Le Minor - 6 ans après notre première visite

Six ans après notre première visite en 2020 (voir ici), nous sommes retournés à Guidel afin de voir comment l’atelier avait évolué. Comme pour la fois précédente, nous avons été accueillis par Sylvain Flet, qui a repris l’atelier en 2018 avec son associé Jérôme Permingeat.

Précisons d’ailleurs que Le Minor organise régulièrement des visites ouvertes au public tout au long de l’année : pendant certaines périodes de vacances, lors des journées du patrimoine ou encore à l’occasion de portes ouvertes spécifiques. Plus d’informations ici.

Une modernisation progressive de l’atelier

Cette nouvelle visite permet de saisir rapidement une nouvelle direction prise par la marque : le développement de la maille. Cela nous a immédiatement sauté aux yeux, le nombre de métiers rectilignes a fortement augmenté par rapport à notre première visite.

En 2018, l’atelier comptait seulement quelques machines. Aujourd’hui, une bonne dizaine de métiers coexistent, des plus modernes à commandes numériques aux plus anciens à disquettes. Car oui, les machines historiques sont toujours utilisées pour la production de petites pièces de tricots, comme la fabrication de bandes de cols.

Les machines récentes permettent des gains de productivité. A titre d’exemple, il n’y a plus de fils de liaison, cela limite donc les opérations de séparation manuelle entre les pièces. Et elles détectent aussi plus facilement les fils cassés, les défauts de tension, certains trous dans le tricot ou encore les irrégularités dans la maille. Ce qui permet d’intervenir plus rapidement et de limiter les pertes de production.

 

MACHINE CIRCULAIRE pour la production de jersey

panneaux de maille avant lavage

 

La maille permet également davantage de liberté dans le développement des produits. Elle ouvre la porte à différents points de tricot — côtes, intarsia ou autres — ainsi qu’à un travail plus varié sur les matières.

Ce type de production offre aussi davantage de souplesse pour réaliser de petites séries, avec une approche plus créative que sur la production de jersey avec les machines circulaires.

Cette évolution se traduit également d’un point de vue commercial.

Lors de la reprise de l’entreprise en 2018, une très grande partie de l’activité reposait encore sur le BtoB, avec environ 90 % du chiffre d’affaires réalisé au Japon, principalement autour du jersey coton.

Aujourd’hui, le modèle est devenu beaucoup plus équilibré entre la maille et le jersey. La maison développe davantage sa distribution directe et répartit désormais son activité entre BtoB et BtoC dans des proportions proches de 50/50.

 

l’atelier de confection

remaillage du col

 

Car la production de jersey (marinières, t-shirt ect..) avec les métiers circulaires est plus contraignante.

Chaque lancement demande une préparation importante, avec parfois plus de quarante bobines à installer sur la machine.
Une fois le métier réglé, la fabrication se fait ensuite sur de plus longues séries, a minima 200 mètres de tissu dans une même couleur, soit l’équivalent d’environ 200 marinières.

À noter également que le jersey est désormais entièrement tricoté en interne, alors qu’une partie de cette production était encore sous-traitée en France lors de notre première visite en 2018.

Autre différence de taille par rapport à notre première visite, la marque dispose à présent d’une machine de coupe automatique ! Elle permet même de gérer les rayures.

 
 

Les pièces en chaîne et trame

Vous le savez sans doute, Le Minor ne se contente pas de fabriquer des mailles et du jersey. Ils produisent également des pièces en chaîne et trame tel que le Kabig.

À l'origine, le Kabig est le vêtement de travail des goémoniers, ces ouvriers de la mer chargés de récolter les algues sur les côtes de Bretagne. Il est facilement identifiable avec sa célèbre poche ventrale double conçue spécifiquement pour se réchauffer les mains lors des accalmies.

Car la marque Le Minor s’appuie sur deux histoires complémentaires. La première commence à Lorient en 1922 avec une activité de bonneterie spécialisée dans les pulls, puis dans les marinières à partir des années 1960. La seconde histoire débute à Pont-l’Abbé en 1936 avec un atelier de broderie bigoudène qui évolue ensuite vers le prêt-à-porter.
Dans les années 1950, la marque connaît un fort succès grâce au Kabig. Ce succès permet à Le Minor de travailler comme fabricant pour des maisons comme Dior, Chanel ou Courrèges.

En 1982, les deux entités fusionnent : la bonnetterie de Lorient rachète la marque de Pont-l’Abbé afin de réunir sous un même nom les manteaux en drap de laine, la maille et les marinières.

Le Kabig ci-dessous est confectionné avec un tissu 100% laine de chez Jules Tournier.

 
 

À côté des ateliers, Le Minor dispose également d’un magasin d’usine où l’on retrouve aussi bien les collections actuelles que certaines pièces issues d’anciennes productions ou de seconds choix.

On découvre également un petit espace muséal consacré à l’histoire de la marinière.

Parmi les pièces exposées, une marinière de 1959 a attiré notre attention. Une inscription précise : « Cette marinière a vu du pays. Les deux derniers chiffres de ce matricule indiquent l’année d’incorporation : cette pièce date de 1959. Les autres caractères alphanumériques correspondent au matricule du marin (32605) ainsi qu’à sa ville d’incorporation. Ici, le “T.” fait référence à Toulon. »

En conclusion, la visite mérite largement le détour. Si vous passez quelques jours dans le Morbihan, c’est une adresse à garder en tête.

 
 

La suite en images.

stabilisation à la vapeur

bandes de col

rien ne se perd

RIEN NE SE PERD - édition 2

la broderie : un autre savoir-faire historique de le minor

UN KABIG BLANC QUI NOUS RAPPELLE LE DUFFLE COAT BLANC DE Cocteau

l’ateleir de confection - au premier plan une surjeteuse raseuse