Wolf vs Goat : Une autre approche de la maille
/Note : À notre demande, Wolf vs Goat a accepté de nous envoyer le pull que vous allez découvrir dans cet article
À Paris, les possibilités sont nombreuses lorsqu’il s’agit de faire réaliser une chemise ou un costume. Entre les marques de demi-mesure et les ateliers de retouches, il est assez simple de choisir un tissu, ajuster une coupe ou personnaliser certains détails afin d’obtenir une pièce correspondant réellement à ses attentes.
En revanche, dès que l’on parle de maille — pulls, cardigans ou pièces tricotées — l’offre devient souvent plus limitée. La plupart du temps, il faut composer avec des collections déjà définies, sans véritable possibilité d’agir sur les matières, le montage ou les finitions.
C’est précisément sur ce terrain que se positionne Wolf vs Goat, avec une approche différente de la maille et un niveau de personnalisation rarement proposé dans ce segment.
Une philosophie centrée sur la matière
Fondée par Mauro Farinelli, Wolf vs Goat s’est surtout fait connaître grâce à sa transparence autour des matières. Cela n’a l’air de rien, mais pour chaque pull vous pouvez savoir précisément quel est le fil utilisé.
Une partie de la production est réalisée en petites séries, ce qui permet de proposer des compositions moins courantes.
Nous avons pu essayer un de leur pull en cachemire réalisé à partir de fils en baby cachemire de chez Consinee - un filateur Chinois réputé bien qu’étant moins connu qu’un Cariaggi ou un Todd & Duncan- et fabriqué en Italie.
Le modèle testé, le “Crown Cashmere” coloris Graphite B034.
C’est un 8 fils jauge 5, ce qui lui donne une main très dense tout en étant moelleuse et douce. Et bien sûr un tombé assez lourd.
À cette occasion, nous avons posé quelques questions à Mauro Farinelli afin de mieux comprendre son approche de la maille, le choix des fils ou encore son entretien.
LIP : L'étiquette d'entretien de notre pull recommande le nettoyage à sec. Plus généralement, quel type d'entretien préconisez-vous pour préserver au mieux un pull en cachemire au fil des ans ?
Personnellement, je nettoie mes pulls à sec une ou deux fois par an maximum. La laine et le cachemire en général n'ont pas besoin d'être lavés souvent, sauf s'ils sentent mauvais ou présentent des taches visibles. Sinon, je les laisse vivre. J'ai des pulls qui ont 20 ans et qui ont l'air neufs.
LIP : De nombreuses marques parlent de « cachemire premium », mais très peu expliquent concrètement leur processus de sélection des fibres. Quels critères précis recherchez-vous lors du sourcing du cachemire pour Wolf vs Goat ?
Chez Wolf vs Goat, nous sélectionnons le cachemire en fonction de trois critères : le micronage, la longueur de la fibre et la couleur. Un micronage faible signifie une fibre plus douce ; des fibres plus longues se traduisent par moins de bouloches ; et une couleur naturelle plus claire implique moins de traitements chimiques. Si une marque coche ces trois cases, elle travaille avec un fil de haute qualité et n'a pas besoin d'utiliser de termes marketing pompeux.
Par ailleurs, nous précisons toujours si le fil est peigné, cardé ou semi-cardé, car cela change radicalement le toucher et la tenue de la pièce à l'usage.
LIP : Avec le temps, à quoi le propriétaire de ce pull doit-il raisonnablement s'attendre ? Par exemple : comment le toucher évolue-t-il, quel niveau de boulochage est normal, et quels signes indiquent qu'un tricot en cachemire est véritablement bien fait ?
Le cachemire évolue au fil des ports, et c'est tout l'intérêt. Le toucher s'adoucit et se détend avec le temps, en particulier sur les constructions cardées et semi-cardées qui développent un gonflant naturel. Les versions en fil peigné restent plus nettes et plus lisses.
Un léger boulochage durant les premières semaines est tout à fait normal, il s'agit simplement du rejet des fibres de surface. Avec une fibre de qualité supérieure, ce phénomène se stabilise rapidement et s'arrête presque complètement. Si le boulochage ne s'arrête jamais, c'est un problème de qualité. Dans tous les cas, un peigne à cachemire permet de régler la situation facilement.
Les vrais signes d'un tricot bien fait : un toucher homogène sur toute la pièce, des coutures parfaitement plates, une couleur qui tient après le lavage, et un boulochage qui s'estompe plutôt que de s'aggraver.
LIP : Vos clients sont souvent des passionnés de vestiaire masculin très attentifs aux détails. Y a-t-il des détails de fabrication sur ce pull — tension de tricotage, finitions, forme du col, remaillage, choix du fil — que la plupart des gens ne remarquent pas mais qui font une différence significative ?
La plupart des gens ressentent la différence avant de comprendre pourquoi. Voici ce qui se passe concrètement avec nos pulls.
La jauge et le poids sont les premiers éléments essentiels à comprendre. Il s'agit d'un tricot de jauge 5 en 8 fils, une construction beaucoup plus épaisse et consistante que le cachemire ultra-fin vendu par la majorité des marques. Le pull pèse environ un kilo. C'est un choix délibéré. Un pull épais en baby cachemire de ce poids est une pièce véritablement rare ; la plupart des marques l'évitent car le seul coût du fil rend le prix final difficile d'accès.
Le fil provient de chez Consinee, l'un des filateurs de cachemire les plus respectés au monde. Le baby cachemire, inférieur à 14 microns, est la fibre de cachemire la plus fine qui existe, issue du premier peignage des jeunes chèvres. L'utiliser sur une construction en 8 fils témoigne d'un véritable engagement sur la matière.
Le point de côte anglaise apporte du relief et de la profondeur à la matière, ce qu'un simple jersey ne peut pas reproduire. Cela donne également plus de corps au vêtement, qui garde ainsi mieux sa forme au fil des ans.
Les bords-côtes 1x1 aux poignets, au bas du corps et au col sont des détails plus importants qu'il n'y paraît. La côte 1x1 offre une tension égale des deux côtés : elle reste donc bien plate, reprend parfaitement sa forme et ne se détend pas sur les bords. C'est généralement là que les tricots d'entrée de gamme lâchent en premier.
LIP : Pour un client qui commande un pull sur mesure, quel niveau de personnalisation technique est réellement possible en pratique ? Par exemple : choisir un nombre de fils différent, une densité de tricotage spécifique ou un fil particulier provenant d'une filature précise.
La plupart des gens ne réalisent pas que modifier une seule variable sur un tricot (la jauge, le nombre de fils, le point) n'est pas un simple ajustement. Cela déclenche un processus de développement complet : nouveaux échantillons de tension, tricotages d'essai, programmation des machines, et souvent plusieurs prototypes avant d'obtenir le tombé parfait. C'est pourquoi la véritable maille sur mesure, lorsqu'elle existe, affiche un tarif élevé. On ne paie pas seulement le fil et la main-d'œuvre pour un seul pull, on paie tout le développement technique en amont. C'est un aspect qui freine beaucoup de monde.
Le "fait à la commande" (MTO) est différent. Ajuster les longueurs, les proportions ou les coloris sur une base existante est beaucoup plus simple, et c'est un cadre dans lequel nous pouvons être très réactifs sans avoir à tout recréer de zéro.
En revanche, pour un client qui souhaite une pièce entièrement grande mesure — un nombre de fils précis, une jauge spécifique, un fil d'une filature en particulier, un point exclusif —, nous pouvons le faire. Si vous voulez une pièce tricotée à la main qui nécessite deux kilos de fil, cela ne nous pose aucun problème. Les limites du possible dépendent uniquement de l'investissement que le client est prêt à consentir. Nous faisons preuve d'une totale transparence sur le coût de chaque décision et sa justification, pour éviter toute surprise. Et dans ce domaine, personne n'aime les surprises.
LIP : Sur un plan personnel, quel type de pull en cachemire préférez-vous porter — col roulé, col rond, cardigan ou autre — et quel type de fil a votre préférence ?
En ce moment, j'aime beaucoup porter un pull en baby cachemire à manches raglan ; Jauge 7, 4 fils, en point de côte anglaise. C'est un prototype que j'ai développé. Au début, je n'étais pas convaincu, puis je l'ai essayé et j'ai adoré. Je peux le porter presque partout.
Cela dit, je ne porte plus énormément de cachemire car c'est devenu un produit de grande consommation alors que cela ne devrait pas l'être. L'industrie souffre de réels problèmes géographiques, politiques et socio-économiques à grande échelle. Quand j'achète du cachemire, il est d'un niveau d'excellence absolu et le choix est réfléchi, pour une pièce vraiment spéciale.
En réalité, les fibres qui me passionnent le plus sont celles que la plupart des gens ne connaissent pas : le tanuki, le yack et le chameau. Leurs propriétés techniques sont supérieures. À poids égal, le yack est environ 30 % plus chaud que le mérinos. Le tanuki offre une isolation thermique exceptionnelle grâce à sa structure dense. Le chameau est naturellement hypoallergénique car sa fibre ne contient pratiquement pas de lanoline.
Cependant, tout comme pour le cachemire et le baby cachemire, la qualité de la fibre reste primordiale sur ces matières exotiques. L'objectif demeure constant : trouver la meilleure fibre possible pour fabriquer le meilleur produit possible.
LIP : Merci Mauro vos réponses.
Jean porte ici une taille M. Il est suffisamment large pour pouvoir accueillir confortablement une chemise de chez Heimat (voir notre article ici).
La suite en images.
