Photographie et sport dans les années 1920 : les premières heures du journal Match

Avant de devenir le célèbre magazine d’actualités générales que l'on connaît aujourd'hui, Match a débuté en 1926 sous la forme d'un hebdomadaire exclusivement consacré au sport.

Lancé initialement sous le nom de Match L'Intran, il servait de supplément hebdomadaire au quotidien parisien L'Intransigeant. Dans les années 1920 et 1930, ses pages se consacraient entièrement aux compétitions de l'époque, couvrant le Tour de France, les matchs de rugby ou de football, ainsi que la boxe.

La consultation de ces anciens exemplaires offre un témoignage historique précis, notamment grâce à des photographies d'une qualité remarquable pour l'époque. Ces images documentent en détail les tenues vestimentaires des athlètes : les maillots lourds des rugbymen, les équipements des cyclistes ou les tenues des footballeurs de l'entre-deux-guerres. La photographie occupait déjà une place centrale dans la conception du journal.

En 1938, l'industriel Jean Prouvost rachète le titre et décide de l'orienter vers l'actualité générale, en s'inspirant des magazines illustrés américains. La Seconde Guerre mondiale interrompt sa parution en 1940. Le journal est finalement relancé en mars 1949 sous son nom définitif : Paris Match.

Lookbook AH25 - Clutch Café

Le Lookbook Hiver 2025 de Clutch Cafe a été photographié dans les rues d'Édimbourg et dans les Highlands.

La sélection met en avant des grosses pièces d’hiver : gilets et parkas en duvet Rocky Mountain Featherbed, manteaux en gabardine Coherence, et laines épaisses signées Haversack ou Heimat.

On remarque surtout la présence des mailles Chamula, reconnaissables à leurs motifs traditionnels et une certaine épaisseur. On y retrouve notamment le col roulé Granny Square. On avait écrit un court article à ce sujet ici.

Comme d'habitude, ce billet sert de référence d’archives pour ceux qui voudront se replonger dans cette sélection et ces inspirations dans quelques années.

Paris Shopping Guide

Liste et description des boutiques

Le magazine L’Étiquette vient de lancer un t-shirt imprimé listant les meilleures boutiques de Paris – probablement le premier volet d'une série "City Guide".

On s'est littéralement cassé les yeux (adieu, deux dixièmes d'acuité visuelle !) pour déchiffrer les 55 adresses inscrites en petits caractères au dos des t-shirts.

Rangez vos loupes : nous les avons toutes répertoriées pour vous, en ajoutant même, à la fin, quelques adresses qui manquaient selon nous à l'appel.

1. Nord & Puces (L'esprit Chineur)

  • Les Puces de St Ouen : Le plus grand marché d'antiquités au monde, incontournable pour le vintage et le mobilier

  • Chez Ammar : Une institution du vintage, rue Nollet

  • Stephane : Boutique vintage discrète au 65 place du Dr Félix Lobligeois, 75017 Paris

  • Guerrisol : La friperie populaire par excellence, pour chiner à petit prix dans des bacs géants

  • Mamie Blue : Une boutique rétro iconique

  • Forêt Vierge : Une petite friperie

  • Kimono : Voir notre article ici

2. Ouest & Rive Droite (Luxe, Créateurs & Vintage Pointu)

  • Good Life : l’adresse parfaite pour le style "Gentleman Driver"

  • Re-See : Le dépôt-vente de luxe

  • L’Eclaireur : Le concept-store légendaire qui a introduit l'avant-garde (Carol Christian Poell, Rick Owens) à Paris

  • Cifonelli : Le tailleur "Grande Mesure" mondialement connu pour son épaule

  • Chato Lufsen : Fondée par Christophe, un passionné d'élégance classique, la boutique est célèbre pour sa veste signature "Borès"

  • Chattanooga : plus ancien surfshop et skateshop de la capitale

  • Desert Vintage : L'antenne parisienne de la célèbre boutique américaine, proposant un vintage d'une qualité muséale (vêtements femme principalement)

  • Marc Guyot : Le tailleur au style unique, mélangeant l'élégance des années 30 et le rock'n'roll

  • Charvet : Le plus ancien chemisier du monde, place Vendôme. Le summum de l'élégance classique

3. Centre & Marais (Le Cœur de la Mode)

  • Husbands : Le renouveau du tailleur parisien, avec des coupes structurées inspirées des années 70 et de Mick Jagger

  • Son et Image : Friperie

  • Bode : La marque new-yorkaise d'Emily Bode

  • Episode : Friperie

  • Souvenir Machine : Friperie

  • Starcow : Institution du streetwear et de la culture skate à Paris depuis plus de 20 ans

  • El Paso Boots : Le spécialiste de la botte cow-boy à Paris

  • Anatomica : voir notre article ici

4. Est & Haut Marais (Hype, Streetwear & Magazines)

  • The Archivist : Une boutique vintage

  • The Next Door : Concept-store majeur proposant une sélection pointue de streetwear japonais et de designers (Undercover, Sacai)

  • Oh Lumière : Friperie

  • Thanx God I’m A V.I.P : Friperie de luxe classée par couleur

  • L’Etiquette HQ : Le quartier général du magazine de Marc Beaugé et Gauthier Borsarello (parfois ouvert pour des ventes)

  • Ramdane : Référence à Ramdane Touhami (fondateur de Buly), une boutique liée à son univers créatif

  • Casablanca : Magasin spécialisé dans les vêtements et chaussures pour hommes, femmes et enfants des années 1930 à 1970

  • The Broken Arm : Concept-store intellectuel et café, favori des fashion editors pour sa sélection (Prada, Margiela..)

  • Royal Cheese : Boutique de référence pour le workwear

  • Distance : Boutique spécialisée dans le running de style, pour courir avec allure (Ciele, Satisfy…)

  • Pretty box : boutique vintage

  • Dover Street Market : Le grand magasin créatif de Rei Kawakubo (Comme des Garçons), mêlant art et mode

  • Kiliwatch : L'immense friperie-concept store de la rue Tiquetonne, une référence depuis des décennies

  • Pointures Paris : boutique spécialisée dans les chaussures vintage des années 60 jusqu'aux années 90

  • La Botte Gardiane : Marque française traditionnelle de bottes de gardians (Camargue) dont on a déjà visité l’atelier ici

  • L.M. Rennes Vintage : Une petite friperie de quartier pointue

5. Rive Gauche & Sud (Tradition, Militaire & Chic)

  • Le Poilu : Boutique fascinante spécialisée dans les objets et vêtements de la Première Guerre mondiale et l'histoire militaire

  • Mes Chaussettes Rouges : Boutique spécialisée dans les chaussettes de luxe (ils distribuent notamment Gammarelli, le fournisseur de la Papeauté)

  • Doursoux : Surplus militaire

  • Rubirosa's : Boutique de chemises et pyjamas unisexes

  • Candice Fauchon : temple du homewear raffiné (souvent associé au style Landier)

  • Western Coporation : Boutique dédiée à l'univers américain

  • Courtot : Chemisier sur-mesure historique de la rue de Rennes

  • Beige Habilleur : boutique multimarques

  • Simon’s : Friperie

  • Bourgine (15 Rue Racine) : Marque de prêt-à-porter féminin colorée et créative.

  • Hollington : La marque du vêtement de travail "architecte", célèbre pour ses vestes multipoches confortables

  • Jinji : Boutique multimarques

  • Au Vieux Campeur : Le quartier latin lui appartient. La référence pour l'outdoor et l'équipement technique

  • Appendix : boutique vintage proposant des vêtements utilitaires

  • Les Puces de la porte de Vanves : Une brocante à ciel ouvert plus intime et authentique, idéale pour chiner des petits objets de charme et du linge ancien



Quelles boutiques on rajouterait ?

  • SuperStitch : Le temple absolu du denim à Paris, où Arthur Leclercq répare et façonne ses jeans sur des machines Union Special de légende

  • Officine Générale : La quintessence du "nouveau chic" parisien : une allure effortless signée Pierre Mahéo

  • Paraboot / Weston / Crockett & Jones / John Lobb : Les piliers incontournables du soulier, allant de l'héritage français robuste à l'aristocratie bottière anglaise

  • Swann / Suitsupply : Pour trouver un costume ou une chemise en demi-mesure

  • Camps de Luca / Atelier de Luca : L'autre géant de la Grande Mesure parisienne, une institution

  • FrenchTrotters : Boutique multimarques

  • La Blouse de Lyon : Une institution authentique dédiée au vêtement de travail traditionnel, pour dénicher le véritable "bleu" inusable

  • Merci : La destination lifestyle globale qui met en scène la mode et la maison dans un lieu spectaculaire et sans cesse renouvelé

  • Centre Commercial : Boutique multimarques par les fondateurs de Veja

  • 45 RPM (45R) : Marque japonaise

  • Le Bon Marché Rive Gauche : LE Grand Magasin des parisiens (clientèle très locale) avec une sélection assez large (de Barena à Loewe)

Sans oublier Le Minor, Valstar, Sunspel…notre liste est loin d’être exhaustive.

Voici les librairies incontournables pour parfaire ce tour d'horizon :

  • Galignani : La plus ancienne librairie anglophone de Paris, référence absolue pour les beaux livres de mode et d'art

  • Smith & Son : L'institution britannique de la rue de Rivoli, idéale pour la presse internationale et le tea time

  • OFR : Le repaire arty et brut du Marais, spécialisé dans la photographie, la mode indépendante et les fanzines

  • Junku : L'immersion totale dans la culture nippone, indispensable pour dénicher les magazines de style japonais (Popeye, Brutus)

  • Yvon Lambert : Le carrefour ultra-chic de l'art contemporain et de l'édition rare, entre galerie et librairie

Bleu de chauffe - Sac Chiloé

Note : À notre demande, Bleu de Chauffe ont accepté de nous envoyer le sac que vous allez découvrir dans cet article

Si vous habitez à Paris, vous croisez sans doute des sacs à dos tous les jours. Plus ou moins réussi. Souvent les mêmes. On a même écrit un article à ce sujet ici.

On y évoquait déjà le sac Chiloé. Alors lorsque qu’il fut possible de l’essayer, on a sauté sur l’occasion.

Il faut dire que le sac Chiloé nous plait beaucoup pour une raison assez simple : il se porte facilement pour un usage urbain. Discret, pratique, beau et robuste. On déconseillerait par contre de l’utiliser sur un costume, il finirait inévitablement par écraser les épaules de la veste et l’user prématurément. C'est un mariage souvent malheureux. Costume et sacs à dos ne font souvent pas bon ménage.

Mais dès que l'on s'éloigne du costume strict pour aller vers un vestiaire plus casual, la donne change radicalement.

C'est là que le choix de la matière devient intéressant.

Contrairement aux sacs en nylon/plastique qui font très "sport", une belle toile de coton ou un cuir font plus habillés.

C'est dans cette catégorie, que se place le modèle Chiloé.

 
 

Ici, Bleu de Chauffe a eu la bonne idée de doubler les bretelles avec du feutre de laine. Le contact est plus moelleux que le cuir mais cependant, soyons clairs sur l'utilisation : ce sac exige des vêtements assez robustes.

Le frottement des matières brutes ne pardonnera pas - à notre avis - sur des tissus fragiles. Il faut impérativement éviter les costumes fins ou les mailles délicates qui risqueraient de s'abîmer prématurément.

L'ADN est workwear, votre tenue doit l'être aussi à minima : manteau en laine épais, veste de travail ou toile denim sont de rigueur pour bien supporter le contact répété des bretelles.

Côté réglages, le système de boucles à ardillon (comme une ceinture) maintient bien la position choisie, mais le changement d'habitude est déstabilisant au début.

Si vous êtes habitués à la fluidité des sacs de randonnée modernes où l'on tire simplement une sangle pour un serrage instantané et millimétré, vous allez avoir l'impression de faire un saut dans le passé.

Ici, l'ajustement prend du temps et demande de s'arrêter. C'est le prix à payer pour ce style rétro, mais on perd indéniablement la praticité immédiate d'un sac plus technique.

 
 

Pour la toile, la marque ne prend pas de risques et se fournit chez British Millerain, la référence historique du coton ciré.

On a pu vérifier ses promesses lors d'une averse parisienne. Nous l'avons testé sous une pluie fine, une situation classique quand on se déplace à pied ou à vélo en ville.

Rien à signaler : l'effet déperlant fonctionne parfaitement. L'eau glisse sur la surface sans imprégner la fibre.

À l'ouverture, le constat est rassurant : tout le contenu, ordinateur compris, est resté parfaitement au sec.

C'est une protection efficace pour le quotidien, qui a le mérite de protéger vos affaires sans avoir recours à l'esthétique "plastique" des sacs imperméables techniques.

 
 

Le format est idéal pour une journée active. Ni trop encombrant comme un sac de randonnée, ni trop petit comme une sacoche.

L'intérieur est classique mais bien pensé. On y trouve un compartiment dédié en feutre pour l'ordinateur. Un MacBook 16 pouces y rentre parfaitement et se fait oublier.

Le reste du volume principal permet d'emporter le nécessaire du quotidien parisien : un chargeur, une gourde, un livre, et même une écharpe ou un petit pull pour les soirées plus fraîches.

L'accès de la poche intérieure zippée est facile, ce qui évite de devoir plonger la main à l'aveugle au fond du sac pour retrouver ses clés.

 
 

On aime particulièrement la métallerie en laiton brossé.

Celle en zinc ou en zamac, souvent utilisée ailleurs, nous parait souvent trop brillante et finit par mal vieillir. Elle est moins adaptée à un esprit casual et robuste.

Ici, le laiton est mat, discret.

 
 

À l'intérieur, chaque pièce est datée et signée par l'artisan l'ayant assemblée de A à Z.

Et il faut le rappeler, ce sac est toujours fait en France - Bleu de Chauffe possède d’ailleurs son propre atelier en France depuis ses débuts en 2009.

 

Quid des coutures anglaises sur les chemises ? Un problème français.

Le problème de beaucoup de gens qui écrivent sur le vêtement, c’est qu’ils ne passent que rarement de l’autre côté de la machine à coudre. Résultat : une "parole d’évangile" technique se répand, répétée en boucle sans que personne ne vienne la contredire.

C’est un problème dont se plaignait déjà le chemisier Pierre Duboin (ancien chemisier chez Lanvin) sur son blog « La vraie chemise sur mesure » il y a quelques années. Lui était un artisan connaissant bien son sujet. Et il constatait avec amertume que sur Internet se répandaient beaucoup d’idées reçues.

Le drame, c'est que les artisans ou les "sachants" écrivent rarement des blogs et publient encore moins de vidéos. Ils fabriquent, et ça s'arrête là.

Ce silence laisse le champ libre à ceux qui sont plus compétents à faire savoir qu’au savoir-faire.

On fait sans doute partie du problème, alors on ne va pas jeter la pierre. Manipulez donc les informations suivantes avec des pincettes, on est loin d’avoir la science infuse.


Prenons l’exemple des coutures anglaises. On lit partout qu'une chemise de qualité doit en comporter. Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Regardez cette vidéo de comparaison entre une chemise Zara et une Fendi : À 04:42, le blogueur présente la chemise dite de luxe en expliquant avec assurance qu'elle possède des « coutures anglaises sur l’intégralité du corps ».

Pourtant, il suffit de regarder l'image (cf notre capture d'écran ci-dessous) : ce que l'on voit à l'écran, ce sont des coutures rabattues. Elles arborent ces deux lignes de points parallèles typiques, semblables à l'assemblage d'un jean.

 

Est-ce vraiment une couture anglaise ?

 

L’expert a parlé si l’on en croit le premier commentaire sous la vidéo.

COUTURE ANGLAISE vs COUTURE RABATTUE

Techniquement, sur une chemise homme, on trouve plus souvent des coutures rabattues (felled seams) que des coutures anglaises (French seams).

  • La couture anglaise : On assemble d'abord les tissus envers contre envers, on recoupe les marges très finement, on retourne le tissu endroit contre endroit, et on coud une seconde fois pour enfermer la première couture à l'intérieur d'un petit tunnel de tissu.
    Résultat : il y a un petit "bourrelet" à l'intérieur. C'est très propre, mais cela crée une épaisseur qui ne repose pas à plat.

  • La couture rabattue : La couture rabattue est un assemblage où les deux marges de couture sont entrelacées de manière indissociable. Techniquement, l'une des marges de tissu est coupée plus courte que l'autre ; la marge longue est ensuite repliée sur la courte, enfermant hermétiquement le bord brut, puis est plaquée à plat contre le corps du vêtement par une surpiqûre traversant toutes les épaisseurs. Elle est extrêmement solide et plate.

Je me suis risqué à faire une couture anglaise pour illustrer mon propos.

  • Sur l’endroit on ne voit aucune couture - bon ok, elle est mal réalisée, on voit le tissu qui dépasse très légèrement au centre, cela ne devrait pas être le cas

  • Sur l’envers par contre on distingue une couture et une petite épaisseur qui dépasse.

endroit

envers

Ce n’est donc pas ce que l’on voit sur la capture écran plus haut.

Ce que l’on constate nous - et même si ce n'est pas une loi immuable - c’est que les coutures anglaises sont très majoritairement l'apanage du vestiaire féminin pour leur finesse sur les tissus légers. À l’inverse, la couture rabattue reste le standard de la chemiserie masculine pour sa robustesse et son tombé plat.

Prenons l’exemple de cette fun shirt déclinée chez Octobre Éditions (Homme) et sa marque sœur, Sézane (Femme).

Si le style est identique, l'examen des finitions révèle deux approches distinctes :

  • Sur le modèle femme, les manches et les côtés sont assemblés en coutures anglaises.

  • La version homme, elle, arbore des coutures rabattues à deux aiguilles typique de la chemiserie masculine classique.

Regardez l’emmanchure, on distingue bien un point de couture à 5 mm et mêmes le grignage du tissu

ON NE VOIT AUCUN POINT DE COUTURE

au niveau de l’emmanchure on ne disingue aucun point de couture

idem pour l’assemblage des manches, on ne distingue aucun point de couture

PAS DE POINT DE COUTURE VISIBLE

sur l’envers on voit bien la petite “epaisseur” de tissu dont on parlait avant : c’est bien une couture anglaise

Pourquoi une telle confusion autour de la couture anglaise ? Sans doute parce qu’à l’origine de la chemise classique telle qu’on la connaît, la référence c'est Londres.

Située dans le quartier de St James's à Londres, Jermyn Street abrite depuis le XVIIIe et le XIXe siècle les chemisiers les plus prestigieux au monde : Turnbull & Asser (1885), Hilditch & Key (1899), Harvie & Hudson (1949), ou encore New & Lingwood (1865). Ces maisons ont établi un standard de fabrication qui est devenu la référence absolue pour le "Gentleman" européen.  

Même les maisons françaises les plus illustres, comme Charvet (fondée en 1838 Place Vendôme), sont nées dans ce contexte d'anglomanie. Christophe Charvet, le fondateur, s'est rendu en Angleterre pour étudier les techniques de coupe et de montage avant d'ouvrir sa boutique à Paris, devenant le premier "chemisier" au sens moderne du terme en France (le mot "chemisier" lui-même est une invention du XIXe siècle, remplaçant le "lingère").

L'ADN de la chemise de luxe française est donc génétiquement anglais.

D’ailleurs dans ce chassé croisé linguistique, la couture anglaise telle que nous l’avons décrite plus haut s'appelle "French Seam" en anglais. La mode française dominait alors incontestablement le vestiaire féminin et cette finition soignée était l’un des marqueur de la haute couture parisienne.

Pour revenir à notre sujet, voici le glissement qui s'est probablement opéré :

  • La réalité technique : La chemise est montée avec une couture rabattue simple aiguille (on y revient plus tard).

  • Le raccourci symbolique : Puisque c'est la méthode de prédilection des maîtres chemisiers anglais, on appelle cela un « montage à l’anglaise ».

  • L'erreur terminologique : À force de simplification, cela finit par devenir une « couture anglaise » dans l’imaginaire collectif.

C'est cette technique spécifique (la couture rabattue single needle) que les marques françaises veulent désigner en disant "Couture Anglaise". Le terme "Couture Anglaise" devient alors le synonyme de "Couture Rabattue simple aiguille façon Jermyn Street".

À cela s’ajoute sans doute que le terme « couture rabattue » sonne un peu trop "bleu de travail" ou rappelle l'univers du jean. Pas celui de la chemise.

LES DIFFÉRENTS TYPES DE COUTURES RABATTUES

Dans l'industrie contemporaine, cette couture peut être réalisée de deux manières, distinction cruciale pour notre sujet :

  1. Montage Industriel (Double Aiguille / Twin Needle) : Une machine spéciale à bras déporté équipée d'un guide-bordeur replie les tissus et coud les deux lignes simultanément. Le point utilisé est souvent un point de chaînette (chain stitch) sur le dessous pour permettre l'élasticité et la vitesse. C'est rapide, économique, mais le point de chaînette peut se défaire entièrement si un fil casse, et la finition est moins nette, ayant tendance à gondoler (grinage) après lavage.  

  2. Montage Traditionnel (Simple Aiguille / Single Needle) : L’ouvrier réalise deux passages avec une piqueuse plate classique 1 aiguille. Il est souvent aidé dans cette tâche par un pied de couture spécial tel que le pied ourleur.
    C'est le montage dit "single-needle tailoring", beaucoup plus long et coûteux, mais offrant une couture plus fine, plus souple et aussi plus durable.

la fameuse couture anglaise que les marques françaises evoquent
exemple de montage Simple Aiguille chez budd - on distingue le pied special pour rabattre le tissu
CAPTURE ÉCRAN - How Bespoke Shirts Are Made | Factory Tour | Budd Shirtmakers | London | Kirby Allison

Comme on peut le voir dans cette vidéo sur le Musée de la Chemiserie et de l’Elégance Masculine situé à Argenton-sur-Creuse (à partir de 15min52 secondes), la machine à bras déporté (double aiguille) est une invention qui commence à équiper l'industrie textile dans les années 1950. C’est une époque où l’on cherche à augmenter les cadences. La machine double aiguille permet ainsi de coudre les côtés et les manches en un seul passage. Rapide et économique.

machine à bras déporté du Musée de la Chemiserie et de l’Elégance Masculine - CAPTURE ÉCRAN

couture rabattue 2 aiguilles - capture écran

ZOOM SUR UNE MACHINE A BRAS DÉPORTÉ PLUS RÉCENTE - on distingue bien le guide-bordeur QUI replie les tissus et coud les deux lignes simultanément
capture écran La Chemise Française

autre exemple ici pour l’industrie de masse - notez la vitesse à laquelle sont réalisées ces coutures

Comment reconnaître une couture rabattue double aiguille ? En regardant sur l’envers de la chemise. On distingue (en général) les points de chaînette caractéristiques de ce type de montage.

Exemple ici avec une chemise seersucker de chez Goodsscph faite au Portugal

endroit

envers

Quid des coutures rabattues simple aiguille ?

Cette courture est très fréquente chez les chemisiers les plus haut de gamme : Charvet, Turnbull & Asser, Hilditch & Key…Mais pas uniquement.

Exemple ici avec cette chemise Uniqlo en Oxford.

Elle n’est certes pas aussi fine que celles que vous pouvez trouver chez Charvet mais tout de même !

endroit

envers

Notez que parfois c’est l’inverse, il y a 2 lignes de coutures sur l’endroit et 1 sur l’envers. Cela ne change rien en soi.

On le voit par exemple ci-dessous sur cette chemise de chez Budd - sur l’endoit il y a 2 lignes de couture. la vidéo du montage de la chemise est visible ici. (à 22 min 44). Il en est de même pour la chemise Turnbull & Asser un peu plus bas.

CAPTURE ÉCRAN - How Bespoke Shirts Are Made | Factory Tour | Budd Shirtmakers | London | Kirby Allison

Chemise Turnbull & Asser

Vous remarquerez donc que dans le monde anglophone cette confusion autour de la couture anglaise n’existe pas. Ils utilisent le bon terme technique (Single Needle). C'est spécifiquement le marché français qui, en traduisant ce concept, a opté pour le terme "Couture Anglaise", créant une collision avec son propre vocabulaire de couture - dominé par la couture féminine.

Montage à plat vs montage en rond

Petite digression : en faisant des recherches pour cet article on est tombé sur cette vidéo ici issue de la série documentaire "Mémoire vivante industrielle et artisanale", produite par l'Université de Tours.

Il s’agit d’un témoignage de deux anciennes mécaniciennes (comprenez couturières) qui ont travaillé pendant l’âge d’or de la confection française de chemises. Elles parlent notamment de la machine à bras déporté (à 11min19 sec) mais c’est surtout la fin de la vidéo qui nous a marqué. Elles précisent que chez Charvet le montage des manches et des côtés est en coutures rabattues. Mais aussi et surtout qu’ils ferment d’abord le côté puis montent la manche en rond.

Pour les chemises grandes séries, le montage des manches et des côtés se fait d’une seule traite. (montage à plat)

Cela se voit sur l’envers de la chemise, il y a une continuité sur la chemise de chez Goods là où sur la chemise Charvet on voit que la couture s’arrête.

Chemise charvet
image initiale via fabricateurialist

chemise goods

En terme technique, on parle de montage à plat et de montage en rond.

Y’a t-il un avantage à l’un ou l’autre ?
C’est une question auquel on ne saurait pas répondre même si on a notre petite idée.

Pour ceux qui veulent creuser la question voici ici le thread Reddit qui en parle.

CONCLUSION

Pour conclure, si on lit très souvent qu’une chemise dite de qualité doit comporter des hirondelles de renfort, des coutures anglaises 8 points au cm…à notre avis le plus important dans une chemise c’est avant tout le tissu et la coupe.
Votre tissu se sera déchiré au niveau des coudes, usé au niveau des poignets et du col bien avant que la moindre couture ne vous fasse défaut. C’est d’ailleurs bien pour cette raison que certains tailleurs proposent toujours le changements des cols et poignets dans leur offre de chemises demi-mesure ou sur-mesure.

Pitti Uomo 109

Chaque année, c’est le même rituel. Alors que le tout-Florence s'agite dans la Fortezza da Basso, nous sommes des milliers à vivre le Pitti Uomo 109 par procuration, les yeux rivés sur nos écrans. On scrute, on zoome, on analyse.

Comme à mon habitude, je suis allé faire un tour sur le blog de Tatsuya Nakamura (Elements of Style). C’est là que j'ai vu une tenue qui m'a tout de suite plu : celle d'Alessandro Pirounis. C’est un look "full bleu", sans excès. Cette Barbour modèle Beaufort fonctionne très bien ici.

 

PHOTO DE TATSUYA NAKAMURA

 

Dans le même esprit, il y a deux valeurs sûres qu'on prend toujours plaisir à retrouver :

L'équipe Anglo Italian : on sait à quoi s'attendre avec Jake Grantham et son équipe, et c'est pour ça qu'on les apprécie. Ils restent fidèles à leur ligne : du bleu marine, du gris, des coupes droites et classiques. C'est reposant à regarder au milieu des tenues parfois trop chargées du salon. C'est une élégance calme et efficace.

Noboru Kakuta (alias "The Master") L'autre figure qu'on aime suivre, c'est Noboru Kakuta, un acheteur japonais. Il a une approche très personnelle du vêtement, presque toujours en ton sur ton (marine ou gris), souvent avec des souliers en daim marron. Il ne cherche pas à se faire remarquer, et c'est sans doute pour ça qu'on le remarque.

La surprise : Lorenzo Sodi : Enfin, petite nouveauté cette année à côté de ces "classiques" : on a particulièrement aimé les looks du photographe Lorenzo Sodi. C'est un sans-faute sur toute la ligne : 3 jours, 3 looks, 3 réussites. C'est une fraîcheur bienvenue qui complète parfaitement le tableau de cette édition.

Au final, ce Pitti 109 confirme que les styles les plus simples sont souvent ceux qui vieillissent le mieux.

Valstar - Visite de leur 1ère boutique parisienne

On va pas trahir de secret, on aime beaucoup Valstar.

La maison milanaise Valstar, fondée en 1911 et reconnue pour ses vêtements d’extérieur, vient d’ouvrir sa première boutique permanente à Paris. Elle se situe au 8, rue de Babylone, dans le 7ᵉ arrondissement, à proximité immédiate du Bon Marché.

Cette ouverture s’accompagne du lancement de la ligne womenswear, qui vient compléter l’offre masculine déjà connue, notamment pour ses pièces emblématiques comme le Valstarino. Cette veste, inspirée de la veste A‑1 des pilotes, est devenue un classique du vestiaire masculin, reconnue pour son style et sa simplicité.

Nous avions déjà écrit sur Valstar dans notre article de 2022 et rassemblé plusieurs contenus sur la marque ici. Cette nouvelle boutique permet aux clients parisiens de découvrir directement l’ensemble des collections et d’essayer leurs pièces sans passer par des intermédiaires et leur e-shop.

La suite en images.

Bel y Cía 1842 – L’élégance barcelonaise depuis plus de 180 ans

Fondée en 1842, Bel y Cía fait partie des adresses historiques les plus respectées de Barcelone pour l’habillement masculin. Installée sur le Passeig de Gràcia, la boutique occupe un espace qui a conservé l’essentiel de son architecture d’origine tout en demeurant un point de référence dans le paysage de la mode locale. Depuis plus de cent quatre‑vingts ans, cette boutique s’inscrit dans une continuité rare.

La réputation de Bel y Cía dépasse largement la Catalogne : elle est souvent salué pour son rôle dans la préservation et la mise en valeur du Teba Jacket, pièce emblématique de la maison et objet de véritable culte pour les amateurs de vêtements classiques. Nous avions d’ailleurs déjà évoqué Bel y Cía à ce sujet dans notre article consacré à la veste Teba ici.

La Teba Jacket, conçue à l’origine comme une veste de chasse souple et fonctionnelle, est devenue au fil du temps un classique recherché : légère, non structurée et adaptée aussi bien aux tenues décontractées qu’aux looks plus élaborés, elle illustre parfaitement l’équilibre entre élégance et fonctionnalité qui caractérise la boutique.

Bel y Cía propose également également des costumes, manteaux et accessoires réalisés dans des tissus soigneusement choisis, ainsi qu’une offre made‑to‑measure.

Passeig de Gràcia 20, Barcelone

Candiani Denim Milan

On va commencer par une confidence : la plupart des toiles de chez Candiani nous ont toujours paru peu « plates » et moins vibrantes que celles produites par les meilleurs tisserands japonais. Il faut dire que Candiani assume une autre trajectoire, plus tournée vers l’innovation et les usages contemporains.

Fondée en 1938 près de Milan, Candiani est avant tout une entreprise familiale et industrielle, longtemps reconnue pour son rôle de fournisseur de toiles auprès de nombreuses marques européennes.Pendant des décennies, ce travail est resté largement invisible pour le consommateur final.

Depuis quelques années, Candiani s’est imposée comme un acteur incontournable du denim européen, en choisissant de rendre son savoir-faire plus lisible et plus direct.

Cette volonté de s’adresser au public se concrétise à Milan depuis 2019, dans la boutique de la Piazza Mentana, que nous avons visitée. Le lieu ne fonctionne pas comme un magasin classique. Il s’agit plutôt d’un espace hybride, à mi-chemin entre atelier, showroom et point de rencontre autour du denim. Le tissu y est central, avant même la coupe ou le style.

Sur place, on retrouve un service de jean sur mesure, une sélection de toiles développées par Candiani et des projets menés en collaboration avec différents partenaires. Un atelier de réparation est également intégré à l’espace, prolongeant cette logique d’accompagnement du vêtement dans le temps.

Candiani Denim - Piazza Mentana 3