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Le pull traditionnel Islandais : le Lopapeysa

Note : Arte vient de remettre en ligne sur Youtube le documentaire Islande : le tricot, une affaire d'hommes dont nous avions déjà fait un résumé. Vous trouverez le documentaire en question en fin d’article.

L'histoire du vêtement est souvent tissée de légendes, et la lopapeysa ne fait pas exception. Une anecdote tenace lie l'origine du mot islandais peysa (pull-over) aux marins français du XIXe siècle.

Entre 1850 et 1914, les goélettes françaises étaient légion dans les eaux islandaises, particulièrement dans les fjords de l'Est. La légende raconte que ces marins, en voyant les locaux vêtus de laine, les désignaient du doigt en s'exclamant « Paysan ! ». Les Islandais, par glissement phonétique, auraient adopté ce terme pour désigner le vêtement lui-même.

Bien que cette narration soit séduisante pour l'imaginaire collectif et renforce les liens historiques entre nos deux nations, la réalité philologique est probablement plus pragmatique. Les linguistes s'accordent davantage sur une origine germanique ou néerlandaise, dérivée du terme pije désignant une veste en laine grossière.

Pour comprendre le produit fini, il est impératif de revenir à la matière première. La laine islandaise n'est pas tout à fait une laine comme les autres. Contrairement aux races continentales standardisées pour la douceur ou le rendement, le mouton islandais a gardé une toison à double couche.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

La Dualité du Tog et du Þel

La structure de cette toison repose sur une dichotomie fondamentale :

  • Le Tog (la Jarre) : Il s'agit de la couche extérieure. Composée de poils longs, robustes et brillants, elle agit comme une armure contre les éléments. Hydrofuge, elle permet à l'animal de survivre sous la pluie battante et la neige fondue des fjords. Dans le vêtement, c'est cette fibre qui confère au pull islandais sa résistance à l'abrasion et sa capacité à repousser l'eau.

  • Le Þel : C'est la couche intérieure, le duvet. Fine, douce et hautement isolante, elle piège l'air chaud contre la peau de l'animal. C'est l'âme thermique du pull, celle qui garantit la chaleur même par températures négatives.

L'art du filage islandais traditionnel réside dans l'équilibre savant entre ces deux composantes. Trop de tog, et le pull devient une cotte de mailles rêche et inconfortable ; trop de þel, et il perd sa tenue et sa résistance aux intempéries.

À titre de compariaosn, le mouton Mérinos ne produit quasiment que du duvet (thel). Car l'histoire du mouton Mérinos est celle d'une obsession génétique : faire disparaître le poil de garde (le fameux 'Tog' islandais). Alors que le mouton islandais a conservé cette armure primitive contre la pluie, les éleveurs australiens ont passé deux siècles à sélectionner des bêtes dont le poil dur s'est affiné jusqu'à devenir un duvet uniforme. C'est ce qui rend le Mérinos infiniment plus doux, mais aussi beaucoup plus vulnérable aux éléments.

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Istex et la Mondialisation de la Toison

Dans le paysage lainier islandais, Istex (Ístex hf.) n'est pas simplement une entreprise, c'est une institution quasi-monopolistique qui régule le flux vital de la toison nationale.

Les chiffres révélés par le documentaire sont vertigineux et témoignent d'une centralisation absolue. Istex traite environ 99 % de la laine tondue en Islande. Cela signifie que virtuellement chaque écheveau de Lopi vendu sur la planète provient de leurs usines. Avec une capacité de production dépassant les 900 tonnes annuelles 1, l'entreprise a réussi le tour de force de transformer une ressource agricole locale en un produit d'exportation mondialisé.

Istex a structuré son offre autour de standards devenus universels pour les tricoteurs :

  • Léttlopí : Un fil "poids moyen", le plus populaire pour les pulls qui se veulent portables en intérieur comme en extérieur.

  • Álafosslopi : Le grand frère, épais et volumineux, destiné aux vêtements de grand froid. Son nom tire son origine de la cascade historique Álafoss, lieu de naissance de l'industrie lainière islandaise en 1896, aujourd'hui transformé en boutique-musée que les pèlerins du tricot visitent comme un sanctuaire, à Mosfellsbær, à 15 minutes de Reykjavik.

  • Plötulopi : Une spécificité technique fascinante – il s'agit d'une laine non filée, vendue en "galettes". Très fragile à travailler, elle offre une légèreté et un moelleux incomparables une fois tricotée, car la fibre n'a pas été compressée par la torsion.

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La Résistance : Uppspuni Mini Mill et la Révolution du "Slow Yarn"

Face à ce colosse, une alternative existe. Elle se trouve dans le sud de l'Islande, près de la petite ville de Hella. C'est là, à Uppspuni Mini Mill (aussi appelé Spuni), que Hulda Brynjólfsdóttir et Tyrfingur Sveinsson ont décidé de faire sécession avec le modèle dominant.

L'approche d'Uppspuni est l'antithèse d'Istex. Au lieu de centraliser, ils ont créé une "Mini Mill" – une micro-filature capable de traiter de petits lots, souvent issus de leur propre troupeau ou de ceux des fermes voisines.

La différence fondamentale réside dans le respect de l'intégrité chimique de la fibre. Contrairement aux processus industriels qui décapent la laine ("scouring") pour faciliter la teinture uniforme, Spuni met un point d'honneur à préserver la lanoline naturelle.

Cette décision a des conséquences concrètes sur le vêtement :

  1. Hydrophobie accrue : La lanoline étant une graisse, elle repousse naturellement l'eau et la saleté.

  2. Toucher et Main : Le fil est plus "gras", plus vivant, avec une odeur caractéristique qui atteste de son origine animale.

Loin de se contenter de reproduire le passé, Spuni innove dans la nomenclature et la typologie de ses fils, ancrant sa production dans le folklore local. Leurs créations portent des noms évocateurs qui sont autant d'hommages à la culture immatérielle de l'île :

  • Hulduband : Le "fil de Hulda", mais aussi un jeu de mots sur les Huldufólk, le "peuple caché" des légendes islandaises.

  • Tröllaband : Le "fil de troll", robuste et épais, évoquant la force brute des créatures de pierre.

  • Dvergaband : Le "fil de nain", plus fin et précis.

  • Tindabandið : Un fil spécifiquement conçu pour les châles, démontrant une spécialisation technique pointue.

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Hespuhúsið et la Renaissance de la Teinture Végétale


Si Spuni sauve la texture, Hespuhúsið sauve la couleur. Son nom signifie poétiquement "La Maison des Échevaux".

Le Sanctuaire de la Couleur Naturelle

Situé stratégiquement sur la route entre Reykjavik et Selfoss, l'atelier de Guðrún est un lieu de pèlerinage pour les esthètes. Ici, la chimie lourde est bannie.

La démarche est celle d'une naturaliste. Guðrún parcourt la lande islandaise pour récolter les ingrédients de ses teintures : lichens, racines de rhubarbe sauvage, feuilles de bouleau, fleurs des champs volcaniques.

L'impact esthétique est immédiat et profond. Les couleurs obtenues possèdent une complexité vibratoire unique. Un jaune obtenu à partir de plantes locales ne sera jamais uniforme ; il portera en lui des nuances d'ocre, de vert pâle, de brun, variant selon la saison de récolte et la qualité de l'eau.

  • L'Harmonie Chromatique : Les couleurs végétales ont cette propriété rare de s'accorder toutes entre elles. Puisqu'elles proviennent du même spectre biologique et du même terroir, un pull tricoté avec ces laines s'intègre visuellement dans le paysage islandais. Il n'est pas une tache de couleur artificielle posée sur la nature, mais une extension de celle-ci.

L'Industrialisation "Locale" : Le Cas Kitka (Kidka) et l'Illusion du Fait-Main

Entre l'artisanat radical et la délocalisation massive, il existe une "voie du milieu" incarnée par l'entreprise Kidka (souvent orthographiée Kitka) Basée dans le nord du pays, cette manufacture familiale tente de résoudre l'équation impossible : comment satisfaire la demande gargantuesque du tourisme de masse tout en restant "Made in Iceland"?

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La Mécanisation du Motif Jacquard

Kidka a fait le choix assumé de la machine. Face à l'impossibilité physique de tricoter à la main des centaines de milliers de pulls, l'entreprise utilise des tricoteuses industrielles programmables pour reproduire les fameux motifs circulaires.

Bien que mécanisée, la démarche conserve une certaine noblesse par rapport aux productions chinoises :

  1. Ancrage Local : La production reste sur le sol islandais, maintenant des emplois qualifiés dans le nord du pays.

  2. Design Original : Kidka crée ses propres motifs, inspirés par les éléments naturels (volcans, nuages, oiseaux) et les symboles scandinaves (trèfle à quatre feuilles), évitant la simple copie servile.

Un pull tricoté à la machine est souvent plus raide et "plat" qu'un tricot main. Pour compenser ce défaut et donner au produit ce toucher moelleux tant recherché par les touristes, Kidka utilise une technique dont on a déjà parlé à maintes reprises : le brossage aux chardons.

Des rouleaux équipés d'épines de chardons importés d'Espagne sont utilisés pour gratter délicatement la surface de la maille.

Cette technique a un double avantage :

  • Aspect Visuel : Elle fait ressortir le duvet, donnant l'illusion d'une laine plus "aérienne".

  • Toucher : Elle adoucit considérablement la fibre brute, rendant le pull immédiatement confortable sans attendre les années de port nécessaires à l'assouplissement naturel d'un Lopapeysa traditionnel.

C'est un compromis industriel brillant : on offre au consommateur le confort et l'esthétique du traditionnel, au prix d'une production mécanisée. Pour l'acheteur qui cherche un souvenir "Made in Iceland" à un prix intermédiaire, sans l'exigence absolue du fait-main, c'est une option honnête.

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Le Gardien du Temple : L'Association des Tricoteuses d'Islande

Pour le gentleman qui ne transige pas, pour celui qui considère que le vêtement doit avoir une âme, une seule entité fait autorité : l'Handprónasamband Íslands : https://handknitted.is/.

Fondée en 1977, à une époque où le tourisme n'était qu'un frémissement, cette organisation est née d'un réflexe de survie culturelle. Elle fédère aujourd'hui environ 800 tricoteurs et tricoteuses (la majorité étant des femmes, souvent agricultrices ou retraitées) à travers l'île.

Leur boutique principale, située rue Skólavörðustígur à Reykjavik, est le dernier bastion de l'authenticité absolue. Ici, la règle est inviolable :

  • 100 % Laine Islandaise.

  • 100 % Tricoté à la Main.

  • 100 % Fabriqué en Islande.

L'Association a mis en place un système de certification simple mais infalsifiable. Chaque pull porte une étiquette mentionnant le nom de la tricoteuse et l'année de fabrication. Ce détail change tout. Il transforme une transaction commerciale en une relation humaine. Vous n'achetez pas un modèle de série, vous achetez le temps, la patience et le savoir-faire de "Helga" ou de "Birna".

Le reportage souligne la dimension sociale cruciale de cette association. Pour beaucoup de femmes vivant dans des fermes isolées, le tricot est une source de revenus complémentaire indispensable. En achetant un pull de l'Association (comptez entre 250 € et 450 €), vous injectez directement de la valeur dans l'économie rurale islandaise, sans intermédiaires prédateurs. C'est l'acte d'achat le plus militant et le plus élégant qu'un visiteur puisse faire.

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

CAPTURE ECRAN ARTE Islande : le tricot, une affaire d'hommes

Pour conclure ce dossier

  • Si vous cherchez un vêtement technique pour affronter le froid sans vous soucier de l'histoire, un pull Kidka fera l'affaire honnêtement.

  • Si vous voulez posséder une pièce d'histoire, un artefact culturel qui soutient une communauté vivante, dirigez-vous sans hésiter vers l'Handprónasamband Íslands : https://handknitted.is/.

Anglo-Italian à Parme - Lookbook AW25

Nous publions cette série en tant qu’archive, pour ceux qui souhaiteront y revenir dans quelques années.
La collection est photographiée à Parme, au Palazzo Tirelli, un palais du XVIIᵉ siècle.

On la garde ici parce qu’on la trouve réussie, et qu’elle vieillira sans doute très bien.

Comment prolonger la durée de vie de son pantalon

Pour faire écho à notre récent article sur les bas à revers où nous évoquions une astuce de tailleur consistant à "piocher" dans le surplus de tissu du bas revers pour réparer une usure à l'entrejambe, il est intéressant de regarder le dernier reportage de l'émission Le Monde de Jamy.

Ce documentaire, qui compare la mode d'hier à la "fast-fashion" actuelle, met en lumière deux techniques de couture autrefois courantes, destinées à prolonger la durée de vie des pantalons.

Le renfort d'entrejambe

Comme le détaille le reportage, les pantalons des années 1920 intégraient systématiquement une pièce de tissu supplémentaire au niveau de l'entrejambe. Ce renfort d'entrejambe (ou parfois appelé "saddle piece" dans le jargon des tailleurs anglophones), cet ajout technique avait pour fonction de consolider la zone la plus exposée aux frottements lors de la marche.

Ce procédé permettait de limiter l'usure prématurée du tissu et d'éviter les déchirures, un problème fréquent sur les confections modernes moins robustes.

 

renfort d'entrejambe - capture ecran le monde de jamy

 

La réserve de tissu boutonnée

Le second détail technique relevé concerne la finition du bas de jambe. Contrairement aux ourlets contemporains où le surplus de tissu est souvent coupé, les tailleurs conservaient autrefois une longueur importante de matière à l'intérieur du pantalon. Cette réserve n'était pas cousue mais maintenue par des boutons. Ce système amovible offrait un avantage pratique majeur : il permettait d'ajuster facilement la longueur de la jambe.

Le vêtement pouvait ainsi être rallongé pour s'adapter à un changement de morphologie ou être transmis à une autre personne, favorisant ainsi sa réutilisation sur le long terme.

 

ourlet avec surplu de tissu - capture ecran le monde de jamy

 

Les pinces et l'adaptation morphologique

Le reportage souligne également le rôle crucial des pinces (plis d'aisance) situées à la taille. Au-delà du style, ces réserves de tissu répondaient à une logique d'adaptabilité. Comme le rappelle l'émission, la morphologie évolue au cours d'une vie : on peut maigrir ou grossir. Les pinces offrent alors plus facilement le volume nécessaire pour faire des retouches.

Bien entendu, un pantalon qui n’a pas de pinces peut également faire l’objet de retouches, mais il faut dans ce cas de bonnes valeurs de coutures.

La vidéo en question est visible ici :

Norlender - Une référence en matière de pulls norvégiens

Note : À notre demande, Norlender ont gentiment accepté de nous envoyer le pull que vous allez découvrir dans cet article

Norlender

Le pull Norvégien motif 3 lices

On a déjà parlé (succinctement) des pulls norvégiens sur le blog - voir ici : Qu’est ce qu’un pull Norvégien et Norlender, fabricant historique de pulls Norvégiens.

Toute discussion sérieuse sur l'histoire du tricot norvégien doit commencer par les travaux d'Annemor Sundbø, souvent surnommée la "détective du pull norvégien". Son apport ne provient pas uniquement de recherches documentaires. En 1983, Sundbø a acquis la "Torridal Tweed og Ulldynefabrikk", une usine de "shoddy" (recyclage de laine) en Norvège.

À l'intérieur de cette usine, elle a découvert ce qu'elle nomme un "rag pile" (un tas de chiffons) : des tonnes de vieux pulls, mitaines et sous-vêtements en laine destinés à être déchiquetés pour en faire de l’isolant. Ce tas de chiffons est devenu une source “archéologique” inestimable. En analysant ces milliers de fragments avant leur destruction, Sundbø a pu retracer l'évolution des motifs, des techniques de teinture et des habitudes de réparation sur plusieurs décennies.

Son ouvrage monumental, Norway’s Knitted Heritage: The History, Surprises, and Power of Traditional Nordic Sweater Patterns, est le résultat de cette recherche.

Sundbø démontre que les tricots norvégiens sont des répertoires de données culturelles. Ils enregistrent tout, des coutumes funéraires à la construction de la nation après les guerres napoléoniennes.

Bien que souvent utilisés de manière interchangeable, les termes "Islender" et "Lusekofte" désignent des pulls différents.

 
 

Le Lusekofte de Setesdal

Pour mieux comprendre le pull Svalbard de Norlender dont on va parler plus bas, on doit évoquer rapidement Lusekofte de Setesdal.

Historiquement associé à la vallée de Setesdal, le Lusekofte est un vêtement d'apparat, un marqueur de statut social. Avec ses broderies colorées (Løyesaum) et ses fermoirs en argent, il est conçu pour les cérémonies et le costume folklorique (bunad).

Il se caractérise par le motif "lice" (poux) — des points isolés de couleur contrastante

L'Islender

Contrairement à ce que son nom indique, l'Islender (le style dont s'inspire le Svalbard) ne vient pas nécessairement d'Islande. D'après les recherches de Laurann Gilbertson sur Norwegian Textile Letter, ce nom ferait référence aux routes commerciales de la 'Compagnie d'Islande' reliant les ports norvégiens aux îles Féroé au XIXe siècle.

C'est le vêtement de travail par excellence : aussi, à la différence des pulls Lusekofte de Setesdal ornés de broderies fragiles, l'Islender est strictement utilitaire. Son motif répétitif créé une double épaisseur de laine constante sur tout le corps, agissant comme une véritable armure thermique.

Le pull Svalbard de Norlender

J’ai pu essayer le modèle Svalbard de Norlender (lien ici), qui est typiquement un pull de type Islender. Il arbore un petit motif "triple Lusekofte" (“triple poux”) issu du pull Lusekofte vu plus haut.

Techniquement, il s'agit de petits motifs répétitifs.

 
 

Pourquoi trois motifs ? Dans une culture maritime imprégnée de superstition et de piété, le chiffre trois possède une résonance symbolique forte (la Trinité), souvent invoquée pour la protection en mer. Une autre explication probable et plus pragmatique réside dans la structure du tricot. Le regroupement de trois motifs permet de gérer les "flottés" (les fils courant à l'arrière de l'ouvrage) de manière optimale. Des flottés trop longs risquent de s’accrocher.

 

on peut distinguer les fils flottés sur l’envers du pull

 

C'est ce motif "triple lices" qui fut popularisé à l'international par des détaillants comme L.L. Bean entre 1965 et 1990, cimentant l'image du "Norwegian Fisherman Sweater" dans l'imaginaire collectif mondial avant que la production ne soit massivement délocalisée en Asie.

Le Svalbard de Norlender représente donc un retour à la source de cette icône vestimentaire. La laine, le fil et le tricotage : tout dans ce pull est 100 % norvégien.

La confection

Installée sur l'île d'Osterøy, berceau historique du textile norvégien, Norlender incarne une résilience industrielle rare.

L'histoire débute en 1927 dans des conditions épiques : faute de route carrossable, le fondateur Ola Tveiten dut hisser sa première machine à tricoter sur un traîneau à cheval pour l'installer dans le sous-sol de sa ferme de montagne.

D'abord baptisée "Svale Trikotasje" et dédiée aux sous-vêtements, l'entreprise a pivoté vers les pulls d'extérieur robustes après 1945. Aujourd'hui, alors que la majorité des marques mondiales ont délocalisé leur production, les troisième et quatrième générations de la famille Tveiten maintiennent l'activité sur leur fjord d'origine, faisant de Norlender l'un des derniers bastions du "Made in Norway".

Capture écran d’un reportage de TF1 sur les Fjords de Norvège qui comprenait une visite de la marque Norlender

Le pull est coupé cousu comme nos pulls marins en France.

Ainsi, contrairement au tricot "fully fashioned" (diminué), où chaque panneau est tricoté à la forme exacte — visible par les mailles convergentes aux emmanchures — le Svalbard est produit par la technique du panneau intégral.

De grands panneaux rectangulaires arborant le motif "triple lice" sont tricotés sur des machines rectilignes (flatbed), avant que les formes du corps et des manches ne soient découpées dans ces panneaux. Les bords coupés bruts sont sécurisés par une surjeteuse pour empêcher l'effilochage.

Ce procédé mécanise ainsi le "steeking" traditionnel norvégien qui consistait à tricoter à la main de manière circulaire puis à couper aux ciseaux l'ouverture des bras.

Il créé par la même des coutures intérieures épaisses et visibles qui, bien que moins raffinées que le remaillage, apportent sans aucun doute une rigidité structurelle essentielle.

Pour un pull de 900g, ces coutures agissent comme une armature, empêchant le lourd tricot de laine cardée de se déformer ou de s'allonger excessivement sous son propre poids au fil des années. Dit comme ça, cela peut sembler être un argument marketing de notre part pour justifier la méthode de fabrication “coupé-cousu". Mais il faut garder en tête que ces coutures sont réalisées avec un fil qui n'est pas élastique. Elles aident donc bien le pull à garder ses dimensions verticales, au regard se son poids. 

 
 

La Matière Première – de la Laine Norvégienne

Un pull n'est aussi bon que le fil qui le compose. Norlender Knitwear, bien qu'étant une usine de tricotage, ne file pas sa propre laine. L'entreprise repose sur un écosystème de filateurs et éleveurs situés sur la côte ouest de la Norvège, garantissant une traçabilité totale du produit.

La première impression est celle d’une pièce rustique, très épaisse et bien chaude, mais elle ne gratte pas autant que je l’avais imaginé. Ce n’est pas un hasard, ici, nous sommes sur une laine classée C1 par le standard norvégien Animalia.

Concrètement, cela signifie deux choses :

  • Une fibre épaisse (28-38 microns) : Bien que le micronnage soit élevé, le cardage introduit tellement d'air (loft) que la surface du pull est comme un nuage. Les fibres, au lieu de piquer la peau comme des aiguilles (ce que ferait une laine grossière peignée), se compriment et se plient grâce à leur élasticité naturelle. Le pull agit comme un coussin plutôt que comme une cotte de mailles.

  • La tonte d'automne (Høstull) : Contrairement à la laine de printemps qui a souffert de l'hiver à l'étable, la laine d'automne a poussé en plein air. Elle est propre, forte et gorgée de lanoline naturelle pour protéger le mouton des pluies. C'est cette matière première que le partenaire historique de la marque, Sandnes Garn (filateur norvégien fondé en 1888), prépare et lave en conservant ce caractère brut.

Cette signature olfactive signale la présence résiduelle de lanoline. Le processus de lavage chez Sandnes Garn est calibré pour nettoyer la laine sans la "décaper" chimiquement. La lanoline est la cire naturelle du mouton ; elle confère une déperlance naturelle et empêche la saleté de pénétrer la fibre.

Cette odeur nous a tout de suite rappelé celle de notre pull Le Tricoteur (dont nous avions parlé ici)

 
 

Comment on le porte ?

Un point essentiel avoir à en tête est son poids de presque 1kg. À titre de comparaison, un pull en cachemire standard pèse environ 300g. Le Svalbard est trois fois plus lourd. Il fonctionne comme un radiateur à accumulation, stockant la chaleur corporelle dans la structure frisée de la fibre.

Ce poids dicte quelque peu son usage. Ce n'est pas une couche intermédiaire (mid-layer) à porter sous une veste ajustée ; on pourrait presque le considérer comme une couche externe (outerwear). Historiquement, l'Islender se portait d’ailleurs par-dessus plusieurs couches de sous-vêtements, agissant comme la barrière finale contre le froid.

De notre côté on le porte simplement*, ici avec un jean de chez See Fan et des Paraboot x Arpenteur. On aurait pu ajouter un manteau ample à manches raglan mais le temps ne s’y prêtait pas ce jour là.

Le pull est disponible ici pour les personnes curieuses.

*Note : je porte une taille M.

 
 

Pantalon : avec ou sans revers ?

Un revers de pantalon (aussi appelé bas à revers) est une finition du bas du pantalon consistant à replier vers l’extérieur une portion du tissu, puis à la fixer par une couture.
Contrairement à l’ourlet classique — où la longueur excédentaire est repliée à l’intérieur — le revers laisse volontairement apparent ce repli de tissu.

Techniquement, il s’agit d’une bande horizontale, régulière, formée par le retour du tissu.
Sur un pantalon de costume, sa hauteur est généralement comprise entre 4 et 5 cm, parfois un peu plus sur les coupes italiennes ou les tissus épais.

Ce détail a plusieurs fonctions :

  • Fonction structurelle : le revers ajoute du poids au bas du pantalon, ce qui améliore la tenue, évite que le tissu flotte et aide à obtenir une ligne plus nette

  • Fonction esthétique : il crée un cadre visuel au bas de la jambe, renforçant l’allure classique du pantalon

  • Pratique : il offre une réserve de tissu utilisable en cas de réparation.


On le voit surtout sur les pantalons de costume, mais aussi sur certains chinos et sur des tissus plus lourds où il apporte un bon équilibre visuel.

 
 

Pour revenir sur le troisième point, un tailleur m’avait raconté une anecdote à ce sujet.

Il me disait qu’il faisait systématiquement un revers sur ses pantalons de costume, non pour le style, mais pour anticiper l’usure.
Quand le pantalon finissait par se trouer — généralement à l’entrejambe, là où les frottements sont les plus forts — il décousait simplement le revers et utilisait ce supplément de tissu pour renforcer ou refaire la zone abîmée.


Un moyen simple et malin de prolonger la durée de vie du pantalon.

Ce n’est pas un hasard si, autrefois, on conseillait presque toujours de faire deux pantalons pour un costume : le pantalon s’use beaucoup plus vite que la veste.

Le revers peut participer à cette même logique : prévoir un peu plus de matière pour faire durer la pièce.

Drake's Lookbook AW25

Nous publions aujourd’hui le lookbook hivernal 2025 de Drake's comme référence d’archives pour ceux qui voudront y revenir dans quelques années.
Les superpositions des différentes pièces du vestaire Drake’s fonctionnent à merveille : chemises en flanelle, pulls en shetland, vestes en corduroy, manteaux à manches raglan en laine et touches de couleur pour animer l’hiver.

Nous le trouvons particulièrement réussi et pertinent pour penser (ou repenser) sa garde-robe d’hiver.

Justo Gimeno à Saragosse : visite de l’atelier et de la boutique

Se vêtir de peu de vêtements mais les bons. C’est une idée que l’on entend souvent ces dernières années, et c’est la seule qui me vient à l’esprit pour résumer la maison saragossane fondée en 1907. Pour s’y rendre depuis Paris, le trajet demande un détour : il n’existe pas de vols directs pour Saragosse à l’heure où j’écris ces lignes. Une escale par Barcelone s’impose, avant d’emprunter le train et découvrir une ville très riche culturellement.

En effet, Saragosse compte deux basiliques, Sainte Engrâce et Notre Dame du Pilier, c’est la ville dans laquelle deux basiliques sont le plus proches, Rome ne fait pas mieux ! Haut lieu de la chrétienté, c’est sur un pilar – un pilier – qu’apparue la Vierge à l’apôtre Jacques le Majeur en 40 ap. J.-C. Cette colonne est toujours visible et « touchable » au sein de la deuxième basilique citée. Si Saragosse se veut être un haut lieu de la chrétienté, surtout en Espagne, c’est aussi une ville qui compte quelques tailleurs et boutiques sur le vêtement masculin. Voici donc ma visite au sein de la boutique et l’atelier qui a su imposer la veste Teba dans l’Europe et le monde.

Un atelier intimiste

Je suis accueilli au pied de mon hôtel par Justo Gimeno en personne, fils de Justo Gimeno père, toujours élégant et taulier de la boutique. Justo fils s’occupe plutôt de l’atelier familial, qui se situe en périphérie de la ville. Je suis tout de suite frappé par la gentillesse extrême de Justo, qui s’est proposé de me conduire d’abord à l’atelier puis à la boutique, située sur la Gran Via, en plein centre.

Quel bonheur extrême que de découvrir l’atelier d’une marque que je porte depuis presque 10 ans ! J’ai aussi eu le plaisir de rencontrer enfin Asun Flores, responsable clients et comptabilité à l’atelier, avec laquelle je suis en lien depuis tant d’années et qui répond favorablement à chacune de mes demandes de photos pour « voir les nouveaux tissus disponibles ».

La première chose qui me frappe est la grandeur de l’atelier, bien qu’il n’y ait pas beaucoup de personnel – trois personnes le jour de ma visite – l’endroit regorge de tissus et de vestes rangées sur des portants.

Les tissus justement… Justo m’explique que la marque propose les plus beaux tissus existants, mais que bon nombre de clients, tout comme votre serviteur, ont pour habitude de leur adresser les tissus directement à l’atelier afin de réaliser leur Teba ou commande spéciale.

Encore aujourd’hui, les patronages et les tissus sont coupées à la main. Hormis dans les ateliers sur-mesure, c’est très rare de nos jours de couper tous les tissus à la main. C’était une vraie surprise. Tout est fait sur place hormis la grosse partie de la confection qui est réalisée dans d’autres petits ateliers. Seuls les prototypes sont produits dans l’atelier que j’ai visité.

Ce jour-là, mon choix s’est porté sur plusieurs tissus. Deux tissus Brisbane Moss en gabardine de coton de couleur bleu marine et vert olive, un tissu en Harris Tweed et un seersucker bleu. Le Brisbane Moss bleu marine a été choisi pour ensuite réaliser un pantalon – que Justo Gimeno ne propose pas – mais que j’ai fait réaliser auprès de Swann à Paris. Le Brisbane Moss vert olive était pour une Teba, tout comme le Harris Tweed, alors que le seersucker bleu était pour un autre pantalon, toujours via Swann à Paris.

Le choix a été très long mais grâce aux conseils de Justo, mes sélections allaient s’avérer très fructueuses.

En effet, j’ai toujours réalisé des Tebas en mesure à distance. J’envoyais les mesures désirées à l’atelier tout en précisant le tissu retenu. Environ un mois plus tard, je recevais ma Teba. Si vous souhaitez passer commande d’une veste Teba, n’hésitez pas à nous écrire en commentaire afin que nous vous indiquions la marche à suivre.

Justo m’explique que la veste Teba a beaucoup changé depuis un siècle. Aujourd’hui, bon nombre de partenaires réalisent par son biais des vestes comme de véritables créations : quatre poches, une fente dans le dos, un col à rabat… Justo Gimeno peut tout faire. Évidemment, tout l’attrait de la maison est, pour moi, ce col si caractéristique sans crans de revers. La veste Teba est avant tout une veste de chasse, certains en Espagne la nomment « la Tiradora », bien qu’aujourd’hui complètement urbanisée.

Justo Gimeno jouit d’une notoriété sans frontières : le Japonais Yamashita Eisuke, derrière le blog Mon Oncle, en est devenu adepte et ambassadeur de la marque au Japon où il la distribue. Il est très intéressant de voir qu’aujourd’hui la « chaqueta Teba » a conquis pléthore d’hommes. J’aime savoir que la veste que je porte a été fabriquée dans un atelier à taille humaine. J’aime aussi l’idée de savoir que j’ai eu la chance de rencontrer l’artisan qui a fabriqué mes vestes. D’ailleurs, ce jour-là, je portais une Teba en Harris Tweed, une veste qui retournait aux sources en quelque sorte.

Je demande à Justo de retracer l’histoire de sa famille, c’est là que j’apprends que son grand-père a fait ses armes à Londres dans l’atelier Burberry où il a appris à réaliser des trenchs. D’ailleurs, durant la Première Guerre mondiale, la maison Justo Gimeno confectionnait des habits militaires, notamment des trenchcoats pour les armées anglaises et françaises.

La richesse historique de la marque ne s’arrête pas là, en effet, Justo me précise que la maison distribuait des manteaux pour le magasin Old England à Paris. Des modèles que l’atelier est tout à fait en mesure de recréer et que la boutique distribue pour certains.

Une boutique espagnole au flair anglais

Après la visite de l’atelier, Justo me conduit à la boutique. Mais avant la visite de cette dernière, Justo s’arrête et me demande : « veux-tu goûter la meilleure tortilla du monde ? », je lui réponds avec plaisir et il m’emmène dans une rue adjacente à la boutique où nous franchissons le pas de la porte d’une taperia où j’engloutis en effet « la meilleure tortilla du monde ».

Rassasié, Justo me présente son père, Justo, et son frère cadet, Gabriel, responsable de la boutique. Gabriel est un ancien toreador, il a troqué son mantel pour une Teba, il veille aujourd’hui sur la boutique avec son père.

Dans celle-ci, je découvre des vestes Tebas en prêt-à-porter, commençant à la taille 44, aux tissus multiples. La Teba « authentique » serait celle en jersey, toujours complètement déstructurée, que porte Justo sur les épaules ce jour-là. Je me prends au jeu d’essayer plusieurs Teba, en laine, lin, coton… la collection est sans fin.

Ce qui m’attire tout de même dans la boutique est l’offre très vaste et variée de vêtements anglais : Drake’s, Joseph Cheaney et Alan Paine notamment. Trois marques difficilement trouvables en France mais dont Justo Gimeno est le distributeur officiel en Espagne. C’est d’ailleurs lui qui a fait connaître Drake’s sur la péninsule ibérique. Michael Hill, le directeur artistique de la marque, est un ami. D’ailleurs, la boutique a un air de Drake’s, ou devrai-je plutôt dire l’inverse…

Je ne peux résister à essayer un pull en poil de chameau d’Alan Paine. Je suis étonné et agréablement surpris de voir les vêtements proposés : manteaux longs, imperméables, cravates, gants, chaussures… Justo me confie que la plupart de ses clients sont pour beaucoup étrangers de nos jours. Les jeunes espagnols ne sont plus si intéressés par des vêtements et un savoir-faire centenaire.

Plus j’explore la boutique, plus je note qu’elle est très colorée. Sur des mannequins, des assemblages de tenues qui paraissent « importables » mais finalement tout est précis, tout fonctionne. C’est un peu cela « l’esprit » Justo Gimeno : passion, not fashion.


Quelques images supplémentaires pour finir.

Sur l’histoire des poches⎜Pourquoi les vêtements pour hommes ont-ils autant de poches et ceux pour femmes si peu ?

On parle souvent du vêtement pour sa silhouette, sa coupe, son tissu. On parle moins des poches. Pourtant, ce que l’on garde dans une poche dit beaucoup de nous : nos besoins, nos habitudes, ce qu’on juge essentiel, et la manière dont on se déplace au quotidien.

 
 

Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close

Je n’ai pas encore lu le livre d’Hannah Carlson, mais j’ai visionné l’une de ses conférences. Elle montre que la poche n’a jamais été neutre. Pendant longtemps, les vêtements n’avaient pas de poches cousues. On gardait l’essentiel dans des bourses attachées à la ceinture, ou dans de petits sacs glissés sous les couches de vêtements.

La poche intégrée aux vêtements apparaît dans la mode masculine entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle. Les hommes ont progressivement eu des poches intégrées, accessibles, nombreuses.

Chez les femmes, l’histoire est différente. Elles portaient des poches séparées (petits sacs), nouées à la taille, sous la jupe. Pratiques et invisibles. Elles ont vu ces poches disparaître au XIXᵉ siècle avec les silhouettes plus ajustées. Les sacs portés à la main prennent alors le relais.
Mais la différence est nette : une poche permet de partir avec ses affaires sur soi, sans ajout. Sans poches, on doit les transporter autrement.

Un espace intime

Hannah Carlson insiste sur un point essentiel : la poche est intime. On y met ce qu’on ne veut pas perdre. On y dissimule parfois un secret. C’est un espace invisible pour les autres, mais très présent pour soi. Une poche, c’est une micro-pièce personnelle, déplacée avec le corps. Elle crée un lien physique entre l’individu et ses objets.

Carlson raconte aussi les gestes. Glisser la main dans sa poche peut sembler anodin, mais ce geste a longtemps porté des significations. Confiance, décontraction, parfois insolence selon l’époque et le contexte. La poche, comme le col de chemise ou la longueur du pantalon, participe d’un langage silencieux.

Aujourd’hui, on vit avec moins d’objets, mais plus concentrés : un smartphone remplace la montre, le carnet, le portefeuille, la carte, le ticket. Pourtant, la poche reste. Elle continue d’être ce lieu discret, prêt à accueillir un objet minuscule mais important : une clé, un ticket de métro, un briquet, une bague, un morceau de papier plié sans explication.

Si vous voulez en savoir plus, on vous conseille de visionner la vidéo en fin d’article.

Ou de lire son livre, visible ici sur Amazon.


Traduction Google de la 4ème de couverture de son livre Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close.

Qui a droit à des poches, et pourquoi ?

C'est un sujet qui suscite de vives réactions : pourquoi les vêtements pour hommes ont-ils autant de poches et ceux pour femmes si peu ? Et pourquoi les poches des vêtements féminins sont-elles souvent trop petites pour y glisser un téléphone, quand elles s'ouvrent ? Dans son ouvrage captivant, Hannah Carlson, maître de conférences en histoire du vêtement à la Rhode Island School of Design, dévoile les enjeux liés au genre, à la sécurité, à la sexualité, au pouvoir et aux privilèges qui se cachent derrière nos poches.

Au Moyen Âge en Europe, la bourse était un accessoire vestimentaire quasi universel. Mais lorsque les tailleurs ont cousu les premières poches aux pantalons pour hommes il y a cinq cents ans, cela a déclenché une controverse et soulevé toute une série de problèmes sociaux auxquels nous sommes encore confrontés aujourd'hui, du port d'armes dissimulé aux inégalités entre les sexes. Voir : #GiveMePocketsOrGiveMeDeath.

Richement illustrée, cette micro-histoire de la modeste poche révèle ce qu'elle dit de nous : comment se fait-il que mettre les mains dans ses poches puisse être perçu comme un signe de paresse, d'arrogance, de confiance en soi, voire de perversion ? La photographie de Walt Whitman, main dans la poche, pour son recueil « Feuilles d'herbe », semblait une insulte à la respectabilité bourgeoise. Lorsque W.E.B. Du Bois posa pour un portrait, ses mains dans les poches symbolisaient une désinvolture assumée.

Et que recèle encore l'histoire de nos poches ? (Ce n'est pas un hasard si le contenu des poches d'Abraham Lincoln est l'exposition la plus populaire de la Bibliothèque du Congrès.) Tourné vers l'avenir, Carlson s'interroge : aurons-nous encore besoin de poches lorsque nos vêtements intégreront des textiles « intelligents » contenant nos papiers d'identité et nos cartes bancaires ? «

 Pockets » s'adresse aux innombrables personnes fascinées par les poches et leur absence, ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent à l'influence de nos vêtements sur notre rapport au monde.


Sources pour aller plus loin

Livre :
Hannah Carlson, Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close, Algonquin Books, 2023.

Articles :

Référence muséale :
Victoria and Albert Museum (V&A), “Tie-on pockets (18th–19th century)”.
https://www.vam.ac.uk/articles/a-brief-history-of-pockets

Yuhei Yamamoto et Pierre Mahéo dans la série « Five Fits With »

Deux nouveaux portraits dans la série « Five Fits With »

Esquire poursuit sa série « Five Fits With » où créateurs et personnalités du monde de la mode et de la musique présentent cinq tenues emblématiques de leur style. Après en avoir déjà parlé sur Les Indispensables Paris (lire ici), on retient cette fois deux nouvelles figures : Yuhei Yamamoto et Pierre Mahéo.

Yuhei Yamamoto – Tailor Caid

À Tokyo, Yuhei Yamamoto perpétue un tailoring inspiré de l’Ivy League - chez Tailor Caid, sa marque. L’entretien publié par Esquire (lire ici) montre un artisan attaché à la fidélité de sa clientèle, loin de toute recherche de croissance rapide.

Pierre Mahéo – Officine Générale

Ses cinq tenues présentées dans Esquire sont à voir ici. On aime particulièrement la veste de travail noire qu’il porte dans sa 3ème tenue — une pièce deadstock des années 1950 en moleskine, retrouvée presque neuve — ainsi que ses Weston, modèle Cambre.
Son uniforme idéal : tee-shirt blanc, jean vintage et blazer bleu marine.

Photos Christopher Fenimore

Pulls Marin - Deux marques françaises peu connues

C’est le salon Made in France week-end. À ne pas confondre avec celui destiné aux professionnels de la mode qui se tient dans le centre de Paris au Carreau du Temple, près de République, au printemps.

Quand on parle de pulls marins en France, on pense immédiatement à Saint James ou Le Minor. Ces deux noms occupent l’essentiel du paysage, on sait où ils sont fabriqués et comment ils travaillent.
À côté, il existe des marques plus discrètes, moins visibles, qui produisent dans les mêmes régions et avec la même logique, mais dont on ne parle presque jamais.

Voilà pourquoi on voulait évoquer Baie des Caps et Carrick, deux marques qui peuvent passer complètement sous le radar.

Le fil et le montage : le point commun des pulls marins made in france

Les marques de pulls marins français se ressemblent souvent. Et pour cause : elles travaillent généralement avec le même fil.

La plupart utilisent un fil de laine vierge peignée provenant de chez Schoeller (Schoeller Wool / Schoeller Spinning Group). Il n’existe d’ailleurs plus en France de filature de laine peignée.

Car historiquement, les pulls marins produits pour la Marine nationale répondaient à un cahier des charges strict, inspiré des normes AFNOR G07-010 et G07-012, qui régissaient les fils de laine destinés aux tricots d’uniforme.
Ces textes imposaient l’usage de pure laine vierge peignée, un fil dense et régulier à deux brins (titrage autour de Nm 28/2 à 32/2), tricoté en côtes serrées.

Quand Carrick précise que sa laine est autrichienne, on comprend qu’elle vient de Schoeller. Chez Baie des Caps, les cartons visibles en atelier confirment la même provenance.

 

capture ecran instagram baiedescaps.com

 

La laine vierge peignée utilisée pour les pulls marins présente plusieurs avantages techniques. Le peignage aligne les fibres et élimine les plus courtes, ce qui donne un fil plus régulier, plus dense, et moins sujet au boulochage qu’une laine cardée. Tricotée serrée, elle garde une bonne tenue dans le temps, ne se déforme pas facilement et supporte des usages répétés.

C’est ce qui permet au pull marin d’avoir une surface lisse, une sensation légèrement sèche au toucher (aussi de part sa nature, une laine ordinaire), et une résistance réelle à l’usure quotidienne.

Le montage est lui aussi, dans l’ensemble, assez similaire : des pièces tricotées en panneaux puis assemblées en coupé-cousu.
La différence se joue souvent au niveau du col. Chez certains comme Le Minor ou Saint James, il peut être remaillé, c’est-à-dire repris maille par maille pour assurer une jonction plus nette.

Baie des Caps

Baie des Caps travaille à Beaussais-sur-Mer, dans les Côtes-d’Armor, et fait partie des plus petits ateliers de tricotage encore en activité en France. Il est d’ailleurs possible de le visiter.

La marque fait aussi partie des très rares à proposer la personnalisation d’un pull marin.
On peut choisir la couleur, le type de col, parfois les rayures, et ce choix est intégré au moment du tricotage, dans l’atelier.

Dans l’univers du pull marin français, c’est quasiment unique.

On aime particulièrement leur pull col rond autour de 135 €. La coupe est droite, simple, et tricotée en 100 % laine, celle dont on parlait précédemment. Le bord côte du bas rend le pull très simple et facile à porter. Moins moulant aussi qu’un traditionnel pull marin - sans bord côte en bas.

Il est visible ici.

Carrick

Carrick propose également des pulls marins fabriqués en Bretagne (mais sans plus de détails sur l’atelier de fabrication), avec une construction classique, celle évoquée précédemment : tricot en panneaux puis assemblage coupé cousu.
La marque est historiquement liée au monde su scoutisme. Ce sont donc des pièces prévues pour être portées en extérieur, en camp ou en sortie.

Ce qui nous intéresse : Carrick propose sans doute l’un des pulls marins fabriqués en France les plus accessibles en prix. Comme pour le pull Baie des Caps, on aime sa coupe droite et le bord côte du bas.

Prix pour la taille M : 80€.

Il est visible ici.

Où sont fabriqués les pulls Shaggy Dog de J.Press ?

On pensait tout savoir du Shaggy Dog, ce pull brossé emblématique de J. Press. L’histoire semblait établie, y compris celle de sa fabrication : le mystère entourant son origine écossaise paraissait levé comme on l’avait évoqué dans un précédent article. C’est pour cette raison qu’on a été surpris, en parcourant récemment le site de John Simons, de découvrir des Shaggy Dog venus du Japon.

John Simons, boutique londonienne étroitement liée à la diffusion du style Ivy en Europe, propose en effet une sélection de pièces issues de la ligne Made in Japan de J. Press. Rien d’étonnant jusque-là : cette collection existe depuis plusieurs années. On a surtout été surpris d’y voir des pulls Shaggy Dog – nous qui pensions qu’ils étaient encore exclusivement produits en Écosse. En regardant de plus près les photos, un détail attire l’attention : sur l’étiquette du modèle gris, on distingue la mention made by Yonetomi.

Le nom ne nous est pas inconnu. Yonetomi Seni Co. est une usine japonaise de tricot fondée à Yamagata dans les années 1950. On en a déjà parlé ici, à propos de sa marque en propre Coohem. On retrouve aussi Yonetomi derrière une réédition d’un mythique pull Aran, évoquée dans cet autre article.

Finalement, ce n’est pas si surprenant de voir J. Press faire appel à Yonetomi pour sa collection japonaise. Ce n’est pas une simple usine pourrait-on dire. Leur « Rigid Cashmere Sweater » en est un exemple manifeste. C’est un pull où le fil de cachemire y est fortement torsadé pour obtenir une maille dense et résistante à la main très sèche, loin de la douceur molle qu’on associe souvent à cette fibre.

Quant aux différences entre ces Shaggy Dog japonais et leurs homologues écossais, la question reste ouverte.

Images John Simons.

Le retour discret de Bulova

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Fondée à New York au début du XXᵉ siècle, Bulova reste l’une des rares marques horlogères américaines présentes à l’international. Connue pour ses innovations et pour un bon rapport qualité-prix, la marque parle à ceux qui cherchent une montre solide et simple à porter.

La Caravelle Sea Hunter

Sous le label Caravelle, Bulova propose la Sea Hunter Diver.
Cadran lisible, lunette tournante, boîtier acier : on retrouve les codes des plongeuses des années 1970. Elle fait partie des options les plus accessibles dans cette catégorie, mais elle reste difficile à trouver en dehors de quelques rares boutiques spécialisées.

Prix : 327€
Disponible ici.

Alternative trouvée sur Amazon à ce prix ? Ici avec cette Orient Kamasu.


D’autres modèles de Bulova sont plus faciles à dénicher, via Amazon France notamment.

En voici 5 :

Bulova 98A266 Automatic
Cette Bulova reprend le dessin d’une montre militaire conçue dans les années 1950 pour la marine américaine. Elle associe un boîtier acier de 41 mm, un cadran noir mat et un indicateur d’humidité inspiré du modèle d’origine. Cet élément changeait de couleur si de l’eau s’infiltrait dans le boîtier, afin d’alerter le porteur que la montre n’était plus parfaitement étanche.

Sur la 98A266 moderne, cette fonction est symbolique : l’indicateur est présent pour le design, mais n’est plus actif.

Animée par un mouvement automatique Miyota et étanche à 200 m, elle reste une montre solide et lisible pour un usage quotidien.
Prix indicatif : environ 500 €
Disponible ici : Bulova 98A266 Automatic

Bulova 96B344 Oceanographer
Inspirée des plongeuses des années 1970, l’Oceanographer combine un cadran noir profond, une lunette contrastée et un mouvement automatique robuste. Une pièce sportive mais équilibrée.
Prix indicatif : environ 600 €
Disponible ici : Bulova 96B344 Oceanographer

Bulova 98A282 Automatic
Un modèle plus abordable, équipé d’un mouvement automatique visible par le cadran. L’esthétique est plus moderne, avec un boîtier acier et un cadran bleu qui capte bien la lumière.
Prix indicatif : environ 320 €
Disponible ici : Bulova 98A282 Automatic







Bulova 98C139 Computron
Réédition d’un modèle numérique des années 1970, la Computron affiche l’heure en LED rouges sur le côté du boîtier. Un objet singulier, à mi-chemin entre montre et gadget design.
Prix indicatif : environ 370 €
Disponible ici : Bulova 98C139 Computron







Bulova 98A255 Archive Military
Inspirée des montres de dotation américaines, cette version reprend un cadran beige mat, des aiguilles noires et un boîtier compact de 38 mm. Simple, fonctionnelle, lisible.
Prix indicatif : environ 250 €
Disponible ici : Bulova 98A255 Military








Saphir - Visite de l’entreprise qui produit les meilleurs cirages au monde

Spahir

Le champion du cirage Made in France

Saphir, l’héritage du cuir français

L’histoire du cirage est indissociable de celle du cuir. Dès le Moyen Âge, les artisans tanneurs et cordonniers préparent des mélanges à base de cire pour nourrir, protéger et faire briller les chaussures. Les saints Crépin et Crépinien, patrons des cordonniers, symbolisent ce lien ancien entre le travail de la main et la matière.

Au XVIIIᵉ siècle, les premières recettes de cirage apparaissent : suif, huile, noir de fumée et térébenthine. Ces mélanges, encore instables et odorants, deviennent plus raffinés au siècle suivant. Les progrès chimiques permettent d’obtenir des pâtes plus homogènes, tandis que les guerres accélèrent leur diffusion : les armées entretiennent leurs bottes, les industriels perfectionnent la formule. En France, Alexis Godillot équipe les soldats de Napoléon et son nom deviendra synonyme de chaussure solide — les fameux « godillots ».

Avec l’industrialisation, la fabrication du cirage prend une autre dimension. L’apparition de la boîte en fer-blanc à la fin du XIXᵉ siècle change tout : plus pratique, plus résistante et mieux conservée que les pots en verre, elle permet la production à grande échelle. En 1889, près de trente millions de kilos de cirage sont fabriqués en Europe, dont les deux tiers en France. De Faverges à Lyon, des ateliers comme Jacquand ou Berthoud expédient leurs boîtes dans le monde entier.

C’est dans ce contexte que naît Saphir, en 1920. Fondée par la famille Destagnol, la marque s’impose rapidement comme la référence du soin du cuir. Récompensée à l’Exposition universelle de Paris en 1925, elle exporte jusqu’à New York dès les années 1950. Sa célèbre Pâte de Luxe se distingue par sa composition à base de cire d’abeille et d’essence de térébenthine, qui nourrit le cuir sans l’étouffer et lui donne une brillance profonde.

Dans les années 1970, Saphir est reprise par Avel, fondée peu avant par Alexandre Moura. L’entreprise familiale, installée à Magnac-Lavalette, redonne vie à la marque et perpétue une fabrication 100 % française. Aujourd’hui dirigée par Marc Moura, la société produit l’ensemble des gammes Saphir — dont la prestigieuse Médaille d’Or, plébiscitée par les bottiers, les cordonniers et les amateurs de beaux souliers.

 
 

Les produits Saphir Médaille d’Or conviennent particulièrement bien aux cuirs peu couverts, c’est-à-dire ceux dont la finition laisse encore respirer la fleur (aniline, semi-aniline, box-calf, veau pleine fleur…). Ces cuirs absorbent mieux les cires et les huiles naturelles, et bénéficient pleinement de la richesse des formules.

La gamme Saphir Beauté du Cuir propose quant à elle une palette de couleurs beaucoup plus large et une offre de produits plus étendue, notamment pour l’entretien de la maroquinerie.

 

1925 - Saphir reçoit la Médaille d’Or (à gauche)

 

À Magnac-Lavalette, dans les ateliers Saphir

J’ai eu la chance de visiter l’usine Avel, où la plupart des recettes historiques sont encore utilisées pour la préparation des formules.

La visite commence par le showroom, espace calme où sont présentées les différentes marques du groupe. On y mesure l’étendue de leurs collaborations : plusieurs produits d’entretien ont été développés pour des maisons comme Crockett & Jones, Cheaney ou Longchamp. Chaque marque dispose de ses teintes ou finitions propres, conçues dans le laboratoire voisin.

Sur les étagères, entre les pots de cirage et les présentoirs de brosses, j’ai aussi remarqué plusieurs paires d’embauchoirs en bois clair. Ils proviennent de Perfecta, l’entreprise du groupe Avel installée près de Limoges, spécialisée dans la fabrication d’embauchoirs et de formes en hêtre ou en cèdre. Leur présence rappelle que le soin du cuir ne s’arrête pas aux produits d’entretien : il prolonge jusqu’à la conservation de la forme du soulier.

L’entrepôt

Juste à côté du showroom, l’entrepôt abrite les produits finis prêts à être expédiés. Des palettes de boîtes de cirage, de crèmes, de lotions et d’aérosols y sont rangées par gammes et par couleurs. L’espace, récent et lumineux, répond aux normes de sécurité les plus strictes, nécessaires à une activité qui utilise des solvants et des gaz propulseurs. L’organisation est rigoureuse : chaque lot est identifié, contrôlé, puis préparé pour les commandes des boutiques et des distributeurs en France comme à l’international.

L’atelier de production (LA CUISINE)

Un autre bâtiment, à quelques mètres de l’entrepôt, concentre l’activité la plus vivante de la visite. C’est là que les cires, les pigments et les solvants sont assemblés pour donner naissance aux crèmes et pâtes Saphir. L’atmosphère y est dense, rythmée par les mouvements des cuves et le bruit sourd des mélangeurs. Les odeurs sont caractéristiques : à la fois agréables par leur côté résineux et cireux, mais parfois fortes, rappelant que l’on travaille ici des matières volatiles.

J’ai pu observer la préparation de la Crème de cirage Saphir Médaille d’Or 1925. Les cires d’abeille, de carnauba et de montan y sont fondues puis mélangées à des solvants et des pigments colorants. La formule ne contient pas d’eau ; elle reste dense et stable, pensée pour nourrir le cuir tout en assurant une brillance durable.

C’est sans doute la partie la plus fascinante de la visite : on y voit la matière devenir produit.

Ci-dessus, de la cire d’abeille à gauche (la plus claire possible pour les cirages incolores) et de la cire de carnauba à droite. Cette dernière est souvent associée à la cire de montan : c’est elle qui favorise la brillance et rend possible le glaçage des chaussures.

 

Le laboratoire

Le laboratoire se trouve également à l’étage du bâtiment principal. Le lieu, calme et lumineux, contraste avec l’agitation de l’atelier.

C’est ici que les formules sont mises au point et ajustées. Les techniciens y testent la texture, la brillance et la tenue des produits, en fonction des cuirs et des pigments. On y travaille à la fois sur la reproduction des recettes historiques et sur des développements plus récents, comme des formules sans PFAS, conçues pour offrir des performances comparables aux compositions traditionnelles.

C’est aussi dans ce même espace que sont définies les teintes sur mesure destinées aux clients : certaines exigent une nuance de marron ou de bordeaux très précise, adaptée à un modèle particulier.

Chaque nouveau lot de production est prélevé et conservé sur place, afin de pouvoir être analysé en cas de contrôle ou de réclamation.

Dernière étape : la mise en pot. Les mélanges de cires et de pigments, chauffés et homogénéisés dans de grandes cuves, sont versés encore chauds dans les pots de verre destinés à la gamme Médaille d’Or.

Vient ensuite une phase de refroidissement contrôlé, qui permet à la cire de se figer lentement et d’obtenir la texture finale. Une fois refroidie, chaque boîte est fermée, étiquetée et triée avant d’être acheminée vers l’entrepôt.

Cette phase est peut-être la plus visuelle durant la visite : on suit l’évolution de la matière, de liquide chaud à solide stable, puis vers le produit fini.

Quelques mots pour finir. On oublie souvent que le leader mondial des produits d’entretien pour chaussures haut de gamme se trouve en France. Les plus grandes maisons de chaussures et de maroquinerie utilisent ces produits, élaborés ici, à seulement quelques heures de Paris. Un siècle après sa création, Saphir continue de faire briller les souliers comme un morceau de patrimoine.

Ce fut un plaisir de visiter cette entreprise et de pouvoir en raconter les coulisses.

WAR DENIM - Les jeans pendant la seconde guerre mondiale

En passant chez Junku l’autre jour, je suis tombé sur le livre WAR DENIM 神格化された「大戦モデル」を解読する. Le titre m’a tout de suite fait penser au dernier jean d’Arthur, de Superstitch, dont on parlait dans notre précédent article.

 
 

Le livre, signé Mitsuhiro Aota, s’intéresse aux “modèles de guerre” produits pendant la Seconde Guerre mondiale — ces jeans et vêtements de travail simplifiés à cause du rationnement. Rivets supprimés, poches redessinées, coutures simplifiées : tout est pensé pour économiser la matière. Ce qui, ironiquement, a donné naissance à des pièces devenues aujourd’hui mythiques.

Aota replace ces modèles dans leur contexte industriel et politique. Il s’appuie sur des archives et des documents d’époque pour montrer comment une contrainte logistique a fini par définir une esthétique. Même sans lire le japonais, le livre se feuillette facilement : les photos sont nombreuses et détaillées, montrant tissus, étiquettes et coutures avec un niveau de précision rare.

Dommage tout de même qu’il n’existe pas encore de version anglaise (ou française) — le contenu mériterait d’être lu au-delà du Japon.

 
 

À ce jour, aucun média denim anglophone n’en a parlé en détail (on a longuement cherché) — seuls quelques membres du forum Superfuture partagent des extraits traduits et souligne la qualité du contenu.

Pour ceux qui aiment fouiller dans les origines du workwear, WAR DENIM est un très bel objet, à la fois visuel et documenté. Une référence utile pour mieux comprendre ce que Superstitch, ou d’autres marques japonaises, cherchent à réinterpréter aujourd’hui.

Le livre WAR DENIM est disponible sur Amazon Disponible ici.

Why Bespoke Savile Row Suits Are So Expensive

Après avoir évoqué dans un précédent article le documentaire de la BBC consacré à Savile Row ici, on revient aujourd’hui sur la célèbre rue londonienne à travers un format plus récent : Why Bespoke Savile Row Suits Are So Expensive, produit par Insider Business dans sa série So Expensive.

Le court reportage suit Kathryn Sargent, première femme maître-tailleur de Savile Row, dans son atelier éponyme. En une douzaine de minutes (oui la vidéo est courte), il détaille la fabrication complète d’un costume deux pièces sur mesure — de la première consultation au repassage final.

Bespoke Shoes in Europe & Japan – le regard de Daisuke Yamashita sur la cordonnerie contemporaine

J’étais déjà tombé sur le compte Instagram de Daisuke Yamashita lors de mes recherches pour un article consacré à l’une des tricoteuses britanniques les plus reconnues, Máirín Thomáis Uí Dhomhnaill (voir l’article ici). Il l’avait rencontrée en Irlande et l’avait filmée quelques secondes en train de travailler. Une belle illustration de l’attention qu’il porte aux savoir-faire exceptionnels et à celles et ceux qui les perpétuent.

Un observateur des ateliers

Daisuke Yamashita est l’un des rares à avoir visité autant d’ateliers de cordonnerie et de bottiers, en Europe comme au Japon.

Journaliste et photographe, il documente depuis plusieurs années ces métiers à travers ses voyages et son blog, suivi par un public restreint mais passionné d’artisanat et de chaussures sur mesure.

Je n’ai pas encore lu son nouveau livre numérique, Bespoke Shoes in Europe & Japan – Study Report, mais son approche et les retours qu’il suscite donnent envie de s’y plonger. Publié en anglais, il est disponible sur Amazon au format e-book pour environ 9 €.

L’auteur y propose une lecture accessible, dans un anglais simple (qu’il décrit lui-même comme approximatif), accompagnée de nombreuses photographies prises au fil de ses visites.

Un tour d’horizon des écoles et des gestes

Le livre présente d’abord les principales écoles européennes de cordonnerie – britanniques, françaises, italiennes ou allemandes – et leurs approches respectives du soulier sur mesure. Yamashita décrit ensuite les étapes de fabrication : le dessin des formes, les types de coutures, les montages, ou encore les choix de matériaux. L’ensemble est ponctué d’essais et de notes plus personnelles sur les artisans rencontrés.

Les images, prises sans mise en scène et probablement avec son téléphone, montrent les gestes au travail : formes en bois, coutures Goodyear, ateliers aux outils patinés. Loin d’un livre de luxe, Bespoke Shoes in Europe & Japan ressemble davantage à un carnet de terrain, précis et sincère, où l’auteur cherche à comprendre plutôt qu’à célébrer.

Un pont entre deux traditions

Yamashita poursuit ici ce qu’il a entrepris depuis plus d’une décennie : relier les savoir-faire européens et japonais, et témoigner de leur vitalité. Ce rapport d’étude, modeste dans sa forme, prolonge ce travail d’observation, avec un regard attentif sur la diversité des pratiques et ce qu’elles s’apportent les unes aux autres.

Bespoke Shoes in Europe & Japan – Study Report est disponible sur Amazon Kindle.

Une lecture à découvrir pour ceux qui s’intéressent à la fabrication du soulier et aux gestes qui la façonnent.


Goral x Garmsville Deck Shoe

Note : À notre demande, Goral ont accepté de nous envoyer la paire que vous allez découvrir dans cet article

GORAL x GARMSVILLE

L’essai d’une Deck Shoe renforcée

Comme beaucoup de monde ces dernières années, on adore les baskets en toile que l’on appelle les Deck Shoes. Leur forme, leur légèreté, cette manière de se glisser dans presque toutes les tenues sans effort. Officine Générale les utilise d’ailleurs souvent dans ses lookbooks — des modèles signés Asahi — tant leur ligne incarne une idée simple et juste de la basket en toile.

On aime cette esthétique, mais leur toile fine en coton et leur construction par vulcanisation montre vite ses limites. Ces paires ne survivent que rarement au-delà de trois étés, et deviennent vite inutilisables dès que la météo se dégrade. Sous la pluie, dans le froid, ou pire, quand il neige, elles sont inadaptées.

C’est là que les Goral x Garmsville peuvent être intéressantes.

Nées d’une collaboration entre le chausseur anglais Goral et Jason Jules (Garmsville), elles reprennent cette silhouette basse et discrète, mais avec une conception pensée pour durer bien plus longtemps.

 
 

Une fabrication anglaise soignée

Chaque paire est fabriquée à Sheffield, dans l’atelier Goral, selon un processus entièrement réalisé sur place : découpe, couture, montage et finitions.
Le modèle est conçu sur commande, et passe par plus de 100 étapes avant d’être expédié.

La Garmsville se distingue par sa construction Blake Stitch, une méthode où la semelle est cousue directement à la tige. L’avantage : solidité, souplesse et possibilité de ressemelage. Goral propose d’ailleurs un service Rebuild+ pour restaurer les paires usées — un point rare sur une sneaker.

Plutôt qu’une toile classique, la Garmsville utilise un waxed canvas de chez Halley Stevensons, fabricant écossais connu pour ses cotons cirés. Ce tissu résiste mieux à l’eau, se patine joliment, et conserve une bonne tenue dans le temps.

La toile présente par ailleurs un joli petit motif chevron, discret mais visible de près, qui renforce l’impression de qualité et donne un peu de relief à la surface.

 
 

Autre détail marquant : la bande latérale, souvent en caoutchouc sur ce type de chaussures, est ici en cuir végétal. Elle prendra une patine naturelle, ce qui donne à la paire une allure plus subtile, plus vivante qu’une sneaker standard.

La silhouette repose sur le last G1, un patron légèrement arrondi à l’avant, avec un profil bas et un équilibre entre sport et habillé. C’est une forme simple, bien proportionnée, sans effet de mode.

 
 

Premières impressions

C’est une paire qu’on teste actuellement. La première impression est bonne : confort immédiat, belle tenue du pied, finitions très propres.

Mathieu porte ici un 8,5 UK en Fit Regular, elles lui vont parfaitement. Habituellement il porte du 9 UK donc on dirait qu’elles taillent un peu grand — disons une demi-pointure en plus.

À noter qu’on peut la porter sans lacets — la forme le permet — mais on préfère, de notre côté, la version classique avec lacets, plus ajustée et mieux équilibrée visuellement.

Reste à voir comment la toile cirée évolue avec le temps, si la couture Blake tient bien après plusieurs mois, et si la promesse de durabilité se confirme dans la pratique. Mais on ne se fait pas trop de soucis.

En attendant

Les Goral Garmsville sont proposées autour de £245, faites à la commande et livrées depuis l’Angleterre. Ce n’est pas une paire d’été à user vite, mais plutôt une basket qu’on garde et qu’on entretient.

Pour ceux qui aiment la ligne des Doek mais cherchent quelque chose de plus solide, c’est une piste sérieuse. Le style reste sobre, l’esprit fidèle, mais la construction change tout.


 

Sélection de la semaine

UNIQLO U

Contrairement à ce que j’affirmais dans ce précédent article Les Indispensables Paris, Uniqlo U propose bien cette saison des t-shirts à manches longues 100 % coton.
Tout comme ceux de Allevol, ils présentent une triple piqûre au niveau du col pour plus de solidité. Ils sont disponibles ici.

Prix : 29,90€ ici

MERCHANT FOX

J’avais déjà évoqué la marque Le Tricoteur dans cet article, connue pour ses pulls Guernesey.
Ce Guernsey Woollens × Fox roll neck s’inscrit dans la même tradition, avec une laine 100 % britannique très rustique.

Fabriqué directement sur l’île de Guernesey, il reprend les codes des pulls Guernsey : les deux colonnes en point mousse et le point 2x2 au niveau des emmanchures qui évoque une corde. On aime beaucoup le col roulé à la place du classique col bateau.

Prix : £185 ici


CABAN TACS

Connu avant tout pour ses tissus en laine Casentino, évoqués dans cet article, TACS est sans doute moins connu pour proposer directement des vêtements réalisés dans cette matière.
Une pièce nous plaît beaucoup : ce caban disponible dans la plupart des coloris.

Prix : 230€ ici

CHARLES PLUME

Voilà ce qui semble une bonne entrée dans le monde des vestes waxées : la Charles Plume Wax Cotton Executive Jacket, fabriquée en Angleterre. Elle est uniquement disponible en vert.

La veste est proposée au prix de £92 sur le site Bennevis Clothing. Avec sa coupe droite et ses poches fonctionnelles, elle reste simple et fonctionnelle.

Prix : £92 ici

SUPERSTITCH

Nouveau projet excitant proposé par Arthur, le fondateur de Superstitch qui pousse le concept encore plus loin. Le LR44 '40s WW2 Five Pocket Denim reproduit volontairement les imperfections des jeans militaires des années 1940 : coutures irrégulières, fils qui dépassent et rivets manquants, fidèles aux modèles d’époque. Il est confectionné en denim 13,2 oz, tissé sur un métier à navette Toyoda G3.

Prix : 380 € ici

Les chaussures que j’ai le plus porté ces 4 derniers mois

Si je devais ne retenir qu’une seule paire de chaussures que j’ai le plus portée ces derniers temps, ce seraient sans hésitation les Woodford Desert Boots de Crown Northampton.

En termes de forme, confort, résistance, style et polyvalence, c’est vraiment une paire que l’on recommande à 200 %. Clairement, elle mérite l’investissement : pour ceux qui se demandent, oui elle coûte deux fois le prix d’une paire de Clarks. Mais honnêtement, elle les vaut.

Elles sont disponibles ici.

L’autre jour, on est tombé par hasard sur des photos de cette même paire en cuir Chromexcel Horween marron sur le substrack Vacations On. Surprise : le cuir est beaucoup plus foncé que sur les photos du site Crown, et le rendu est vraiment séduisant.Avec l’hiver qui approche, cette version cuir semble parfaitement adaptée.

Le cuir suede de ma paire ci-dessus est superbe, très souple et agréable à porter, mais il est sans doute moins pratique pour la saison hivernale. Pour ceux qui veulent une paire durable et élégante, le cuir Chromexcel pourrait être un choix plus judicieux.

En résumé : si vous cherchez des desert boots qui combinent élégance, confort et robustesse, ne cherchez plus. Ces Woodford Desert Boots sont un vrai coup de cœur.

Elles sont disponibles ici.