Pantalon : avec ou sans revers ?

Un revers de pantalon (aussi appelé bas à revers) est une finition du bas du pantalon consistant à replier vers l’extérieur une portion du tissu, puis à la fixer par une couture.
Contrairement à l’ourlet classique — où la longueur excédentaire est repliée à l’intérieur — le revers laisse volontairement apparent ce repli de tissu.

Techniquement, il s’agit d’une bande horizontale, régulière, formée par le retour du tissu.
Sur un pantalon de costume, sa hauteur est généralement comprise entre 4 et 5 cm, parfois un peu plus sur les coupes italiennes ou les tissus épais.

Ce détail a plusieurs fonctions :

  • Fonction structurelle : le revers ajoute du poids au bas du pantalon, ce qui améliore la tenue, évite que le tissu flotte et aide à obtenir une ligne plus nette

  • Fonction esthétique : il crée un cadre visuel au bas de la jambe, renforçant l’allure classique du pantalon

  • Pratique : il offre une réserve de tissu utilisable en cas de réparation.


On le voit surtout sur les pantalons de costume, mais aussi sur certains chinos et sur des tissus plus lourds où il apporte un bon équilibre visuel.

 
 

Pour revenir sur le troisième point, un tailleur m’avait raconté une anecdote à ce sujet.

Il me disait qu’il faisait systématiquement un revers sur ses pantalons de costume, non pour le style, mais pour anticiper l’usure.
Quand le pantalon finissait par se trouer — généralement à l’entrejambe, là où les frottements sont les plus forts — il décousait simplement le revers et utilisait ce supplément de tissu pour renforcer ou refaire la zone abîmée.


Un moyen simple et malin de prolonger la durée de vie du pantalon.

Ce n’est pas un hasard si, autrefois, on conseillait presque toujours de faire deux pantalons pour un costume : le pantalon s’use beaucoup plus vite que la veste.

Le revers peut participer à cette même logique : prévoir un peu plus de matière pour faire durer la pièce.

Drake's Lookbook AW25

Nous publions aujourd’hui le lookbook hivernal 2025 de Drake's comme référence d’archives pour ceux qui voudront y revenir dans quelques années.
Les superpositions des différentes pièces du vestaire Drake’s fonctionnent à merveille : chemises en flanelle, pulls en shetland, vestes en corduroy, manteaux à manches raglan en laine et touches de couleur pour animer l’hiver.

Nous le trouvons particulièrement réussi et pertinent pour penser (ou repenser) sa garde-robe d’hiver.

Justo Gimeno à Saragosse : visite de l’atelier et de la boutique

Se vêtir de peu de vêtements mais les bons. C’est une idée que l’on entend souvent ces dernières années, et c’est la seule qui me vient à l’esprit pour résumer la maison saragossane fondée en 1907. Pour s’y rendre depuis Paris, le trajet demande un détour : il n’existe pas de vols directs pour Saragosse à l’heure où j’écris ces lignes. Une escale par Barcelone s’impose, avant d’emprunter le train et découvrir une ville très riche culturellement.

En effet, Saragosse compte deux basiliques, Sainte Engrâce et Notre Dame du Pilier, c’est la ville dans laquelle deux basiliques sont le plus proches, Rome ne fait pas mieux ! Haut lieu de la chrétienté, c’est sur un pilar – un pilier – qu’apparue la Vierge à l’apôtre Jacques le Majeur en 40 ap. J.-C. Cette colonne est toujours visible et « touchable » au sein de la deuxième basilique citée. Si Saragosse se veut être un haut lieu de la chrétienté, surtout en Espagne, c’est aussi une ville qui compte quelques tailleurs et boutiques sur le vêtement masculin. Voici donc ma visite au sein de la boutique et l’atelier qui a su imposer la veste Teba dans l’Europe et le monde.

Un atelier intimiste

Je suis accueilli au pied de mon hôtel par Justo Gimeno en personne, fils de Justo Gimeno père, toujours élégant et taulier de la boutique. Justo fils s’occupe plutôt de l’atelier familial, qui se situe en périphérie de la ville. Je suis tout de suite frappé par la gentillesse extrême de Justo, qui s’est proposé de me conduire d’abord à l’atelier puis à la boutique, située sur la Gran Via, en plein centre.

Quel bonheur extrême que de découvrir l’atelier d’une marque que je porte depuis presque 10 ans ! J’ai aussi eu le plaisir de rencontrer enfin Asun Flores, responsable clients et comptabilité à l’atelier, avec laquelle je suis en lien depuis tant d’années et qui répond favorablement à chacune de mes demandes de photos pour « voir les nouveaux tissus disponibles ».

La première chose qui me frappe est la grandeur de l’atelier, bien qu’il n’y ait pas beaucoup de personnel – trois personnes le jour de ma visite – l’endroit regorge de tissus et de vestes rangées sur des portants.

Les tissus justement… Justo m’explique que la marque propose les plus beaux tissus existants, mais que bon nombre de clients, tout comme votre serviteur, ont pour habitude de leur adresser les tissus directement à l’atelier afin de réaliser leur Teba ou commande spéciale.

Encore aujourd’hui, les patronages et les tissus sont coupées à la main. Hormis dans les ateliers sur-mesure, c’est très rare de nos jours de couper tous les tissus à la main. C’était une vraie surprise. Tout est fait sur place hormis la grosse partie de la confection qui est réalisée dans d’autres petits ateliers. Seuls les prototypes sont produits dans l’atelier que j’ai visité.

Ce jour-là, mon choix s’est porté sur plusieurs tissus. Deux tissus Brisbane Moss en gabardine de coton de couleur bleu marine et vert olive, un tissu en Harris Tweed et un seersucker bleu. Le Brisbane Moss bleu marine a été choisi pour ensuite réaliser un pantalon – que Justo Gimeno ne propose pas – mais que j’ai fait réaliser auprès de Swann à Paris. Le Brisbane Moss vert olive était pour une Teba, tout comme le Harris Tweed, alors que le seersucker bleu était pour un autre pantalon, toujours via Swann à Paris.

Le choix a été très long mais grâce aux conseils de Justo, mes sélections allaient s’avérer très fructueuses.

En effet, j’ai toujours réalisé des Tebas en mesure à distance. J’envoyais les mesures désirées à l’atelier tout en précisant le tissu retenu. Environ un mois plus tard, je recevais ma Teba. Si vous souhaitez passer commande d’une veste Teba, n’hésitez pas à nous écrire en commentaire afin que nous vous indiquions la marche à suivre.

Justo m’explique que la veste Teba a beaucoup changé depuis un siècle. Aujourd’hui, bon nombre de partenaires réalisent par son biais des vestes comme de véritables créations : quatre poches, une fente dans le dos, un col à rabat… Justo Gimeno peut tout faire. Évidemment, tout l’attrait de la maison est, pour moi, ce col si caractéristique sans crans de revers. La veste Teba est avant tout une veste de chasse, certains en Espagne la nomment « la Tiradora », bien qu’aujourd’hui complètement urbanisée.

Justo Gimeno jouit d’une notoriété sans frontières : le Japonais Yamashita Eisuke, derrière le blog Mon Oncle, en est devenu adepte et ambassadeur de la marque au Japon où il la distribue. Il est très intéressant de voir qu’aujourd’hui la « chaqueta Teba » a conquis pléthore d’hommes. J’aime savoir que la veste que je porte a été fabriquée dans un atelier à taille humaine. J’aime aussi l’idée de savoir que j’ai eu la chance de rencontrer l’artisan qui a fabriqué mes vestes. D’ailleurs, ce jour-là, je portais une Teba en Harris Tweed, une veste qui retournait aux sources en quelque sorte.

Je demande à Justo de retracer l’histoire de sa famille, c’est là que j’apprends que son grand-père a fait ses armes à Londres dans l’atelier Burberry où il a appris à réaliser des trenchs. D’ailleurs, durant la Première Guerre mondiale, la maison Justo Gimeno confectionnait des habits militaires, notamment des trenchcoats pour les armées anglaises et françaises.

La richesse historique de la marque ne s’arrête pas là, en effet, Justo me précise que la maison distribuait des manteaux pour le magasin Old England à Paris. Des modèles que l’atelier est tout à fait en mesure de recréer et que la boutique distribue pour certains.

Une boutique espagnole au flair anglais

Après la visite de l’atelier, Justo me conduit à la boutique. Mais avant la visite de cette dernière, Justo s’arrête et me demande : « veux-tu goûter la meilleure tortilla du monde ? », je lui réponds avec plaisir et il m’emmène dans une rue adjacente à la boutique où nous franchissons le pas de la porte d’une taperia où j’engloutis en effet « la meilleure tortilla du monde ».

Rassasié, Justo me présente son père, Justo, et son frère cadet, Gabriel, responsable de la boutique. Gabriel est un ancien toreador, il a troqué son mantel pour une Teba, il veille aujourd’hui sur la boutique avec son père.

Dans celle-ci, je découvre des vestes Tebas en prêt-à-porter, commençant à la taille 44, aux tissus multiples. La Teba « authentique » serait celle en jersey, toujours complètement déstructurée, que porte Justo sur les épaules ce jour-là. Je me prends au jeu d’essayer plusieurs Teba, en laine, lin, coton… la collection est sans fin.

Ce qui m’attire tout de même dans la boutique est l’offre très vaste et variée de vêtements anglais : Drake’s, Joseph Cheaney et Alan Paine notamment. Trois marques difficilement trouvables en France mais dont Justo Gimeno est le distributeur officiel en Espagne. C’est d’ailleurs lui qui a fait connaître Drake’s sur la péninsule ibérique. Michael Hill, le directeur artistique de la marque, est un ami. D’ailleurs, la boutique a un air de Drake’s, ou devrai-je plutôt dire l’inverse…

Je ne peux résister à essayer un pull en poil de chameau d’Alan Paine. Je suis étonné et agréablement surpris de voir les vêtements proposés : manteaux longs, imperméables, cravates, gants, chaussures… Justo me confie que la plupart de ses clients sont pour beaucoup étrangers de nos jours. Les jeunes espagnols ne sont plus si intéressés par des vêtements et un savoir-faire centenaire.

Plus j’explore la boutique, plus je note qu’elle est très colorée. Sur des mannequins, des assemblages de tenues qui paraissent « importables » mais finalement tout est précis, tout fonctionne. C’est un peu cela « l’esprit » Justo Gimeno : passion, not fashion.


Quelques images supplémentaires pour finir.

Sur l’histoire des poches⎜Pourquoi les vêtements pour hommes ont-ils autant de poches et ceux pour femmes si peu ?

On parle souvent du vêtement pour sa silhouette, sa coupe, son tissu. On parle moins des poches. Pourtant, ce que l’on garde dans une poche dit beaucoup de nous : nos besoins, nos habitudes, ce qu’on juge essentiel, et la manière dont on se déplace au quotidien.

 
 

Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close

Je n’ai pas encore lu le livre d’Hannah Carlson, mais j’ai visionné l’une de ses conférences. Elle montre que la poche n’a jamais été neutre. Pendant longtemps, les vêtements n’avaient pas de poches cousues. On gardait l’essentiel dans des bourses attachées à la ceinture, ou dans de petits sacs glissés sous les couches de vêtements.

La poche intégrée aux vêtements apparaît dans la mode masculine entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle. Les hommes ont progressivement eu des poches intégrées, accessibles, nombreuses.

Chez les femmes, l’histoire est différente. Elles portaient des poches séparées (petits sacs), nouées à la taille, sous la jupe. Pratiques et invisibles. Elles ont vu ces poches disparaître au XIXᵉ siècle avec les silhouettes plus ajustées. Les sacs portés à la main prennent alors le relais.
Mais la différence est nette : une poche permet de partir avec ses affaires sur soi, sans ajout. Sans poches, on doit les transporter autrement.

Un espace intime

Hannah Carlson insiste sur un point essentiel : la poche est intime. On y met ce qu’on ne veut pas perdre. On y dissimule parfois un secret. C’est un espace invisible pour les autres, mais très présent pour soi. Une poche, c’est une micro-pièce personnelle, déplacée avec le corps. Elle crée un lien physique entre l’individu et ses objets.

Carlson raconte aussi les gestes. Glisser la main dans sa poche peut sembler anodin, mais ce geste a longtemps porté des significations. Confiance, décontraction, parfois insolence selon l’époque et le contexte. La poche, comme le col de chemise ou la longueur du pantalon, participe d’un langage silencieux.

Aujourd’hui, on vit avec moins d’objets, mais plus concentrés : un smartphone remplace la montre, le carnet, le portefeuille, la carte, le ticket. Pourtant, la poche reste. Elle continue d’être ce lieu discret, prêt à accueillir un objet minuscule mais important : une clé, un ticket de métro, un briquet, une bague, un morceau de papier plié sans explication.

Si vous voulez en savoir plus, on vous conseille de visionner la vidéo en fin d’article.

Ou de lire son livre, visible ici sur Amazon.


Traduction Google de la 4ème de couverture de son livre Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close.

Qui a droit à des poches, et pourquoi ?

C'est un sujet qui suscite de vives réactions : pourquoi les vêtements pour hommes ont-ils autant de poches et ceux pour femmes si peu ? Et pourquoi les poches des vêtements féminins sont-elles souvent trop petites pour y glisser un téléphone, quand elles s'ouvrent ? Dans son ouvrage captivant, Hannah Carlson, maître de conférences en histoire du vêtement à la Rhode Island School of Design, dévoile les enjeux liés au genre, à la sécurité, à la sexualité, au pouvoir et aux privilèges qui se cachent derrière nos poches.

Au Moyen Âge en Europe, la bourse était un accessoire vestimentaire quasi universel. Mais lorsque les tailleurs ont cousu les premières poches aux pantalons pour hommes il y a cinq cents ans, cela a déclenché une controverse et soulevé toute une série de problèmes sociaux auxquels nous sommes encore confrontés aujourd'hui, du port d'armes dissimulé aux inégalités entre les sexes. Voir : #GiveMePocketsOrGiveMeDeath.

Richement illustrée, cette micro-histoire de la modeste poche révèle ce qu'elle dit de nous : comment se fait-il que mettre les mains dans ses poches puisse être perçu comme un signe de paresse, d'arrogance, de confiance en soi, voire de perversion ? La photographie de Walt Whitman, main dans la poche, pour son recueil « Feuilles d'herbe », semblait une insulte à la respectabilité bourgeoise. Lorsque W.E.B. Du Bois posa pour un portrait, ses mains dans les poches symbolisaient une désinvolture assumée.

Et que recèle encore l'histoire de nos poches ? (Ce n'est pas un hasard si le contenu des poches d'Abraham Lincoln est l'exposition la plus populaire de la Bibliothèque du Congrès.) Tourné vers l'avenir, Carlson s'interroge : aurons-nous encore besoin de poches lorsque nos vêtements intégreront des textiles « intelligents » contenant nos papiers d'identité et nos cartes bancaires ? «

 Pockets » s'adresse aux innombrables personnes fascinées par les poches et leur absence, ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent à l'influence de nos vêtements sur notre rapport au monde.


Sources pour aller plus loin

Livre :
Hannah Carlson, Pockets: An Intimate History of How We Keep Things Close, Algonquin Books, 2023.

Articles :

Référence muséale :
Victoria and Albert Museum (V&A), “Tie-on pockets (18th–19th century)”.
https://www.vam.ac.uk/articles/a-brief-history-of-pockets

Yuhei Yamamoto et Pierre Mahéo dans la série « Five Fits With »

Deux nouveaux portraits dans la série « Five Fits With »

Esquire poursuit sa série « Five Fits With » où créateurs et personnalités du monde de la mode et de la musique présentent cinq tenues emblématiques de leur style. Après en avoir déjà parlé sur Les Indispensables Paris (lire ici), on retient cette fois deux nouvelles figures : Yuhei Yamamoto et Pierre Mahéo.

Yuhei Yamamoto – Tailor Caid

À Tokyo, Yuhei Yamamoto perpétue un tailoring inspiré de l’Ivy League - chez Tailor Caid, sa marque. L’entretien publié par Esquire (lire ici) montre un artisan attaché à la fidélité de sa clientèle, loin de toute recherche de croissance rapide.

Pierre Mahéo – Officine Générale

Ses cinq tenues présentées dans Esquire sont à voir ici. On aime particulièrement la veste de travail noire qu’il porte dans sa 3ème tenue — une pièce deadstock des années 1950 en moleskine, retrouvée presque neuve — ainsi que ses Weston, modèle Cambre.
Son uniforme idéal : tee-shirt blanc, jean vintage et blazer bleu marine.

Photos Christopher Fenimore

Pulls Marin - Deux marques françaises peu connues

C’est le salon Made in France week-end. À ne pas confondre avec celui destiné aux professionnels de la mode qui se tient dans le centre de Paris au Carreau du Temple, près de République, au printemps.

Quand on parle de pulls marins en France, on pense immédiatement à Saint James ou Le Minor. Ces deux noms occupent l’essentiel du paysage, on sait où ils sont fabriqués et comment ils travaillent.
À côté, il existe des marques plus discrètes, moins visibles, qui produisent dans les mêmes régions et avec la même logique, mais dont on ne parle presque jamais.

Voilà pourquoi on voulait évoquer Baie des Caps et Carrick, deux marques qui peuvent passer complètement sous le radar.

Le fil et le montage : le point commun des pulls marins made in france

Les marques de pulls marins français se ressemblent souvent. Et pour cause : elles travaillent généralement avec le même fil.

La plupart utilisent un fil de laine vierge peignée provenant de chez Schoeller (Schoeller Wool / Schoeller Spinning Group). Il n’existe d’ailleurs plus en France de filature de laine peignée.

Car historiquement, les pulls marins produits pour la Marine nationale répondaient à un cahier des charges strict, inspiré des normes AFNOR G07-010 et G07-012, qui régissaient les fils de laine destinés aux tricots d’uniforme.
Ces textes imposaient l’usage de pure laine vierge peignée, un fil dense et régulier à deux brins (titrage autour de Nm 28/2 à 32/2), tricoté en côtes serrées.

Quand Carrick précise que sa laine est autrichienne, on comprend qu’elle vient de Schoeller. Chez Baie des Caps, les cartons visibles en atelier confirment la même provenance.

 

capture ecran instagram baiedescaps.com

 

La laine vierge peignée utilisée pour les pulls marins présente plusieurs avantages techniques. Le peignage aligne les fibres et élimine les plus courtes, ce qui donne un fil plus régulier, plus dense, et moins sujet au boulochage qu’une laine cardée. Tricotée serrée, elle garde une bonne tenue dans le temps, ne se déforme pas facilement et supporte des usages répétés.

C’est ce qui permet au pull marin d’avoir une surface lisse, une sensation légèrement sèche au toucher (aussi de part sa nature, une laine ordinaire), et une résistance réelle à l’usure quotidienne.

Le montage est lui aussi, dans l’ensemble, assez similaire : des pièces tricotées en panneaux puis assemblées en coupé-cousu.
La différence se joue souvent au niveau du col. Chez certains comme Le Minor ou Saint James, il peut être remaillé, c’est-à-dire repris maille par maille pour assurer une jonction plus nette.

Baie des Caps

Baie des Caps travaille à Beaussais-sur-Mer, dans les Côtes-d’Armor, et fait partie des plus petits ateliers de tricotage encore en activité en France. Il est d’ailleurs possible de le visiter.

La marque fait aussi partie des très rares à proposer la personnalisation d’un pull marin.
On peut choisir la couleur, le type de col, parfois les rayures, et ce choix est intégré au moment du tricotage, dans l’atelier.

Dans l’univers du pull marin français, c’est quasiment unique.

On aime particulièrement leur pull col rond autour de 135 €. La coupe est droite, simple, et tricotée en 100 % laine, celle dont on parlait précédemment. Le bord côte du bas rend le pull très simple et facile à porter. Moins moulant aussi qu’un traditionnel pull marin - sans bord côte en bas.

Il est visible ici.

Carrick

Carrick propose également des pulls marins fabriqués en Bretagne (mais sans plus de détails sur l’atelier de fabrication), avec une construction classique, celle évoquée précédemment : tricot en panneaux puis assemblage coupé cousu.
La marque est historiquement liée au monde su scoutisme. Ce sont donc des pièces prévues pour être portées en extérieur, en camp ou en sortie.

Ce qui nous intéresse : Carrick propose sans doute l’un des pulls marins fabriqués en France les plus accessibles en prix. Comme pour le pull Baie des Caps, on aime sa coupe droite et le bord côte du bas.

Prix pour la taille M : 80€.

Il est visible ici.

Où sont fabriqués les pulls Shaggy Dog de J.Press ?

On pensait tout savoir du Shaggy Dog, ce pull brossé emblématique de J. Press. L’histoire semblait établie, y compris celle de sa fabrication : le mystère entourant son origine écossaise paraissait levé comme on l’avait évoqué dans un précédent article. C’est pour cette raison qu’on a été surpris, en parcourant récemment le site de John Simons, de découvrir des Shaggy Dog venus du Japon.

John Simons, boutique londonienne étroitement liée à la diffusion du style Ivy en Europe, propose en effet une sélection de pièces issues de la ligne Made in Japan de J. Press. Rien d’étonnant jusque-là : cette collection existe depuis plusieurs années. On a surtout été surpris d’y voir des pulls Shaggy Dog – nous qui pensions qu’ils étaient encore exclusivement produits en Écosse. En regardant de plus près les photos, un détail attire l’attention : sur l’étiquette du modèle gris, on distingue la mention made by Yonetomi.

Le nom ne nous est pas inconnu. Yonetomi Seni Co. est une usine japonaise de tricot fondée à Yamagata dans les années 1950. On en a déjà parlé ici, à propos de sa marque en propre Coohem. On retrouve aussi Yonetomi derrière une réédition d’un mythique pull Aran, évoquée dans cet autre article.

Finalement, ce n’est pas si surprenant de voir J. Press faire appel à Yonetomi pour sa collection japonaise. Ce n’est pas une simple usine pourrait-on dire. Leur « Rigid Cashmere Sweater » en est un exemple manifeste. C’est un pull où le fil de cachemire y est fortement torsadé pour obtenir une maille dense et résistante à la main très sèche, loin de la douceur molle qu’on associe souvent à cette fibre.

Quant aux différences entre ces Shaggy Dog japonais et leurs homologues écossais, la question reste ouverte.

Images John Simons.

Le retour discret de Bulova

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Fondée à New York au début du XXᵉ siècle, Bulova reste l’une des rares marques horlogères américaines présentes à l’international. Connue pour ses innovations et pour un bon rapport qualité-prix, la marque parle à ceux qui cherchent une montre solide et simple à porter.

La Caravelle Sea Hunter

Sous le label Caravelle, Bulova propose la Sea Hunter Diver.
Cadran lisible, lunette tournante, boîtier acier : on retrouve les codes des plongeuses des années 1970. Elle fait partie des options les plus accessibles dans cette catégorie, mais elle reste difficile à trouver en dehors de quelques rares boutiques spécialisées.

Prix : 327€
Disponible ici.

Alternative trouvée sur Amazon à ce prix ? Ici avec cette Orient Kamasu.


D’autres modèles de Bulova sont plus faciles à dénicher, via Amazon France notamment.

En voici 5 :

Bulova 98A266 Automatic
Cette Bulova reprend le dessin d’une montre militaire conçue dans les années 1950 pour la marine américaine. Elle associe un boîtier acier de 41 mm, un cadran noir mat et un indicateur d’humidité inspiré du modèle d’origine. Cet élément changeait de couleur si de l’eau s’infiltrait dans le boîtier, afin d’alerter le porteur que la montre n’était plus parfaitement étanche.

Sur la 98A266 moderne, cette fonction est symbolique : l’indicateur est présent pour le design, mais n’est plus actif.

Animée par un mouvement automatique Miyota et étanche à 200 m, elle reste une montre solide et lisible pour un usage quotidien.
Prix indicatif : environ 500 €
Disponible ici : Bulova 98A266 Automatic

Bulova 96B344 Oceanographer
Inspirée des plongeuses des années 1970, l’Oceanographer combine un cadran noir profond, une lunette contrastée et un mouvement automatique robuste. Une pièce sportive mais équilibrée.
Prix indicatif : environ 600 €
Disponible ici : Bulova 96B344 Oceanographer

Bulova 98A282 Automatic
Un modèle plus abordable, équipé d’un mouvement automatique visible par le cadran. L’esthétique est plus moderne, avec un boîtier acier et un cadran bleu qui capte bien la lumière.
Prix indicatif : environ 320 €
Disponible ici : Bulova 98A282 Automatic







Bulova 98C139 Computron
Réédition d’un modèle numérique des années 1970, la Computron affiche l’heure en LED rouges sur le côté du boîtier. Un objet singulier, à mi-chemin entre montre et gadget design.
Prix indicatif : environ 370 €
Disponible ici : Bulova 98C139 Computron







Bulova 98A255 Archive Military
Inspirée des montres de dotation américaines, cette version reprend un cadran beige mat, des aiguilles noires et un boîtier compact de 38 mm. Simple, fonctionnelle, lisible.
Prix indicatif : environ 250 €
Disponible ici : Bulova 98A255 Military








Saphir - Visite de l’entreprise qui produit les meilleurs cirages au monde

Spahir

Le champion du cirage Made in France

Saphir, l’héritage du cuir français

L’histoire du cirage est indissociable de celle du cuir. Dès le Moyen Âge, les artisans tanneurs et cordonniers préparent des mélanges à base de cire pour nourrir, protéger et faire briller les chaussures. Les saints Crépin et Crépinien, patrons des cordonniers, symbolisent ce lien ancien entre le travail de la main et la matière.

Au XVIIIᵉ siècle, les premières recettes de cirage apparaissent : suif, huile, noir de fumée et térébenthine. Ces mélanges, encore instables et odorants, deviennent plus raffinés au siècle suivant. Les progrès chimiques permettent d’obtenir des pâtes plus homogènes, tandis que les guerres accélèrent leur diffusion : les armées entretiennent leurs bottes, les industriels perfectionnent la formule. En France, Alexis Godillot équipe les soldats de Napoléon et son nom deviendra synonyme de chaussure solide — les fameux « godillots ».

Avec l’industrialisation, la fabrication du cirage prend une autre dimension. L’apparition de la boîte en fer-blanc à la fin du XIXᵉ siècle change tout : plus pratique, plus résistante et mieux conservée que les pots en verre, elle permet la production à grande échelle. En 1889, près de trente millions de kilos de cirage sont fabriqués en Europe, dont les deux tiers en France. De Faverges à Lyon, des ateliers comme Jacquand ou Berthoud expédient leurs boîtes dans le monde entier.

C’est dans ce contexte que naît Saphir, en 1920. Fondée par la famille Destagnol, la marque s’impose rapidement comme la référence du soin du cuir. Récompensée à l’Exposition universelle de Paris en 1925, elle exporte jusqu’à New York dès les années 1950. Sa célèbre Pâte de Luxe se distingue par sa composition à base de cire d’abeille et d’essence de térébenthine, qui nourrit le cuir sans l’étouffer et lui donne une brillance profonde.

Dans les années 1970, Saphir est reprise par Avel, fondée peu avant par Alexandre Moura. L’entreprise familiale, installée à Magnac-Lavalette, redonne vie à la marque et perpétue une fabrication 100 % française. Aujourd’hui dirigée par Marc Moura, la société produit l’ensemble des gammes Saphir — dont la prestigieuse Médaille d’Or, plébiscitée par les bottiers, les cordonniers et les amateurs de beaux souliers.

 
 

Les produits Saphir Médaille d’Or conviennent particulièrement bien aux cuirs peu couverts, c’est-à-dire ceux dont la finition laisse encore respirer la fleur (aniline, semi-aniline, box-calf, veau pleine fleur…). Ces cuirs absorbent mieux les cires et les huiles naturelles, et bénéficient pleinement de la richesse des formules.

La gamme Saphir Beauté du Cuir propose quant à elle une palette de couleurs beaucoup plus large et une offre de produits plus étendue, notamment pour l’entretien de la maroquinerie.

 

1925 - Saphir reçoit la Médaille d’Or (à gauche)

 

À Magnac-Lavalette, dans les ateliers Saphir

J’ai eu la chance de visiter l’usine Avel, où la plupart des recettes historiques sont encore utilisées pour la préparation des formules.

La visite commence par le showroom, espace calme où sont présentées les différentes marques du groupe. On y mesure l’étendue de leurs collaborations : plusieurs produits d’entretien ont été développés pour des maisons comme Crockett & Jones, Cheaney ou Longchamp. Chaque marque dispose de ses teintes ou finitions propres, conçues dans le laboratoire voisin.

Sur les étagères, entre les pots de cirage et les présentoirs de brosses, j’ai aussi remarqué plusieurs paires d’embauchoirs en bois clair. Ils proviennent de Perfecta, l’entreprise du groupe Avel installée près de Limoges, spécialisée dans la fabrication d’embauchoirs et de formes en hêtre ou en cèdre. Leur présence rappelle que le soin du cuir ne s’arrête pas aux produits d’entretien : il prolonge jusqu’à la conservation de la forme du soulier.

L’entrepôt

Juste à côté du showroom, l’entrepôt abrite les produits finis prêts à être expédiés. Des palettes de boîtes de cirage, de crèmes, de lotions et d’aérosols y sont rangées par gammes et par couleurs. L’espace, récent et lumineux, répond aux normes de sécurité les plus strictes, nécessaires à une activité qui utilise des solvants et des gaz propulseurs. L’organisation est rigoureuse : chaque lot est identifié, contrôlé, puis préparé pour les commandes des boutiques et des distributeurs en France comme à l’international.

L’atelier de production (LA CUISINE)

Un autre bâtiment, à quelques mètres de l’entrepôt, concentre l’activité la plus vivante de la visite. C’est là que les cires, les pigments et les solvants sont assemblés pour donner naissance aux crèmes et pâtes Saphir. L’atmosphère y est dense, rythmée par les mouvements des cuves et le bruit sourd des mélangeurs. Les odeurs sont caractéristiques : à la fois agréables par leur côté résineux et cireux, mais parfois fortes, rappelant que l’on travaille ici des matières volatiles.

J’ai pu observer la préparation de la Crème de cirage Saphir Médaille d’Or 1925. Les cires d’abeille, de carnauba et de montan y sont fondues puis mélangées à des solvants et des pigments colorants. La formule ne contient pas d’eau ; elle reste dense et stable, pensée pour nourrir le cuir tout en assurant une brillance durable.

C’est sans doute la partie la plus fascinante de la visite : on y voit la matière devenir produit.

Ci-dessus, de la cire d’abeille à gauche (la plus claire possible pour les cirages incolores) et de la cire de carnauba à droite. Cette dernière est souvent associée à la cire de montan : c’est elle qui favorise la brillance et rend possible le glaçage des chaussures.

 

Le laboratoire

Le laboratoire se trouve également à l’étage du bâtiment principal. Le lieu, calme et lumineux, contraste avec l’agitation de l’atelier.

C’est ici que les formules sont mises au point et ajustées. Les techniciens y testent la texture, la brillance et la tenue des produits, en fonction des cuirs et des pigments. On y travaille à la fois sur la reproduction des recettes historiques et sur des développements plus récents, comme des formules sans PFAS, conçues pour offrir des performances comparables aux compositions traditionnelles.

C’est aussi dans ce même espace que sont définies les teintes sur mesure destinées aux clients : certaines exigent une nuance de marron ou de bordeaux très précise, adaptée à un modèle particulier.

Chaque nouveau lot de production est prélevé et conservé sur place, afin de pouvoir être analysé en cas de contrôle ou de réclamation.

Dernière étape : la mise en pot. Les mélanges de cires et de pigments, chauffés et homogénéisés dans de grandes cuves, sont versés encore chauds dans les pots de verre destinés à la gamme Médaille d’Or.

Vient ensuite une phase de refroidissement contrôlé, qui permet à la cire de se figer lentement et d’obtenir la texture finale. Une fois refroidie, chaque boîte est fermée, étiquetée et triée avant d’être acheminée vers l’entrepôt.

Cette phase est peut-être la plus visuelle durant la visite : on suit l’évolution de la matière, de liquide chaud à solide stable, puis vers le produit fini.

Quelques mots pour finir. On oublie souvent que le leader mondial des produits d’entretien pour chaussures haut de gamme se trouve en France. Les plus grandes maisons de chaussures et de maroquinerie utilisent ces produits, élaborés ici, à seulement quelques heures de Paris. Un siècle après sa création, Saphir continue de faire briller les souliers comme un morceau de patrimoine.

Ce fut un plaisir de visiter cette entreprise et de pouvoir en raconter les coulisses.

WAR DENIM - Les jeans pendant la seconde guerre mondiale

En passant chez Junku l’autre jour, je suis tombé sur le livre WAR DENIM 神格化された「大戦モデル」を解読する. Le titre m’a tout de suite fait penser au dernier jean d’Arthur, de Superstitch, dont on parlait dans notre précédent article.

 
 

Le livre, signé Mitsuhiro Aota, s’intéresse aux “modèles de guerre” produits pendant la Seconde Guerre mondiale — ces jeans et vêtements de travail simplifiés à cause du rationnement. Rivets supprimés, poches redessinées, coutures simplifiées : tout est pensé pour économiser la matière. Ce qui, ironiquement, a donné naissance à des pièces devenues aujourd’hui mythiques.

Aota replace ces modèles dans leur contexte industriel et politique. Il s’appuie sur des archives et des documents d’époque pour montrer comment une contrainte logistique a fini par définir une esthétique. Même sans lire le japonais, le livre se feuillette facilement : les photos sont nombreuses et détaillées, montrant tissus, étiquettes et coutures avec un niveau de précision rare.

Dommage tout de même qu’il n’existe pas encore de version anglaise (ou française) — le contenu mériterait d’être lu au-delà du Japon.

 
 

À ce jour, aucun média denim anglophone n’en a parlé en détail (on a longuement cherché) — seuls quelques membres du forum Superfuture partagent des extraits traduits et souligne la qualité du contenu.

Pour ceux qui aiment fouiller dans les origines du workwear, WAR DENIM est un très bel objet, à la fois visuel et documenté. Une référence utile pour mieux comprendre ce que Superstitch, ou d’autres marques japonaises, cherchent à réinterpréter aujourd’hui.

Le livre WAR DENIM est disponible sur Amazon Disponible ici.

Why Bespoke Savile Row Suits Are So Expensive

Après avoir évoqué dans un précédent article le documentaire de la BBC consacré à Savile Row ici, on revient aujourd’hui sur la célèbre rue londonienne à travers un format plus récent : Why Bespoke Savile Row Suits Are So Expensive, produit par Insider Business dans sa série So Expensive.

Le court reportage suit Kathryn Sargent, première femme maître-tailleur de Savile Row, dans son atelier éponyme. En une douzaine de minutes (oui la vidéo est courte), il détaille la fabrication complète d’un costume deux pièces sur mesure — de la première consultation au repassage final.

Bespoke Shoes in Europe & Japan – le regard de Daisuke Yamashita sur la cordonnerie contemporaine

J’étais déjà tombé sur le compte Instagram de Daisuke Yamashita lors de mes recherches pour un article consacré à l’une des tricoteuses britanniques les plus reconnues, Máirín Thomáis Uí Dhomhnaill (voir l’article ici). Il l’avait rencontrée en Irlande et l’avait filmée quelques secondes en train de travailler. Une belle illustration de l’attention qu’il porte aux savoir-faire exceptionnels et à celles et ceux qui les perpétuent.

Un observateur des ateliers

Daisuke Yamashita est l’un des rares à avoir visité autant d’ateliers de cordonnerie et de bottiers, en Europe comme au Japon.

Journaliste et photographe, il documente depuis plusieurs années ces métiers à travers ses voyages et son blog, suivi par un public restreint mais passionné d’artisanat et de chaussures sur mesure.

Je n’ai pas encore lu son nouveau livre numérique, Bespoke Shoes in Europe & Japan – Study Report, mais son approche et les retours qu’il suscite donnent envie de s’y plonger. Publié en anglais, il est disponible sur Amazon au format e-book pour environ 9 €.

L’auteur y propose une lecture accessible, dans un anglais simple (qu’il décrit lui-même comme approximatif), accompagnée de nombreuses photographies prises au fil de ses visites.

Un tour d’horizon des écoles et des gestes

Le livre présente d’abord les principales écoles européennes de cordonnerie – britanniques, françaises, italiennes ou allemandes – et leurs approches respectives du soulier sur mesure. Yamashita décrit ensuite les étapes de fabrication : le dessin des formes, les types de coutures, les montages, ou encore les choix de matériaux. L’ensemble est ponctué d’essais et de notes plus personnelles sur les artisans rencontrés.

Les images, prises sans mise en scène et probablement avec son téléphone, montrent les gestes au travail : formes en bois, coutures Goodyear, ateliers aux outils patinés. Loin d’un livre de luxe, Bespoke Shoes in Europe & Japan ressemble davantage à un carnet de terrain, précis et sincère, où l’auteur cherche à comprendre plutôt qu’à célébrer.

Un pont entre deux traditions

Yamashita poursuit ici ce qu’il a entrepris depuis plus d’une décennie : relier les savoir-faire européens et japonais, et témoigner de leur vitalité. Ce rapport d’étude, modeste dans sa forme, prolonge ce travail d’observation, avec un regard attentif sur la diversité des pratiques et ce qu’elles s’apportent les unes aux autres.

Bespoke Shoes in Europe & Japan – Study Report est disponible sur Amazon Kindle.

Une lecture à découvrir pour ceux qui s’intéressent à la fabrication du soulier et aux gestes qui la façonnent.


Goral x Garmsville Deck Shoe

Note : À notre demande, Goral ont accepté de nous envoyer la paire que vous allez découvrir dans cet article

GORAL x GARMSVILLE

L’essai d’une Deck Shoe renforcée

Comme beaucoup de monde ces dernières années, on adore les baskets en toile que l’on appelle les Deck Shoes. Leur forme, leur légèreté, cette manière de se glisser dans presque toutes les tenues sans effort. Officine Générale les utilise d’ailleurs souvent dans ses lookbooks — des modèles signés Asahi — tant leur ligne incarne une idée simple et juste de la basket en toile.

On aime cette esthétique, mais leur toile fine en coton et leur construction par vulcanisation montre vite ses limites. Ces paires ne survivent que rarement au-delà de trois étés, et deviennent vite inutilisables dès que la météo se dégrade. Sous la pluie, dans le froid, ou pire, quand il neige, elles sont inadaptées.

C’est là que les Goral x Garmsville peuvent être intéressantes.

Nées d’une collaboration entre le chausseur anglais Goral et Jason Jules (Garmsville), elles reprennent cette silhouette basse et discrète, mais avec une conception pensée pour durer bien plus longtemps.

 
 

Une fabrication anglaise soignée

Chaque paire est fabriquée à Sheffield, dans l’atelier Goral, selon un processus entièrement réalisé sur place : découpe, couture, montage et finitions.
Le modèle est conçu sur commande, et passe par plus de 100 étapes avant d’être expédié.

La Garmsville se distingue par sa construction Blake Stitch, une méthode où la semelle est cousue directement à la tige. L’avantage : solidité, souplesse et possibilité de ressemelage. Goral propose d’ailleurs un service Rebuild+ pour restaurer les paires usées — un point rare sur une sneaker.

Plutôt qu’une toile classique, la Garmsville utilise un waxed canvas de chez Halley Stevensons, fabricant écossais connu pour ses cotons cirés. Ce tissu résiste mieux à l’eau, se patine joliment, et conserve une bonne tenue dans le temps.

La toile présente par ailleurs un joli petit motif chevron, discret mais visible de près, qui renforce l’impression de qualité et donne un peu de relief à la surface.

 
 

Autre détail marquant : la bande latérale, souvent en caoutchouc sur ce type de chaussures, est ici en cuir végétal. Elle prendra une patine naturelle, ce qui donne à la paire une allure plus subtile, plus vivante qu’une sneaker standard.

La silhouette repose sur le last G1, un patron légèrement arrondi à l’avant, avec un profil bas et un équilibre entre sport et habillé. C’est une forme simple, bien proportionnée, sans effet de mode.

 
 

Premières impressions

C’est une paire qu’on teste actuellement. La première impression est bonne : confort immédiat, belle tenue du pied, finitions très propres.

Mathieu porte ici un 8,5 UK en Fit Regular, elles lui vont parfaitement. Habituellement il porte du 9 UK donc on dirait qu’elles taillent un peu grand — disons une demi-pointure en plus.

À noter qu’on peut la porter sans lacets — la forme le permet — mais on préfère, de notre côté, la version classique avec lacets, plus ajustée et mieux équilibrée visuellement.

Reste à voir comment la toile cirée évolue avec le temps, si la couture Blake tient bien après plusieurs mois, et si la promesse de durabilité se confirme dans la pratique. Mais on ne se fait pas trop de soucis.

En attendant

Les Goral Garmsville sont proposées autour de £245, faites à la commande et livrées depuis l’Angleterre. Ce n’est pas une paire d’été à user vite, mais plutôt une basket qu’on garde et qu’on entretient.

Pour ceux qui aiment la ligne des Doek mais cherchent quelque chose de plus solide, c’est une piste sérieuse. Le style reste sobre, l’esprit fidèle, mais la construction change tout.


 

Sélection de la semaine

UNIQLO U

Contrairement à ce que j’affirmais dans ce précédent article Les Indispensables Paris, Uniqlo U propose bien cette saison des t-shirts à manches longues 100 % coton.
Tout comme ceux de Allevol, ils présentent une triple piqûre au niveau du col pour plus de solidité. Ils sont disponibles ici.

Prix : 29,90€ ici

MERCHANT FOX

J’avais déjà évoqué la marque Le Tricoteur dans cet article, connue pour ses pulls Guernesey.
Ce Guernsey Woollens × Fox roll neck s’inscrit dans la même tradition, avec une laine 100 % britannique très rustique.

Fabriqué directement sur l’île de Guernesey, il reprend les codes des pulls Guernsey : les deux colonnes en point mousse et le point 2x2 au niveau des emmanchures qui évoque une corde. On aime beaucoup le col roulé à la place du classique col bateau.

Prix : £185 ici


CABAN TACS

Connu avant tout pour ses tissus en laine Casentino, évoqués dans cet article, TACS est sans doute moins connu pour proposer directement des vêtements réalisés dans cette matière.
Une pièce nous plaît beaucoup : ce caban disponible dans la plupart des coloris.

Prix : 230€ ici

CHARLES PLUME

Voilà ce qui semble une bonne entrée dans le monde des vestes waxées : la Charles Plume Wax Cotton Executive Jacket, fabriquée en Angleterre. Elle est uniquement disponible en vert.

La veste est proposée au prix de £92 sur le site Bennevis Clothing. Avec sa coupe droite et ses poches fonctionnelles, elle reste simple et fonctionnelle.

Prix : £92 ici

SUPERSTITCH

Nouveau projet excitant proposé par Arthur, le fondateur de Superstitch qui pousse le concept encore plus loin. Le LR44 '40s WW2 Five Pocket Denim reproduit volontairement les imperfections des jeans militaires des années 1940 : coutures irrégulières, fils qui dépassent et rivets manquants, fidèles aux modèles d’époque. Il est confectionné en denim 13,2 oz, tissé sur un métier à navette Toyoda G3.

Prix : 380 € ici

Les chaussures que j’ai le plus porté ces 4 derniers mois

Si je devais ne retenir qu’une seule paire de chaussures que j’ai le plus portée ces derniers temps, ce seraient sans hésitation les Woodford Desert Boots de Crown Northampton.

En termes de forme, confort, résistance, style et polyvalence, c’est vraiment une paire que l’on recommande à 200 %. Clairement, elle mérite l’investissement : pour ceux qui se demandent, oui elle coûte deux fois le prix d’une paire de Clarks. Mais honnêtement, elle les vaut.

Elles sont disponibles ici.

L’autre jour, on est tombé par hasard sur des photos de cette même paire en cuir Chromexcel Horween marron sur le substrack Vacations On. Surprise : le cuir est beaucoup plus foncé que sur les photos du site Crown, et le rendu est vraiment séduisant.Avec l’hiver qui approche, cette version cuir semble parfaitement adaptée.

Le cuir suede de ma paire ci-dessus est superbe, très souple et agréable à porter, mais il est sans doute moins pratique pour la saison hivernale. Pour ceux qui veulent une paire durable et élégante, le cuir Chromexcel pourrait être un choix plus judicieux.

En résumé : si vous cherchez des desert boots qui combinent élégance, confort et robustesse, ne cherchez plus. Ces Woodford Desert Boots sont un vrai coup de cœur.

Elles sont disponibles ici.

Un t-shirt manches longues en coton qui coche toutes les cases

Note : À notre demande, Allevol ont accepté de nous envoyer le t-shirt que vous allez découvrir dans cet article

 
 

Il y a encore quelques temps, quand je cherchais un t-shirt à manches longues en coton, je regardais du côté de la collection Uniqlo U ou alors parmi les pièces vintage. Oui, mais voilà, les t-shirts U à manches longues en 100 % coton ont disparu, et la pêche aux t-shirts vintage reste souvent hasardeuse : tailles introuvables, pièces usées ou prix élevés.

Allevol propose une alternative qui comble ce vide en offrant un modèle à la fois simple mais qui coche toutes les cases.

Ce Heavy Duty Crew Neck d’Allevol s’adresse autant aux amateurs de vintage qu’aux autres. Pour les passionnés, il capture l’esprit des meilleurs t-shirts d’avant les années 70 — notamment la densité du coton — sans les contraintes de taille ou d’état. Et pour cause sa matière est tricotée sur une machine loopwheel, ces machines japonaises qui donne aux tissus une texture dense et souple, une caractéristique assez recherchée. Pour en savoir plus sur le fonctionnement des machines loopwheel, tu peux consulter cet article détaillé : Qu'est-ce qu'une machine loopwheel ?

Le coton utilisé est aussi de premier choix. Un coton brut américain filé au Japon - un 14 fil précise Allevol. La plupart des t-shirts utilisent des fibres moins nobles, des fils moins denses et surtout un tricotage sur des machines circulaires plus classiques. Pas des loopwheel, et le tissu a donc une main différente.

 
 

Ce t-shirt reprend aussi certains détails chers aux amateurs de vintage. On pense au single stitch à l’ourlet, caractéristique des t-shirts d’avant les années 80. Mais aussi à la triple couture au col, qui renforce l’encolure et lui permet de conserver sa tenue lavage après lavage. C’est un signe global de soin apporté à la confection, en général le reste ne déçoit pas.

Mais il faut le rappeler : dans un t-shirt, la matière et la coupe restent l’essentiel. C’est souvent la qualité du coton qui vieillit le plus mal, bien plus que le montage en lui-même.

En regardant attivement on distingue les 3 lignes de coutures - dont une juste au bord du col

Pour ceux qui ne cherchent pas forcément le charme du vintage, ce t-shirt reste une pièce solide et agréable à porter. La coupe est ni trop ajustée ni trop ample, et le coton choisi offre à la fois confort et bonne tenue au fil des lavages. On aime aussi beaucoup l’encolure du t-shirt qui est assez proche du cou, un détail subtil mais déterminant pour ceux comme nous n’aiment pas les cols trop lâches ou les coupes bateau trop échancrées.

La couleur grise de ce modèle s’inscrit dans les classiques de la garde-robe, facile à porter et à associer, et ajoute à la polyvalence de ce t-shirt.

Mathieu le porte ici avec un pantalon cargo militaire vintage de type P43. Il complète son ensemble avec un sac Niwaki en toile épaisse, déjà présenté ici, et aux pieds des baskets en toile Goral x Garmsville, (découvrir les modèles ici).

Pour ceux qui souhaitent le découvrir ou l’acheter, le t-shirt est disponible ici.

 
 

Unmarked - Bottes zippées

Note : À notre demande, Unmarked ont accepté de nous envoyer les chaussures que vous allez découvrir dans cet article.

Unmarked est une marque de chaussures mexicaine, fondée en 2011 par le designer Hugo Fonce.

Elle est basée à León au Mexique, dans l’état de Guanajuato qui a une longue tradition dans le cuir et la fabrication de chaussures. León est souvent appelé la capitale de la chaussure au Mexique.

La marque possède d’ailleurs son propre atelier. Une trentaine de personnes y travaille. Hugo Fonce explique d’ailleurs dans une interview pour Stitchdown que cette usine avait été créée parce que personne d’autre ne voulait produire leurs modèles les plus compliqués, la fabrication demandant beaucoup plus de temps que la norme.

Globalement, les avis publiés sur la toile qu’on a pu lire convergent souvent pour dire qu’Unmarked propose un rapport qualité prix convaincant. Les matériaux utilisés, la qualité du montage et le soin apporté au design placent la marque dans une position intéressante, surtout face à des acteurs haut de gamme beaucoup plus chers (Viberg pour ne pas les citer).

Plusieurs observateurs insistent également sur l’équilibre esthétique : les boots reprennent les codes héritage, qu’il s’agisse du workwear, des modèles militaires ou même de certaines influences western, mais sans en faire trop. L’approche reste sobre, avec des coutures solides et des semelles choisies pour leur efficacité.

 
 

La Zip Boot Dark Sand ci-dessus incarne cette approche. Le choix d’un cuir suédé issu des tanneries de CF Steak (UK) garantie un cuir robuste et souple. Même exigence pour les semelles mondialement connues de chez Itshide (UK).

Par rapport à une chelsea boot classique, le zip latéral apporte une touche plus contemporaine, presque rock.

Elle conserve en outre l’atout d’une construction ressemelable, pensée pour durer au-delà de l’usure de la semelle, ce qui replace l’achat dans une logique durable. Cette boot illustre bien la philosophie d’Unmarked : produire en petite série des chaussures fonctionnelles et solides.

 
 

Concernant le chaussant, on trouve que les bottes taillent normalement, mais les pieds plus larges peuvent ressentir une certaine rigidité au départ, le cuir s’assouplissant néanmoins après quelques ports.

Concernants les défauts, certains utilisateurs sur Reddit relèvent de petites imperfections esthétiques, comme des coutures parfois légèrement décalées ou des variations dans le collage et la teinte du cuir. De notre côté nous n’avons rien remarqué de particulier. Il faut aussi rappeler que la production est réalisée dans un petit atelier de moins de quinze personnes, où chaque paire est handcrafted. Cette dimension artisanale peut expliquer l’apparition de légères irrégularités, qui restent mineures et inhérentes à ce type de fabrication.

Un autre aspect à garder en tête est la disponibilité. La Zip Boot Dark Sand est proposée en précommande, ce qui implique un délai de plusieurs semaines entre l’achat et la réception, le temps que la paire soit fabriquée dans l’atelier d’Unmarked.

Pour ceux qui préfèrent éviter l’attente, il reste la possibilité de passer par certains revendeurs spécialisés. À Paris, les boutiques Royal Cheese et Jinji Store proposent une sélection de modèles de la marque, ce qui permet de découvrir les boots en personne, d’essayer sa taille et de repartir directement avec la paire.

 

Faire des chemises Made in USA, mission (presque) impossible ?

« Ce n'est pas forcément une belle histoire, mais elle mérite d'être racontée. Je ne veux surtout pas que cela ressemble à une tragédie. Ce n'en est pas une. C'est un processus évolutif. »

C’est par ces mots que s’ouvre le récit sur l’entreprise de fabrication de chemise américaine New England Shirt Company publié par Someone Else. Et dès les premières lignes, on comprend que produire des vêtements aux États-Unis relève moins de la success story que d’une lutte quotidienne.

Produire localement, c’est chérir le savoir-faire… mais aussi supporter des coûts élevés, une stabilité fragile — surtout quand on dépend de gros clients — et une complexité logistique immense.

Comme le souligne Bob Kidder, propriétaire de la marque :

« Tout le monde aime l’idée du Made in USA, mais peu de gens comprennent ce que cela implique vraiment. »

C’est toute la tension de cette histoire : vouloir offrir de l’authenticité, tout en maintenant la viabilité économique.


Cet article très complet est à lire ici. On recommande vivement.

Berliner Trip

Je savais d’entrée de jeu que Berlin n’était pas la Mecque du menswear. Avant le départ, j’avais pris le temps de regarder quelles étaient les adresses les plus connues, celles qui reviennent souvent dans les recommandations — notamment sur le site Permanent Style.

Mon voyage a pourtant commencé d’une manière agréable : dès la première gare allemande, je suis tombé sur la revue The Heritage Post. Un magazine consacré au style heritage, rarement disponible en France. Mais j’ai été surpris de voir que le magazine ne parle pas uniquement de denim et de vestes en cuir, mais aussi de voyages, de beauté…en d’autres mots, du lifestyle. Moins pointu que je ne l’imaginais.

 
 

Les friperies sont sans doute les magasins de vêtements les plus courants à Berlin, c’est donc par là que j’ai commencé mes visites. La plus connue est Humana. Des boutiques de toutes les tailles sont disséminées un peu partout dans la ville, bien rangées, mais les prix m’ont paru assez élevés pour de la seconde main. L’offre, en dehors de quelques exceptions, n’est pas forcément passionnante.

On peut toutefois y faire de vraies découvertes, notamment si on recherche des vêtements traditionnels allemands. J’y ai croisé par exemple un lederhose. Avec un peu de chance, il est aussi possible de tomber sur des articles bien connus des aficionados du vintage comme ce cardigan Cowichan de Canadian Sweater.

Outre les friperies, trois adresses m’ont particulièrement marqué à Berlin : Burg & Schild, 14 oz. et Fein und Ripp. En effet, ces magasins, très orientés heritage, reflètent bien l’esprit et le style de la ville.

Il existe bien sûr aussi une offre plus classique et élégante. Par exemple, Campe & Ohff propose de belles chemises sur mesure, fabriquées en Allemagne. Je pense aussi à Maximilian Mogg pour les costumes. Mais ces deux boutiques sont assez éloignées du centre-ville, ou tout du moins tel que je le défini, à savoir les environs de la porte de Brandebourg.

Burg & Schild

Située rue Rosa-Luxemburg à Berlin-Mitte, Burg & Schild est un lieu incontrounable pour les passionnés de denim et de style heritage. La boutique propose une bonne sélection de marques japonaises et américaines : Iron Heart, The Real McCoy’s, Warehouse, Momotaro, Indigofera, Edwin, Buzz Rickson’s, Gitman Bros., Resolute, Orslow, Alden…et même Anatomica. On y trouve aussi des références plus classiques comme Levi’s Vintage, Baracuta ou Pendleton.L’ambiance du magasin, alliant bois brut et acier, crée une atmosphère qui reflète l’esprit des marques qu’il abrite.

Ce qui distingue également Burg & Schild, c’est aussi sa petite sélection de magazines spécialisés. On y trouve des publications comme The Heritage Post (sans surprise) mais aussi AVANT Magazine et quelques magazines japonais classiques.

14 oz.

À quelques rues de là, on trouve 14 oz., en réalité deux boutiques : l’une rue Rochstraße, l’autre rue Münzstraße. La sélection se veut plus urbaine et élégante. On y croise des marques comme Resolute, Orslow, Ten C, Alden, Tricker’s, Merz b. Schwanen ou encore Gitman Bros..
C’est un bon complément à Burg & Schild, avec une vision moins workwear et plus contemporaine.

La boutique propose également une très bonne sélection de chaussures, avec notamment plusieurs modèles d’Alden. Pour qui cherche une paire, c’est vraiment une adresse à ne pas manquer.

Fein und Ripp

Autre adresse intéressante à Berlin, Fein und Ripp est une boutique familiale située dans le quartier de Prenzlauer Berg. Elle se concentre sur les vêtements vintage et le workwear authentique, avec une sélection allant des années 1920 aux années 1950 : chemises, pantalons de travail, vestes et accessoires rares.

Le magasin distribue aussi quelques marques contemporaines comme Pike Brothers, Red Wing Shoes, Schiesser Revival ou Cano Shoes, mêlant vintage authentique et créations actuelles.

Merz B. Schwanen

J’ai également visité la boutique berlinoise de Merz b. Schwanen, la seule marque européenne à posséder des machines à tricoter Loopwheel. C’est l’endroit idéal pour découvrir l’offre complète de leurs tee-shirts et sweatshirts fabriqués en Allemagne.

Musées berlinois

Quelques mots sur les musées. En plus plus des musées classiques de l’Île aux Musées, il est possible de visiter le Kunstgewerbemuseum, le Musée des Arts Décoratifs, qui propose une petite collection de mode sur 150 ans. On y découvre des créations de couturiers comme Paul Poiret, Elsa Schiaparelli, Coco Chanel ou Christian Dior. Le musée est situé juste à côté de la Gemäldegalerie, le musée de peinture, ce qui permet de combiner facilement les deux visites.

KaDeWe

Enfin, difficile de parler de Berlin sans mentionner le KaDeWe. Ce grand magasin, fondé en 1907, est une institution. Les étages supérieurs sont consacrés à la mode masculine, avec une offre très large de marques internationales.

On était agréablement surpris d’y voir Johnstons of Elgin.

Borchardt

Pour finir, terminons sur une note culinaire. On a fait une halte chez Borchardt, un restaurant très réputé en centre-ville. La spécialité ici, c’est la Wiener Schnitzel : fine, panée à la perfection et servie avec une cuisson juste, elle est devenue un incontournable pour qui veut goûter une version berlinoise de ce classique viennois.

L’ambiance du lieu est élégante mais décontractée, idéale pour une pause déjeuner ou un dîner après une journée de visites. Si vous êtes dans les environs de la porte de Brandebourg, c’est une adresse que je recommande.

Petit bonus : un homme élégant croisé en sortant du KaDeWe.

Allevol 'Roku Roku' 66 Denim Jean – Kinari

Note : À notre demande, Allevol ont accepté de nous envoyer le Jean que vous allez découvrir dans cet article

Nous vous avions déjà parlé d’Allevol sur Les Indispensables Paris, une marque née en 2005 à Londres sous l’impulsion de Taka Okabe et de son épouse. Pour mémoire leur ambition est de créer des vêtements inspirés de pièces du workwear et du military wear, fabriqués avec sérieux entre le Japon, l’Écosse et le Royaume-Uni.

 
 

Le jean “Roku Roku” 66 Denim en Kinari s’inscrit dans cette logique. Il reprend l’esprit du 501 Type 66 de Levi’s tout en en y insufflant sa vision. Pour rappel le Type 66 a été produit à partir de 1966 jusqu’au début des années 1980. Ce modèle est considéré comme le premier 501 “moderne”. Sa coupe est droite, légèrement fuselée sur la jambe, avec une taille moyenne à haute. Allevol reprend ces codes pour créer un jean très droit, légèrement large, qui tombe naturellement sur la chaussure et combine élégance et confort.

Fabriqué au Japon avec un denim selvedge de 12 oz, il est livré en version one wash, ce qui permet de profiter immédiatement de sa toile dense et déjà assouplie.

 
 

Les détails ont aussi été soignés. Ils ne reprennent d’ailleurs pas directement les codes historiques de Levi’s. Le patch en papier, placé à l’arrière, remplace le traditionnel patch en cuir des Levi’s 501 vintage. Il indique la taille et la coupe, tout en apportant une touche artisanale - il est estampé à la main.

De même, les boutons dits “donut” - nommés ainsi en raison du trou au centre- avec motif de laurier sur la braguette avant ne sont pas inspirés de Levi’s. Ces boutons métalliques ronds et gravés sont une signature Allevol - issue du vintage.

On aime également beaucoup la couleur crème de ce jean. Il est n’est pas blanc. Pour le décrire Allevol utilise le terme “Kinari”. Il s’agit d’un mot japonais qui désigne une couleur naturelle, non teinte, crème ou écrue. Le denim est resté dans sa teinte brute après tissage, sans teinture indigo ni autre colorant. Cela donne une couleur claire, légèrement beige, qui évolue et se patine avec le temps et les lavages, créant un rendu très naturel et authentique.

 
 

Mais ce qu’on aime vraiment avec ce modèle, c’est sa coupe. Comme évoqué précédemment, elle est légèrement large tout en offrant un beau tombé. Le jean casse proprement sur les chaussures de Jean.

Vous l’avez sans doute remarqué, depuis plusieurs années les coupes plus amples se sont progressivement imposées. Nous aussi, nous sentons cette vague : nous portons régulièrement des vêtements un peu plus larges, mais toujours avec mesure afin de conserver des silhouettes nettes - dans la mesure du possible.

Sur les photos, Jean porte une taille 33, associée à une paire de Weston, précisément les chaussons Wakey. Ces souliers, également évoqués dans nos pages, incarnent une élégance feutrée et fluide : fabriqués à Limoges dans un veau souple noir, ils combinent confort et sobriété. Le tombé droit du jean épouse élégamment la forme fine du Wakey.

 
 

Proposé aux alentours de 340€ chez Clutch Café, ce jean Allevol est disponible dans une large gamme de tailles, bien que certaines soient régulièrement en rupture de stock.