Zampa di gallina : est-ce toujours cousu à la main ?
/En général, nous ne sommes pas très amateurs des chemises en tissu Easy Care. Autrement dit qui froisse peu. Ce type de tissu implique souvent — même si ce n’est pas systématique — un recours important à des produits chimiques.
Cela dit, c’est sur ce type de chemises chez Uniqlo que nous avons étonnamment découvert des boutons cousus façon zampa di gallina.
Le terme italien zampa di gallina signifie « patte de poule ». En français on parle aussi de couture en patte d’oie ou en fleur-de-lys (giglio di Firenze). En anglais, on la nomme chicken’s foot stitch.
Ce point particulier de couture de bouton, emblématique de la tradition napolitaine, se distingue des coutures classiques : au lieu d’une simple croix ou de deux lignes parallèles, les fils sont entrelacés en motif asymétrique en forme de patte d’oiseau.
Introduite par les tailleurs napolitains au XIXᵉ siècle, la zampa di gallina est longtemps restée l’apanage des chemises sur-mesure haut de gamme. Selon la légende, elle aurait même été créée par la grand-mère du célèbre chemisier Luigi Borrelli, qui la cousait pour compenser la perte de vue liée à l’âge. Cette couture (« mosca a zampa di gallina » selon la maison Borrelli) est explicitement revendiquée comme « un signe de l’art traditionnel napolitain » par les grandes maisons. Les chemisiers italiens de renom (Borelli, Finamore, Attolini…) l’emploient régulièrement sur leurs chemises confectionnées à la main.
En pratique, c’est surtout un symbole de qualité de la chemise en général : comme le souligne Parisian Gentleman, c’est « une méthode prisée par les meilleurs chemisiers italiens ».
Un point de couture à la main ?
Si vous êtes familier des blogs de mode homme, vous avez sans doute déjà lu que ce type de point de couture ne peut être réalisé qu’à la main. Cela serait même une garantie de distinguer les “chemises faites par des robots de celles faites à la main par des gens”.
Une information reprise un peu partout sur la toile depuis plus de 10 ans.
De notre côté, on aurait plutôt tendance à penser qu’une machine peut tout à fait reproduire le visuel d’un point zampa di gallina, c’est-à-dire la façon dont les fils se croisent dans les trous du bouton. En revanche, la petite tige de fil sous le bouton reste bien plus difficile à reproduire avec le même soin qu’une pose à la main.
Cette chemise Uniqlo vue plus haut irait dans le sens de cette théorie. Les boutons zampa di gallina ont sans doute été posés avec une machine. Pour en avoir le coeur net, il faudrait qu’on puisse aller la voir en boutique afin de voir la tige*.
Car oui les boutons cousus main comportent le plus souvent une tige de fil (shank en anglais) formée en laissant volontairement un peu de « mou » lors de la couture, puis en enroulant ce fil. La plupart des machines à bouton posent quant à elle les boutons à plat sans tiges.
C’est d’ailleurs ce qui rend les boutons posés à la machine beaucoup plus fragiles. Ils ont tendance à se découdre plus vite. Ce problème peut même apparaître sur un manteau d’une marque haut de gamme. Cela est induit par la pose machine. Le fil n’est pas aussi sécurisé que sur un bouton posé à la main.
Bien sûr les industriels ont trouvé des parades à ce problème. Par exemple la machine Ascolite. Elle permet d’enrouler plusieurs fois un fil supplémentaire entre le dessous du bouton et le tissu. Ce fil est thermofusible : il est chauffé pour être fixé durablement.
TIGE RÉALISÉE À L’AIDE D’UNE MACHINE ASCOLITE - https://www.youtube.com/watch?v=x2AT5TExRHQ
A contrario, ce blog japonais illustre les différentes étapes pour coudre à la main un bouton 4 trous façon zampa di gallina. On voit que la tige fait l’objet de plusieurs passages de fils : elle est très solide.
Il est aussi souvent dit que cette tige facilite le boutonnage de la chemise grâce au léger jeu qu’elle crée.
On dirait que oui même si à notre avis il s’agit d’un détail à peine perceptible.
Une information reprise sur le page produit Uniqlo, bien que l’on doute fortement qu’ils aient une tige. À notre avis ils sont posés à plat avec une machine - ce que la dernière photo ci-dessous laisse penser.
Un mélange des genre car ce n’est pas le point zampa di gallina qui facilite le boutonnage, mais la présence d’une tige sous le bouton.
Conclusion : est-ce que les boutons zampa di gallina sont nécessairement cousus à la main ? À notre avis la réponse est…non !
*si l’un d’entre vous possède l’une de ses chemises Uniqlo, qu’il n’hésite pas à laisser un commentaire
