Sur la distinction entre le tailleur et le flou

France Culture diffuse cet été la deuxième saison des Vêtements qui ont changé le monde, la série d'Yvane Jacob. Nous nous en réjouissons franchement.
Une série de podcasts aussi longue — près d'une heure par épisode — sur une antenne généraliste, c'est plutôt rare. Et elle tombe à pic pour les longs trajets de vacances.

On vient d’écouter l'épisode avec Marc Beaugé et Nicolas Gabard consacré au costume-cravate.

Il y a une question sur lequel on a tiqué et on voudrait y apporter un éclairage différent.

Voici l’échange retranscrit, à 8min 45 :

Yvane Jacob : Alors, est-ce que vous pouvez expliquer ce que c’est que le tailoring ? Parce ce que tout le monde ne sait pas ce que ça veut dire le tailleur par opposition au flou.

Nicolas Gabard : C’est l’épaule, l’entoilage…On dit pièce à manches. C’est un vêtement qui répond à une vision en 3D, qui va offrir du drapé. On vient habiller la coque d’un individu sur un bloc. Ce bloc est la structure de ce qu’on appelle aujourd’hui le tailoring […]

Marc Beaugé : Effectivement ce qui définit ça, c’est que le vêtement est construit en 3 dimensions sur un bloc à l’inverse de la veste que je porte […] qui est construite à plat. Il n’y a pas un travail sur l’épaule, il n’y a pas un volume. L’art tailleur c’est ça, c’est de construire un vêtement en 3 dimensions par opposition à construire un vêtement à plat.

sur l’opposition tailleur vs flou

En couture, on oppose traditionnellement le tailleur (volet des vêtements structurés) au flou (volet des vêtements fluides). L’atelier tailleur conçoit des pièces architecturées – vestes, complets, manteaux – avec entoilages rigides, épaulettes et finitions piquées-main afin de donner maintien et volume. Sans oublier le travail du fer — on rétreint et on allonge la laine à la vapeur pour créer des courbes.

L'opposition tailleur/flou est aujourd’hui essentiellement utilisée dans l’organisation des maison de haute couture. Dans le vêtement masculin, le terme “flou” n'est pratiquement pas employé. Car le flou, ce sont les robes, les blouses, les pièces souples — mousseline, organza, crêpe. Peu de structure interne : on travaille le tombé, le drapé, souvent en moulage, en épinglant directement sur le mannequin. Posé à plat, le vêtement s'affaisse ; il n'existe que porté.

Une distinction qui se retrouve aussi dans l’apprentissage des métiers de la mode : il existe un CAP flou et un CAP tailleur.

Concernant la coupe à plat et le bloc

On a pas totalement été convaincu de cette explication du « bloc » et de la construction en 3D : l’opposition entre un vêtement « construit en 3 dimensions » par le tailleur et un vêtement « construit à plat » nous parait un peu confuse.

Ce qu’on dirait plutôt c’est que tous les vêtements chaîne et trame masculins sont patronnés à plat avant d’être assemblés pour former un volume. Une surchemise comme une veste de tailleur.

Et ce qui distingue surtout le tailoring traditionnel, c’est la manière dont ce volume est ensuite construit et modelé : toile tailleur, entoilage, épaule, poitrine, revers, mais aussi travail du fer sur la laine, qui permet de rétracter et d’étirer le tissu pour lui donner des courbes.

Même chose pour le terme « bloc ». En modélisme, il désigne le patron de base à partir duquel on ajuste ou développe un modèle — un tracé sur papier, donc plat. L'employer pour désigner la structure tridimensionnelle de l'épaule et de l'entoilage prête donc à confusion.