les vêtements conçus pour durer dans des environnements difficiles.
Le bleu de travail notamment traverse toute l’exposition.
la coupe large aujourd’hui en vogue se voit interdite en usine
Un vêtement nous a particulièrement marqué : une pèlerine de pluie développée vers 1950 pour les facteurs à vélo par le fabricant Hutchinson, spécialiste du caoutchouc vulcanisé.
C’est une cape souple permettant à la fois de protéger le facteur et sa sacoche contenant le courrier.
L’exposition présente également des échantillons de tissus, des courriers internes de la RATP, des listes de fournisseurs agréés ou encore une réclamation technique concernant certains textiles utilisés pour les uniformes.*
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du parcours : on découvre à quel point les matières étaient étudiées, testées et contrôlées.
Les administrations disposaient même de laboratoires internes chargés d’analyser la solidité des tissus, leur réaction au feu, à l’eau ou aux produits chimiques.
*Cette dernière concerne l’arrivée des tissus sanforisés — un procédé permettant de pré-rétrécir le tissu afin d’éviter qu’il ne rétrécisse après lavage.
Habitués pendant des années à voir leurs vêtements diminuer de taille après lavage, certains agents continuaient à commander des uniformes trop grands par habitude alors que cela n’était plus nécessaire avec ces nouveaux tissus.
échantillons de tergal
On apprend par exemple que la viscose fut introduite dans certains vêtements avant d’être progressivement abandonnée, notamment parce qu’elle faisait trop transpirer les agents.
Même chose pour les tissus thermocollés ou les mélanges synthétiques : chaque innovation textile semble avoir été longuement testée avant d’être validée à grande échelle.
Quand le workwear entre dans la mode
La dernière partie de l’exposition montre comment, à partir des années 1980-1990, les administrations et entreprises publiques commencent à faire appel aux maisons de mode pour moderniser leurs uniformes.
La SNCF collabore par exemple avec Balenciaga, la RATP avec Guy Laroche, tandis qu’Christian Lacroix dessine certaines tenues pour Air France ou La Poste.
L’exposition présente aussi des objets assez étonnants, comme une cravate “anti-agression” conçue pour la SNCF au début des années 2000, pensée pour se détacher rapidement en cas d’incident.
Autre détail intéressant : Armor-Lux produit encore aujourd’hui une partie des vêtements de La Poste, aux côtés de groupes spécialisés comme Cepovett ou Mulliez-Flory.
Conclusion
On recommande vivement cette exposition, d’autant plus qu’on ne vous en a raconté qu’une petite partie.
Notre pièce préférée reste probablement une blouse bleue de paysan normand datant des années 1815.
Elle a été enrichie de broderies blanches. On vous laisse la découvrir.
L’exposition présente également de très belles aquarelles d’Adhémar Kermabon retraçant l’évolution des uniformes des PTT au XIXe siècle et ce de manière très précise.
Et il reste encore beaucoup de choses à découvrir sur place : archives techniques, échantillons de tissus, vêtements, documents administratifs ou encore une petite animation photo finale très amusante.
Enfin, pour ceux qui ne pourraient pas s’y rendre, le catalogue publié par le Musée de La Poste semble être une excellente manière de découvrir ou prolonger l’exposition. Il est disponible ici à la Fnac.
Note : les photos ont été retouchées, aucun flash n’a été utilisé lors de la prise de vue
