SUIT ARTISAN : l’expérience grande mesure Hong Kongaise
/Note : Le costume que vous allez découvrir dans cet article m’a été offert
« Il faut avoir beaucoup de patience pour apprendre à être patient » disait le poète Polonais Stanisław Jerzy Lec. Plus de deux ans, voilà le temps qu’il s’est écoulé depuis la première prise de mesures et la publication de cet article. La beauté de cette attente réside dans l’expérience et le recul acquis : à l’inverse de certains qui prônent l’immédiateté et la nouveauté constante, l’exercice vécu a été lent, savoureux et gratifiant. Cher lecteur, cet article est le récit de mon premier costume en grande mesure ou bespoke auprès de la maison Hong-Kongaise Suit Artisan, dirigée par le brillant Andy Sum.
Rencontre.
Une première entrevue
Comme souvent de nos jours, les rencontres commencent virtuellement. Je découvre Suit Artisan sur Instagram et apprend rapidement qu’il sera bientôt à Paris pour un trunkshow, ces évènements organisés chez des partenaires commerciaux pour se faire connaître. Le premier rendez-vous parisien de Suit Artisan a eu lieu en mai 2024 chez un camarade que vous connaissez bien, proche des Indispensables, Virgil Viret, responsable de Lafayette Saltiel Drapiers, un temple des tissus vintage.
Très vite, Andy me met à l’aise. Nous discutons du projet bespoke et de fil en aiguille, je lui indique que je suis à la recherche d’un costume bleu marine classique, sobre et élégant. « So you’re a blue suit guy ! » m’indique-t-il, « completely ! » je lui rétorque : je n’ai d’ailleurs toujours aucun costume gris dans ma garde-robe à ce jour.
La recherche du tissu s’avère assez facile, Andy me dirige vers un très beau bleu marine Fox Brothers (référence WT41, grammage 320/350g, 100% laine mérinos). Désormais, la prise de mesures peut commencer. A l’ère des nouvelles technologies et de l’IA, je note qu’Andy sait parfaitement intégrer le savant mélange de technologie et d’artisanalité. En effet, muni de son mètre ruban tricolores italien, il commence assez classiquement à me mesurer. Ce processus ne m’a jamais vraiment plu car je peine à garder ma posture naturelle et nourri la frustration que le résultat final sera forcément à revoir. Je suis assez rapidement rassuré par la maîtrise d’Andy car avec l’aide de son Ipad et stylet, il prend des photos et surtout dessine le tombé qu’il imagine sur moi : emmanchure, pantalon, veste, Andy n’est pas seulement un artisan mais aussi un habile dessinateur.
De là part notre discussion sur les caractéristiques de la veste : « make your house style » je lui dit. Je suis désormais sa toile blanche et Andy, en démiurge, agit.
Une deuxième entrevue
Andy revient à Paris en octobre 2024 toujours chez Virgil où j’essaye un premier patronage de la veste et du pantalon, non finis, ce qui laisse place à des ajustements. Précisément ce à quoi sert l’expérience grande mesure : le client fait vivre son costume à travers les différentes étapes de confection et d’essayages – fittings en Anglais.
Le tailleur Hongkongais exécute pour moi son house style, à savoir des épaules légèrement tombantes, un cran de revers bas et une jolie courbure de la veste. Suit Artisan est le fruit du mélange de la culture sartoriale Anglaise et Hongkongaise, Andy ayant fait ses armes chez le prestigieux tailleur Gieves & Hawkes à Savile Row.
Cette deuxième rencontre sert donc de premiers ajustements, le travail n’est toujours pas terminé.
Une troisième entrevue
En février 2025, Andy revient à Paris pour un trunkshow et tient désormais ses quartiers dans un hôtel non loin de la station Bourse, dans le 9ème arrondissement. Cette rencontre fut plus intimiste et laisse place au deuxième essayage : la veste est quasiment finie, le pantalon également mais quelques ajustements sont toujours à prévoir tels que rallonger le pantalon, décintrer la veste ou encore s’assurer que les dimensions et le confort au niveau des emmanchures soient optimales.
La délivrance et livraison
C’est en septembre 2025 que je reçois enfin le costume terminé et livré. Je suis globalement satisfait de cette première expérience bespoke. J’ai laissé carte blanche au tailleur afin qu’il exécute le complet selon ses désirs. S’il y avait une chose à reprendre, je pense que ce serait les épaules, un peu trop large à mon goût. Je tiens à préciser qu’il est tout à fait possible de choisir les détails voulus pour la confection de son costume, veste ou pantalon.
À l’époque, le prix pour ce costume bespoke était d’environ 1 500 €, une somme très raisonnable lorsque l’on considère que certains faiseurs parisiens proposent ce prix pour un costume en demi-mesure.
Cher lecteur, la visée de cet article n’était pas de décortiquer la façon ou la technique du costume – bien sûr qu’il y a des finitions mains, que la veste est entoilée – mais de montrer qu’il existe une alternative compétente aux tailleurs européens. Andy est véritablement un artisan du costume.
